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LA RENTRÉE A L'ÉGLISE

Elle fut imposante et s'effectua dans l'ordre le plus parfait. Les agents n'avaient qu'à faire signe pour être obéis sur le champ; et ils en manifestaient hautement leur surprise : c'est que les foules ne sont pas coutumières d'une pareille docilité.

Déjà au sortir de l'église, quand la multitude avait aperçu le cercueil, elle s'était précipitée pour mieux satisfaire ses sentiments de pieuse vénératior. Ln seul mot des gardiens d»j la paix eut raison de cet empressement.

Et la rentrée offrit le spectacle de la même attitude respectueuse et calme. Quel concours cependant!

Voici le cercueil. Il pénètre dans l'église où les confrères

et le clergé ont déjà pris place. La musique de l'Oratoire joue une marche funèbre ; les cloches font entendre des glas ; mais la vue seule est saisie en présence de cet appareil grandiose. L'éclat de milliers de cierges, le nombre d'ecclésiastiques qui occupent une grande partie de l'édifice, la foule immense qui s'étend jusque sur les cours avoisinants , tout donne à ces funérailles les dehors d'un triomphe.

. — Mais c'est l'arrivée au ciel! dit-on autour de nous. NN. SS. Leto et Cagliero , s'étant placés de chaque côté de l'autel , Mgr. Bertagna resta au milieu du sanctuaire ; il terminait à peine l'absoute, quand le peuple donna un témoignage édifiant de sa foi profonde. Tous se précipitaient pour baiser le cercueil comme on baise les choses saintes. En un instant, les couronnes eurent disparu. Ceux qui n'avaient pu avoir une fleur , se préparaient à mettre en pièces le drap mortuaire, si un service d'ordre, promptement organisé, n'eût protégé et le drap et le cercueil, également menacés. La vénérable dépouille fut alors transportée dans l'église St. -François de Sales, en attendant la déposition.

Et maintenant, se diront nos lecteurs, quel vide a dû faire ce départ ! Et dans quelle tristesse cette séparation aura plongé tous les cœurs!

Sans doute, le coup a été terrible et profond, bien que la Providence y eût préparé toute la famille Salésienne avec des ménagements infinis. Mais nous ne pouvons prononcer même ce mot de tristesse.

Ce si bon Père a laissé à ses enfants une joie et une paix dont chacun a reçu une abondance singulièrement douce.

Ceux qui le matin encore avaient pleuré, ne le pouvaient plus ; ils recouvrèrent une tranquillité que les deuils ordinaires sont loin de procurer. Il semblait à tous que Don Bosco fût encore en vie et au milieu de ses fils.

— Quelle belle fête ! entendait-on répéter de tous côtés ; et ceux que cette parole avait jetés dans l'étonnement , ne

tardaient pas à la dire à leur tour, avec une conviction que rien ne pourra ébranler.

Puis on se rappelait ces mots pleins d'enseignements et de paternelle affection qui s'échappaient comme naturellement des lèvres de Don Bosco : et les traits les plus aimai îles de sa vie, se représentant à la mémoire de tous, inondaient nos aines de cette joie qui surpasse tout sentiment.

Le deuil était fini. Nous sentions tous que Don Bosco vivait et qu'il n'était pas loin.

Léon XIII et Don Bosco.

Le lendemain, 3 février, une lettre adressée par Son Éminence le Cardinal Mariano Rampolla , secrétaire d'État , à Don Rua, vicaire général de la Congrégation Salésienne, venail mettre le sceau de la dernière joie à notre mystérieuse tranquillité.

Les termes de cette lettre ont été suggérés par le Vicaire de Jésus-Christ lui-même:

« Rome, le 2 février 1SSS.

» Mon Révérend Père,

» La perte de Don Jean Bosco, à qui les Œuvres de charité fondées par lui , son zèle infatigable à procurer de tout son pouvoir le bien des âmes, toute une vie consacrée à faire connaître et adorer jusqu'aux extrémités de la terre le nom infiniment saint de Dieu, avaient attiré l'estime, l'affection et l'admiration universelle; la perte de cet Apôtre produit un vide, qui est pour l'Église, comme aussi et avec tant de raison pour ses fils, privés d'un Père tout aimant et d'un exemple des plus belles vertus, une véritable affliction.

» Et pour mon compte, je puis dire que dans le cœur de Sa Sainteté le triste événement a fait une impression d'autant

plus douloureuse, que la bienveillance constante du Saint-Père envers ce prêtre si méritant était plus grande, et qu'il attachait plus de prix à ses œuvres innombrables, toutes fécondes en fruits de salut et de sainteté ; s'adressant à la miséricordieuse bonté divine, le Saint-Père la supplie d'accorder à cette âme bénie une large récompense de ses travaux, dans la gloire du ciel.

» Quant à la Société Salésienne tout entière, Sa Sainteté, du fond de son cœur , lui envoie la bénédiction apostolique , tenant pour certain que cette bénédiction lui sera un soulagement dans la pénible épreuve qui la frappe et un stimulant à poursuivre la sainte entreprise du défunt , entreprise qui forma l'objet de ses sollicitudes de tous les instants , durant les longues années de sa carrière mortelle.

» En union de pensées avec le Saint-Père , je vous souhaite tous les biens et me déclare dans des sentiments d'estime distinguée,

» Votre très affectionné et dévoué

» M. Card. Rampolla. »

L'Archevêque de Paris et Don Bosco.

S. G. Mgr. l'Archevêque de Paris a daigné adresser à Don Rua, nouveau Supérieur des Salésiens, la lettre suivante, écrite de sa main:

« Paris, 1er février 1SS8.

» Mon cher et RÉvÉRExn Père,

» Je veux vous dire toute la part que je prends au deuil de votre famille Salésienne. Je regarde comme une grâce de Dieu d'avoir pu, en passant à Turin, voir encore une fois votre vénérable Père, recevoir sa bénédiction et l'entendre me dire qu'il bénissait tout Paris.

» J'ai la confiance avec vous qu'il est au ciel , mais je célébrerai une Messe pour lui, parce que l'Église nous apprend à prier pour les défunts dont nous avons le plus vénéré la vertu.

» Veuillez, mon cher et révérend Père, agréer l'assurance de mon affectueux et respectueux dévouement en N. S.

» f Fr. Ârch. de Paris. »

L'Épiscopat français et Don Bosco.

L'admirable Épiscopat français a pris à notre épreuve une part qui nous a été. une précieuse consolation.

Xous ne donnons point la liste des Prélats qui ont adressé à D. Rua leurs condoléances soit directement, soit par l'intermédiaire des Directeurs de nos Maisons de France : aucun n'y a manqué.

Toutes les lettres respirent la même paternelle bienveillance pour Don Bosco et ses fils: toutes expriment le vif regret de voir cette existence bénie couronnée trop tôt pour 1" bien de l'Église entière.

Le vénérable Évêque de Saint-Flour a exprimé avec un si grand bonheur ce double sentiment, que son témoignage nous parait résumer tous les autres. Une telle page venant de si haut, est un trésor d'édification que nous n'avons pas le droit de garder pour nous seuls.

« Saint-Flour, le i février 1S88.

» Mon révérend Père,

» Permettez-moi de joindre mes sentiments de profonde et religieuse condoléance à ceux qui vous arrivent de toutes les parties du monde, au sujet de la mort du vénéré Fondateur de votre Ordre, il faudrait dire plutôt, dn Saint que le

Ciel vient do ravir à la terre. À vos regrets, mon révérend Père, je joins aussi mes prières, puisque tel a été le désir si humblement exprimé par Don Bosco lui-même.

» Mais surtout, ce à quoi je vise, c'est que mon hommage, et non seulement le mien, mais aussi celui des prêtres et des bons catholiques de mon diocèse , arrive , avec nos communs regrets, à cette mémoire bénie du grand Apôtre de la jeunesse : et je désire que cet hommage ne se borne pas à un sentiment d'admiration, mais qu'il soit surtout une supplication auprès de celui qui , du haut du ciel , la protégera plus efficacement encore, cette pauvre jeunesse, qu'il aimait tant et qu'il conduisait si sûrement , sur la terre , dans la voie du devoir et dans les sentiers de la vertu.

» Quelle reconnaissance ne devrais-je pas à Don Bosco, mon révérend Père, s'il pouvait inspirer à ses fils , ou plutôt à son digne Successeur, la pensée de venir fonder dans mon diocèse une de ses maisons qui font tant de bien à la jeunesse!... (1). Une ville de ce diocèse, Aurillac , chef-lieu du département, se prêterait tout particulièrement à cette fondation. Et quel besoin la jeunesse de cette ville n'aurait-elle pas d'un patronage et d'autres œuvres de préservation !

» C'est un vœu que j'exprime, mon révérend Père, et que je dépose dans votre cœur, après l'avoir placé sous les auspices de Don Bosco.

» En attendant qu'il se réalise peut-être un jour, veuillez agréer, mon révérend Père, l'assurance de mon respectueux et tout cordial dévouement en N.-S.

» F. M. Benjamin, Ec. de St.-Flour. »

(1) Monseigneur l'Archevêque d'ÀIbi termine sa lettre de condoléance

en exprimant, lui aussi, le désir d'avoir des Salésiens: la réponse a été celle que Don Bosco, à son grand regret, donnait si souvent: Itogate Dominum messis ut mittat operarios

Nous donnons ici la lettre toute de paternelle bienveillance que S. G. Mgr. Balaïn, évèque de Nice, à la nouvelle de la mort de Don Bosco, a bien voulu adresser à nos confrères dirigeant la Maison Salésienne établie dans sa ville épiscopale. Le témoignage qu'on va lire a apporté à notre pénible épreuve l'adoucissement dont la foi contient les promesses et le secret; une fois de plus et dans une circonstance où il est particulièrement doux de le savoir, nous avons appris que la petite famille Salésienne de Nice trouvera toujours en Monseigneur l'Evêque un Père dont l'affection nous est une force et l'appui une bénédiction.

« Nie.-, le 4 Février 1888.

» Monsieur l'Économe.

» Je regrette de n'avoir pas été prévenu, hier matin, quand vous vous êtes présenté à la villa Ste. Agathe. Nous étions réunis pour le Conseil épiscopal; mais je serais descendu un moment pour vous dire toute la part que je prends à votre si légitime douleur et à tous vos regrets.

» Vous avez perdu votre fondateur et votre Père bien aimé. L' Eglise perd un de ses plus admirables apôtres. Don Bosco. Il continuera à vous assister du liant du ciel. J'espère qu il n'oubliera pas Nice qui lui fut chère et qui lui a donné tant de témoignages de vénération et de pieuse sympathie, en échange de ses prières, de ses conseils et de tous ses bienfaits.

» Voulant moi-même m'associer, autant qu'il est en moi, à vos prières et à vos regrets, voulant aussi donner au nom de mon diocèse un témoignage de gratitude au vénéré défunt, j'irai mercredi prochain présider le service funèbre que vous vous proposez de célébrer à la mémoire du saint défunt. J'assisterai à la Messe et je donnerai l'absoute.

» Veuillez transmettre à vos frères de Turin l' expression de mes plus sympathiques et de mes plus vives condoléances.

» Eecevez, Monsieur F Économe, l'assurance de mes sentiments bien dévoués en N.-S.

.» f Mathieu- Victob, Évêque de Nice »

Nous ne voulons pas non plus oublier , dans l'expression de notre gratitude, les nombreux Évoques étrangers et Missionnaires qui ont fait leur deuil du nôtre. Citons seulement l'Evêque de Marbourg et celui de Visigapatam.

Le sépulcre de Don Bosco.

VALSALICE — NÉGOCIATIONS.

C'est sous l'église de N.-D. Auxiliatrice et dans un caveau préparé tout exprés que nous comptions garder notre vénéré Père. Mais l'Autorité civile ayant refusé la permission spéciale requise en pareille circonstance, le choix du Chapitre se porta sur la Maison Salésienne de Valsalice, près Turin, dans laquelle on a installé le Séminaire des Missions de Don Bosco (1). Bien que Valsalice soit tout à fait en dehors de l'enceinte de la ville, le bon vouloir officiel s'attardait encore dans une telle série d'hésitations, qu'on dut prévoir le cas où le cercueil serait dirigé sur une autre Maison, mais hors de l'Italie.

La perspective de cette éventualité et de l'effet que produirait une mesure si inattendue, a-t-elle été de quelque poids dans la balance administrative ? Nous ne saurions le dire Toujours est-il que le permis d'inhumer fut libellé- pour Valsalice.

Cérémonie de la mise au tombeau.

En conséquence, le soir du 4 février, à 5 heures 1[4, le cercueil quittait l'Oratoire. Don Rua le couvrit de baisers et de larmes tandis qu'on le glissait dans le corbillard.

Avec Don Rua, prirent place dans la voiture qui servait aux promenades de Don Bosco, Monseigneur Cagliero, Don Sala et Don Bonetti. De Turin à Valsalice on récita le chapelet.

(I) On peut s'y rendre en voiture. De la gare, le trajet est d'un quart d'heure; et de l'Oratoire, trente minutes. Les étrangers sont admis tous les jours à visiter la tombe de Don Bosco.

On arrive au Séminaire des Missions, où le cercueil pénètre par le cloître qui aboutit à la chapelle. Les scolastiques et les professeurs de la Maison , un cierge à la main , forment la haie, et huit d'entre eux transportent la bière dans l'église, où Mgr. Cagliero donne l'absoute , immédiatement suivie de l'Office des Morts, chanté parles 120 scolastiques du Séminaire.

Don Sala, Économe de la Congrégation, entoura le cercueil de trois rubans de soie, fixés chacun par deux cachets de cire portant le sceau de la Pieuse Société de St.-François de Sales.

Pendant ce temps, on achevait de préparer le caveau, pratiqué à 1 m. 20 du sol, dans le mur plein de l'escalier double qui relie la grande cour à la terrasse de la chapelle. Don Cerruti, Don Lazzero, la Supérieure générale des Filles de Notre- Dame Auxiliatrice accompagnée de deux religieuses , et un certain nombre de Confrères venus de Turin, se joignirent au cortège qui parcourut tout le cloître avant de s'arrêter devant la tombe. Monseigneur Cagliero la bénit, puis renouvela l'absoute et Don Bosco prit possession de sa dernière demeure.

Enfin, en présence de plus de 130 personnes, les ouvriers fermèrent le caveau avec une pierre qui est un peu en retrait, afin de laisser la place d'une plaque de marbre destinée à recevoir l'inscription. Le moment où le cercueil disparait aux yeux de tous fut une minute déchirante. Nous ne décrirons pas autrement ce sépulcre plus que modeste, dont l'emplacement n'est guère celui que nous aurions choisi; disons seulement à nos chers Coopérateurs que la piété des fils s'occupe déjà de disposer en ce lieu privilégié, où repose le Père, quelque chose de moins provisoire et de moins désolé.

Après la cérémonie.

Quand la Communauté fat de nouveau réunie dans la chapelle, Mgr. Cagliero lui adressa la parole. — Les Supérieurs remettent à leurs confrères de Valsalice le précieux dépôt d'un

D'EariXET — Don Bosco. îîî»

sépulcre que la puissance divine pourrait bien visiter un jour : à eux de le garder comme un grand trésor. — Ce Séminaire des Missions devient comme le temple de la Société tout entière : apprécier une telle faveur, et, en témoignage de reconnaissance, accueillir avec un amour vraiment fraternel les Salésiens des autres Maisons qui viendront visiter notre Père bien-aimé. — Aller souvent auprès de cette tombe bénie nous retremper dans la ferveur, demander à Don Bosco un accroissement toujours plus grand de son esprit en nous , et une part du riche héritage de vertus qu'il laisse à ses enfants.

Après avoir développé ces diverses considérations, Monseigneur termina en ces termes:

« Les premiers chrétiens allaient sur le tombeau des mar- » tyrs apprendre le secret de combattre pour la foi, de souffrir » et de mourir pour Jésus-Christ ; St. Philippe de Neri trouva » sa vocation d'Apôtre de Eome dans ses fréquentes visites » aux catacombes ; à leur tour . les générations Salésiennes » viendront puiser auprès de la tombe de Don Bosco cette » force divine qui l'a toujours soutenu au milieu des dures » épreuves que lui ont coûtées la gloire de Dieu et le salât » des âmes ; et, près de leur Père, les fils sentiront s'allumer » dans leur cœur cette flamme de charité dévorante qui le fit » apôtre non seulement de Turin , du Piémont , de l'Italie , » mais encore des régions les plus lointaines de la terre. »

Don Rua ne pouvait se taire en un jour et dans une circonstance où il devenait le Père de la famille Salésienne. Il avait, du reste, à cœur de signaler le jeu tout aimable par lequel la bonne Providence du bon Dieu , elle-même , avait voulu confier aux jeunes Missionnaires de Valsalice le corps ■de Don Bosco.

— En septembre dernier, dit-il, le Chapitre venait de décider que la Maison serait ouverte aux enfants dont la famille goûte peu l'éducation de l'État. Mais, en quelques minutes, cette décision fut modifiée du tout au tout . et Valsalice devint le

scolasticat des jeune? Missionnaires de la Société. Don Bosco se rallia le premier, et de tout cœur, à cette modification si importante.

« Maintenant, conclut Don Rua . pourquoi , me direz-vous „ peut-être, nous rappeler ce souvenir? — La réponse est bien » simple. Je veux vous démontrer que si cette Maison eût été » un collège comme les autres, nous n'aurions jamais obtenu » la permission de conserver Don Bosco au milieu de nous. Et » je ne parle pas seulement de 1* Oratoire, pour lequel le Mi- » nistère a repoussé absolument notre demande ; mais ce refus » se serait appliqué même à Yalsalice, à cause de la présence » de tout jeunes enfants, pour qui la science aurait certaine- » ment redouta la présence d'une tombe dans ces murs. Au » lieu de tout cela, Dieu, qui avait décrété de nous ravir Don » Bosco, nous préparait la consolation de le posséder bien » près de nous, en disposant les événements comme je viens » de vous les raconter. Dès lors, ne puis-je pas dire en toute » vérité que la Providence elle-même vous a confié la garde » de ce sépulcre? Montrez-vous dignes d'une si grande fa- » Vf ur ; et par votre zèle à pratiquer les vertus de Don Bosco, » donnez à ce si bon Père la joie d'avoir laissé son corps au » milieu de fils qui méritent ce nom. »

Les Supérieurs venaient de partir pour l'Oratoire. Les professeurs et les scolastiques de Yalsalice. sans attendre davantage, se réunirent autour de leur Directeur, Don Barbéris, pour voter une adresse à Don Bua afin de lui exprimer les sentiments de profond respect, de soumission entière et de filiale affection de la Communauté à son égard, en union intime et complète avec tous les Salésiens, ses enfants.

L'adresse fut rédigée , et signée de tous. Après nne promesse solennelle de s'en tenir fidèlement aux ordres et aux désirs de Don Eua, les Salésiens de Yalsalice concluaient en ces termes :

« Xotre cœur nuus impose aujourd'hui un devoir de plus.

» Il nous semble que la journée ne serait pas complète si nous

» ne cherchions à adoucir un peu l'immense douleur qui a

» transpercé nos âmes, en nous serrant autour de notre nou-

> veau Supérieur général , notre bien-aimé Don Bua, qui a

» su, du vivant même de Don Bosco , nous inspirer tant de

» confiance, s'attirer tant d'affection, nous imposer une si

» grande vénération.

» Nous savons que le Saint-Père, depuis longtemps déjà,

» vous avait désigné comme successeur de D. Bosco. Nous som-

» mes donc heureux de pouvoir vous saluer du doux nom de Père.

» Et ici, sur la tombe de notre vénéré Fondateur qui n'est

» plus, nous protestons solennellement de notre filiale sou-

» mission envers vous et sommes prêts à vous obéir au moin-

» dre signe. »

Grâces attribuées à l'intercession de Don Bosco.

Orphelinat Bourdault, Vesoul (Haute-Saône), le 11 avril 1SS8.

Mox Eévérexd Père.

Grâces soient rendues à N.-D. Auxiliatrice et au bon Père Don Bosco ! Xotre bien chère sœur malade, pour qui nous avions demandé une neuvaine, s'est levée dimanche matin, 8 avril, ne ressentant plus aucun mal !

Depuis longtemps elle souffrait d'un ulcère à l'estomac, qui lui occasionnait à chaque instant des vomissements de sang. Depuis huit mois, pour éviter ces vomissements, elle ne devait prendre, pour toute nourriture, que du lait : régime qui avait été ordonné par les médecins. Plusieurs fois elle a essayé de prendre du bouillon ou du potage, mais elle ne le digérait pas. Le pain surtout lui était interdit. Par suite de ce régime.

elle en était venue à une très grande faiblesse. Les vomissements avaient cessé depuis près de trois mois ; mais elle éprouvait une grande douleur à l'estomac, douleur qui lui paralysait pour ainsi dire le bras gauche. Elle était dans cet état quand nous avons eu l'occasion de recourir à Don Bosco et de vous faire demander, mon Révérend Père, une neuvaine pour la guérison de cette chère malade.

Dès le premier jour de la neuvaine. elle s'est trouvée plus souffrante encore : il semble que Don Bosco voulait la mettre à bout. En effet, samedi, septième jour, elle était tout à fait mal : ses vomissements de sang l'avaient reprise plus fortement que jamais; elle ne pouvait plus même avaler un peu de lait; elle était incapable du moindre mouvement dans son lit ; on avait cru devoir la préparer à mourir. Mais, malgré cet état, elle espérait sa guérison et nous dit, ainsi qu'au médecin appelé, qu'elle se lèverait le lendemain et qu'elle mangerait du pain. Le docteur sourit, lui interdit tout mouvement et défendit qu'on lui donnât autre chose que du lait. La nuit fut encore très mauvaise jusqu'à quatre heures du matin où la pauvre malade s'endormit enfin; après un moment de sommeil, elle se réveilla ne sentant plus aucun malaise. Elle se leva, descendit, à la grande stupéfaction de toute la Communauté, déjeûna comme une personne en santé, commençant par manger un bon morceau de pain frais, ce que la veille encore le médecin lui avait interdit; elle était guérie ! Elle n'éprouvait plus aucune douleur, mais il lui restait une assez grande faiblesse dans les jambes; elle assista à la Messe, aux Vêpres, et. prit son repas comme nous; il y avait, je le répète, huit mois entiers qu'elle n'avait pu prendre que du lait. Le lendemain, lundi, dernier jour de la neuvaine, nous sommes toutes allées, notre malade aussi, faire un pèlerinage à un sanctuaire de la Sainte Vierge qui se trouve près d'ici sur une colline; pour nous convaincre de sa pleine guérison. elle courut aussi facilement qu'une enfant en descendant la colline.

D'Espikeï — Don Bosco. 3'-£*

Sun état continue. Xous voyons là l'action directe de la Très Sainte Vierge qui a voulu glorifier son serviteur le bon Père Don Bosco s'iutéressant à notre cher Orphelinat. Que grâces leur soient rendues ; et à vous, mon Révérend Père, merci pour les prières que vous avez fait faire par vos chers orphelins. Que Dieu et sa divine Mère vous en récompensent I

Notre ci-devant malade aime tant ses chers orphelins et orphelines qu'elle ne demandait sa guérison que pour les soigner et se dépenser à leur faire la cuisine ; maintenant que Don Bosco lui a obtenu la santé, elle les aime encore mieux, ces pauvres enfants, et avec quel bonheur elle sent ces jours-ci revenir des forces qu'elle n'a jamais ménagées, et qu'elle ménagera moins encore, si c'est possible, pour ces chers orphelins.

Sœur Pulgence, Supérimre.

Dominus tibi'det pacem !

Tbès Révérend Père Directeur,

Je vous prie de publier . à la gloire de Dieu , de Marie Auxiliatrice et du regretté Fondateur des Salésiens, la relation suivante.

Vers la fin de janvier dernier, une Cophte catholique, de Louqsor, nommée Gâta Abd Mariam, âgée de 25 ans, mère de trois enfants et chargée en outre de trois autres que son mari avait eus d'un premier mariage., fut prise d'une fièvre pernicieuse très violente, compliquée d'une congestion pulmonaire. Le mari de la malade étant venu demander au P. Athanase Riccardo de Florence et à votre serviteur les secours spirituels et corporels nécessaires — il n'y a point de médecin pmr les indigènes — mon confrère et moi nous nous fîmes un devoir de porter à la pauvre femme, en même temps que les

consolations de la religion . les remèdes les plus appropriés dont notre dispensaire fût fourni. Cependant, malgré nos soins assidus , le mal ne fit qu'empirer , et la malade perdit l'ouïe et la parole : l'Extrême-Onction lui fut administrée. Enfin, le

21 février, la pauvre femme était à l'extrémité ; tous les parents la croyaient perdue, et le râle de l'agonie détermina le P. Athanase à réciter, dans la soirée même du 21, les prières des agonisants. En présence d'un danger aussi imminent , le P. Athanase eut l'heureuse inspiration de recommander cette pauvre mère de famille à Notre-Dame Auxiliatrice, qu'il supplia d'obtenir à la malade, si c'était le bon plaisir de Dieu, la guérison corporelle, par les mérites de son très fidèle serviteur, Don Jean Bosco ; le P. Athanase s'obligeait à publier la grâce dans le cas où elle serait accordée.

A smi retour, le P. Athanase m'ayant communiqué cette inspiration, j'unis de tout cœur mes faibles prières aux siennes, pour supplier la glorieuse Vierge Auxiliatrice, par l'intercession de son regretté serviteur Don Bosco, de venir au secours de la pauvre infirme en lui accordant la guérison. Je pris moi aussi l'engagement de publier, de concert avec le P. Athanase, la faveur sollicitée, aussitôt que nous l'aurions obtenue.

Ce qui ne nous empêcha pas de prendre, dans la nuit du

22 février, avant mon départ pour Kene, les dispositions nécessaires pour la sépulture de Gruta, au cas où elle viendrait à mourir pendant mon absence qui devait être de deux jours.

Le matin du 22, le P. Athanase se rendit auprès de la moribonde, et la trouvant tout à fait mal, il lui posa sur la tète un portrait du vénérable Fondateur des Salésiens. Eh bien, à partir de ce moment, la pauvre femme entra dans la voie de l'amélioration: et en quelques jours elle fut rétablie au point de plonger dans la stupeur ceux qui l'ayant vue le 21 février ne pouvaient s'expliquer comment, d'un état humainement désespéré, elle avait pu passer aussi rapidement à une heureuse convalescence.

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