‹ Don BoscoChapitre 90 sur 152 · L'ABBE P · texte numérisé non relu

L'ABBE P

Le trois mars 1884 , Don Bosco vint à Menton. On le pria de visiter nn prêtre âgé, fort malade et dont on désespérait.

Don Bosco s'empressa de se rendre à ce désir. Il trouva le pauvre prêtre an lit et presque sans connaissance.

— Eh bien ! Monsieur l'abbé , comment cela va-t-il?

Pas de réponse.

— Vous ne m'entendez pas?

Le malade balbutie quelques mots inintelligibles.

Don Bosco insiste: — Vous ne reconnaissez donc pas Don Bosco?

— Don Bosco! ah! si, je le connais.

— Eh bien! C'est moi; ne voulez-vous donc rien me dire?

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— Comment c'est vous, mon Père!

Et voilà l'abbé qui se dresse sur son séant:

— Je veux me lever.

Sa sœur , qui était présente, lui répond qu'il perd la tête.

— Je vous dis que je veux me lever; qu'on aille décommander l'extrême-onction.

Un de ses confrères devait, en effet, venir, dans quelques instants , lui administrer les derniers sacrements.

Il se lève, parle avec lucidité et, le lendemain matin, il assistait à la messe de Don Bosco.

Il est vrai de dire que cette guérison inattendue ne se maintint pas d'une façon définitive. Quelques mois plus tard, le prêtre retombait dans un état de souffrance qui, d'ailleurs, datait de loin; et puis, D. Bosco n'était plus là pour le remettre sur pied.

Monseigneur Jean Gagliero a 1' honneur d'être le premier évêque de la Pieuse Société Salésienne.

Né en 1838, à Ohâteauneuf d'Asti, il entra , à 1' âge de treize ans , à 1' Oratoire de Turin, et devint l'élève favori de son compatriote Don Bosco. Il ne le quitta presque jamais, jusqu'en 1875 , époque à laquelle il fut, sur sa demande, mis à la tête des Missionnaires qui allèrent évangéliser la Patagonie.

C'est un lioinme éminent, qu'on a pu surnommer une Encyclopédie vivante , tant ses connaissances sont nombreuses et variées; ce qui ne l'empêche pas de cultiver les arts avec le plus heureux succès. On lui doit des coin-

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positions musicales fort remarquables, un riche répertoire de musique sacrée , et même des romances d'un grand charme.

Alors qu' il était encore tout jeune écolier, sa passion musicale se révélait déjà par une fréquentation des plus intimes avec un mauvais piano, sur lequel il s'exerçait avec fureur, pendant des heures entières.

Cette virtuosité excessive avait fini par fatiguer et même exaspérer maman Marguerite, laquelle, un beau jour, ne se gêna pas pour menacer de son balai le jeune musicien.

Celui-ci, froissé dans sa dignité d'artiste, ne trouva rien de mieux que de regagner son pays. Mais il n' alla pas bien loin ; on le retrouva avant qu'il eût, quitté Turin, et on le lit comparaître devant D. Bosco.

— Petit sot , lui dit le Père , pourquoi veux-tu donc te sauver % Ne sais-tu pas que, si tu restes avec moi, tu seras un jour évêque!

A l'âge de quinze ans, le jeune Cagliero tomba malade, et fut bientôt réduit à l'extrémité, par une fièvre typhoïde compliquée de congestion cérébrale. Don Bosco ne le quittait presque pas ; mais le mal suivit son cours, et, un jour , le docteur dit avec tris-

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tesse : — Don Bosco , n' espérez plus ; préparez cet enfant à mourir.

En conséquence , le jeune Oagliero fut administré, et l'on attendait, d'un instant à l'autre, la catastrophe.

Un matin, Don Bosco, le cœur angoissé, entre dans la chambre du moribond, et aperçoit, voletant autour du lit, une colombe qui portait au bec un rameau d'olivier. Elle finit par se rapprocher de l'enfant, et laisse tomber sur son front, déjà glacé, le rameau d'olivier.

Don Bosco, se croyant victime d'une illusion , s'approche du lit, et voit alors bien autre chose :

Tout autour du jeune Oagliero, et jusque sous les rideaux du lit, des figures étranges apparaissent en assez grand nombre. Don Bosco se demande s'il est en présence d' êtres aux formes humaines; et, à mesure qu'il regarde, il distingue deux types plus accusés, qui paraissent comprendre tous les autres ; l'un, comme ramassé sur lui-même , disgracieux, au teint cuivré (1) ; l'autre, de haute stature, à l'air guerrier , mais avec une ex-

(1) Signalement exact des malheureux habitants de la Terre de Feu.

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pression de bonté (1). Tons deux , penchés anxiensemeinent sur le visage du petit moribond, comme pour épier quelque chose.

A ce moment même , une illumination soudaine traverse l'esprit de Don Bosco, et, ne pouvant plus retenir les larmes, il se penche, lui aussi, vers l'enfant, et, après l'avoir considéré un instant , lui dit : — Oagliero , dis-moi : veux-tu aller en Paradis, ou guérir?

— Si Don Bosco le trouve bon, allons en Paradis, et sur le champ.

Don Bosco, profondément ému, jette sur l'enfant un regard de suprême tendresse, et s'écrie : — Xon, mon cher petit, non, il n'est pas encore temps. Tu ne mourras pas. Tu guériras, tu mettras la soutane, tu seras prêtre, missionnaire un jour, et, ton bréviaire sous le bras, tu iras parcourir le monde, en quête d'âmes à sauver ; tu les baptiseras, et tu seras.... Evêque.

(C'est Monseigneur Oagliero, lui-même , qui a fait ce récit, à une conférence des Ooopérateurs, le 23 mai 1888 , dans l'Eglise de Îf.-D. Auxiliatrice).

L'étudiant guérit ; il devint prêtre, docteur

(]) Ce sont les Patagons.

en théologie, missionaire, et enfin, en 1884, il était sacré Evêqne de Magida.

An sortir de cette solennelle et imposante cérémonie, le nouvel évêqne, après avoir embrassé sa vieille mère , se dirigea tout d' abord vers Don Bosco , qui avait quitté sa barrette et l'attendait la tête nue.

Monseigneur Cagliero tenait ses mains cachées sous les plis de son vêtement, et il n' avait permis à personne , pas même à sa mère, de baiser l'anneau Pastoral.

Don Bosco voulut saisir cette main, et la porter à ses lèvres ; mais Monseigneur Oagliero se précipita dans ses bras. Ce fut, entre le père et le fils , une longue et douce étreinte, mêlée de larmes, et alors seulement Don Bosco put , le premier de tous , baiser le saint anneau.

— Mon fils, mon cher fils ! Je savais bien qu'un jour tu serais évêqne !

Don Bosco savait encore que Mgr. Oagliero 1' assisterait à ses derniers moments. Oela paraissait bien improbable. Le nouvel évêqne était reparti, en 1885 , pour 1' Amérique du Sud. Lorsque Don Bosco était si gravement malade, Monseigneur était à l'autre bout de la terre ; et, pour comble de mal-

heur, un terrible accident de cheval ( 3 mars 1887) venait de le condamner à une longue immobilité. En traversant les Cordillères, il avait roulé au milieu de rochers et d'affreux précipices, et c'est miracle qu' il ne fût pas tué sur le coup. Lorsqu'on le releva, il avait plusieurs côtes enfoncées , et de très graves contusions. La situation était d'autant plus critique qu'on était à une distance considérable de toute habitation, et qu'il aurait fallu faire, peut-être, plusieurs centaines de lieues pour se procurer le moindre secours médical.

La nouvelle de cet accident, lorsqu' elle parvint à l'Oratoire, y causa une consternation générale. Seul, Don Bosco ne manifesta pas la moindre crainte. »

Bientôt le pauvre Père fut en proie à des crises si intenses qu'on craignait, à tout instant de le voir succomber. Mais , lorsqu' il voyait l'inquiétude peinte sur tous les visages , il disait invariablement : pas encore

dopo , dopo. Il attendait son bien-aimé lils qui, en effet, arriva à Turin, le 7 décembre

Lorsque Monseigneur Oagliero parut, Don Bosco poussa un immense soupir de joie et de soulagement; et, comme il l'avait prévu

et annoncé, ce fut son enfant, devenu évêque , qui lui administra les derniers Sacre ments, qui récita sur lui les prières des agonisants, et reçut son dernier soupir.

Don Bosco a fait encore d'importantes prédictions concernant le premier Evêque Salésien. Bien certainement, elles se réaliseront comme les autres.

Depuis que Don Bosco n'est plus, des grâces nombreuses, des guérisons étonnantes sont venues prouver que le vénéré Père veille encore sur ses enfants.

Que les Ooopérateurs de Saint-François de Sales, qu'il a tant aimés, ne cessent donc d'avoir conliance : ils ont , là-haut, un puissant protecteur.

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