‹ Don Carlos dans les IndesChapitre 4 sur 58 · DANS · texte numérisé non relu

DANS

INTRODUCTION

UN A^OYAGEUJI

Si cette sentence la vie est un voijaue est vraie, elle l’est surtout pour les âmes inquiètes de gloire et de savoir. Elles ont horreur des bornes et des limiles. La terre leur semble trop petite. L’oisiveté leur pèse. Elles préfèrent avec le poète, â « beaucoup d'ans sans gloire, » ces longues mémoires qui perpétuent le nom avec l’accomplissement du devoir.

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Le voyageur dont il s'agit a tenu cinq ans la campagne dans le nord de l’Espagne. Il était parti avec trois cents hommes : il en commanda cent mille. Il fut vainqueur à Lacar, à Sommorostro, à Montejurra.

Vendu par une France bâtarde, qui n’était ni la monarchie, ni la république, il dut partir. On l’expédia de Pau à Boulogne.

Ne pouvant plus faire la guerre, don Carlos voyagea. C’était le seul moyen d'assouvir sa soif d’activité. Ce que la Genèse appelle dies peregrinatioîiis commença pour lui.

A peine débarqué à Londres, il part pour l’Amérique. Il est accompagné du général marquis de Velasco, du marquis Ponce de Léon et du vicomte de Montserrat. 11 aborde â Halifax, dans la Nouvelle-Écosse. 11 traverse le Nouveau-Brunswick et gagne le Canada, où il trouve les souvenirs de la France et de PEspagne. Jacques Cartier eut rhonneur de découvrir le Canada, et les Espagnols lui ont donné son nom, AcciNada. i\Iais, brûlant Boston, le prince se trouva aui)rès du Niagara, au-

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près de celte cataracte fameuse « d’où il sort de tels bruits du fond des eaux, où il se passe de telles choses aux yeux, qu’il est impossible de les décrire ». Le duc de Madrid, passant alors par la Nouvelle-Orléans en descendant le Mississipi, se rendit au Mexique. Il avait hâte d’entendre parler la langue de ses soldats.

La Vera-Cruz était bloquée par le général Porfirio Diaz, Pendant huit jours don Carlos assista, simple spectateur, au siège delà ville. Il put sortir avec une division du général Alatorre. On se dirigea sur Mexico, au milieu des plus grands périls. On était en chemin de fer ; mais â chaque instant il fallait arrêter le train, développer les soldats en tirailleurs, éclairer le pays, remonter en wagon et repartir à toute vitesse. A Poca-del-Monte, des soldats carlistes, qui s’étaient sauvés de Cuba où on les avait déportés, firent une ovation â don Carlos : son incognito fut ainsi trahi.

A la nouvelle de son arrivée, le président Lerdo de ïejada dut être un peu embarrassé. Don Carlos était le premier prince de la mai-

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son de Iknirbon ifiii foulait le sol américain, et ce prince était le héros d’une guerre de cinq ans. L’om])re de Ataxirnilien put se dresser devant lui. Il envoya cependant complimenter le duc de Madrid et lui annoncer sa visite. Don Carlos n’eut qu’à se louer de la courtoisie, de la loyauté du gouvernement mexicain.

La haute société mexicaine, ({ui portait encore le deuil de Maximilien, trouva l’occasion propice pour rompre son jeune de bals et de plaisirs. Don Carlos fut fêté par l’aristocratie mexicaine, comme il le fut plus tard par les démocrates de New- York. Dans cette ville, sa loge, au théâtre, fut ornée de drapeaux, et, à son entrée, on joua la marche royale espagnole. 11 suffisait d’ailleurs de le voir, de causer avec lui, pour confesser avec le grand écrivain que « toutes les races sont nées d’hier auprès de celle de Hugues Capet )v — Dans le Nouveau Monde républicain il fut entouré ddiommages. Il appartimait au monde moiiarcliique et aristocratiipie de lui prouver ([ue l’adversité n’est([u’une femme du peuple grossière,. et (fu’il ne faut ])as se gêner ])our lui maiiqiuu* (!(' res])ecl.

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• Charles de Boiir]3on trouva au Mexique la France à côté de l’Espagne. N’était-ce pas la France de Louis XVIII qui avait révé, avec le génie de Chateaubriand, des monarchies bourbonniennes dans les Amériques espagnoles? Ferdinand rendit l’indépendance au Mexique. Chaque matin, comme la jeune fille des contes de Perrault, Mexico attendit l’arrivée d’un infant d’Espagne. Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir?

Au lieu d’un Bourbon, il vint, trente ans après, un Ilapsbourg!... et on lui donna pour trône l’esplanade de Queretaro...

Don Carlos visita le théâtre des exploits de Cortez, de ses compagnons Sandoval, Avila, Velasquez. Le conquérant du Mexique repose à Mexico. Son hls ne voulut pas qu’il lôt enseveli en Espagne. ïnrj rata pair la, ossannea non habebis.

Le conquistador, dit son historien, (f savait gagner le cœur des soldats: car ils aimaient à obéir à un capitaine impétueux

iNTiu)r)ur;rroN.

comme le vent de mars et riant comme la brise de mai; libéral, franc ami du vin et des chansons; le premier à escalader un rempart et le cœur des belj^es.

De retour en France, don Carlos se rendit à Frohsdorf et à Rome. A Frohsdorf, Henri V, rebelle à rimpiété du siècle, à la déchéance de sa patrie et de la royauté, y enseignait à tout venant la vertu, le devoir, la grandeur. A home, riiérilier de la seule dynastie qui ne se trompe pas, que son chef soit Pie IX ou Léon XIII, le ])énit une dernière fois.

De ritalie il passa sur la terre sacrée du génie : en Grèce. Le roi attacha à sa personne un aide de canq), M. Vassos; et tons deux, Homère à la main, ils parcoururent, à cheval, le Péloponèse. Rentré à Athènes, le roi lui dit : « Vous avez admiré nos monuments de pierre, vous avez vu, à Misène, le toinbeau (rAgamemnon : il est un loinl)eau vivant qu’il vous faut contempler. » Le duc

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(le Madrid alla visiter à la campagne l’illustre Canaris, qui

Sur les vaisseaux qu’il prend, comme son pavillon,

Allume l’incendie.

Canaris arrosait ses fleurs, comme Dioclétien à Salone.

L’auguste voyageur se trouvait à Constantinople à l’époque des conférences. Il s’embarqua pour \ arna le meme jour que le général Ignatief. A Bucharest, il se lia d’amitié avec le prince de Roumanie, un soldat comme lui. A Kissinief, en Bessarabie, le grand-duc Nicolas lui fit les honneurs de son camp et lui dit que le czar l’attendait à Saint-Pétersbourg. Après une ])rillante réception du prince Dolgorouki, gouverneur de Moscou, le ]UTnce arriva sur les ])ords de la Néva. Ce n’est pas le lieu de rappeler ici les fêtes auxquelles il assista. Aux premiers coups de canon tirés entre la Russie et la Turquie, il partit pour la Roumanie : il y assista aux principales batailles.

Rentré à Paris, l’infatigable pèlerin n’y resta pas longtemps. 11 voyagea en Suède et

ÎNTIIODUCTION.

en Norwège. Trois mois après, il étaii à Tunis et enfin à Alger. Don Carlos dut y rêver. ].a conquête de Charles X fut agrandie par la prédiction de Bossuet. Fénelon, lui aussi, avait annoncé Navarin. — « Le sang des Turcs se mêlera un jour à celui des Perses, dans les eaux du Péloponèsc. »

Cette double vue fait sourire les aveugles de notre temps ; elle console les croyants. La foi, c’est la véritable force : le duc de Madrid la possède. Quels que soient les destins, ils le trouveront prêt. Si Dieu lui a donné une mission, il ne lui sera pas infidèle. L’Espagne voyage toujours avec le royal touriste : il l’emporte dans son cœur. Qu’il soit occupé de recherches artistiques ou scientifiques, qu'il entreprenne un voyage sur terre ou sur mer, et même en iiallon pour étudier les lois de l’aérostat, il songe à la patrie espagnole. Dans sa croyance indomptée, il en sera, un jour, le rédempteur. Il croit, et les espérances chrétiennes sont plus longues que le teiiqis et fndversité. Nous niions suivre h' duc de

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Madrid dans le voyage qu’il vient d’accomplir dans les Indes.

C’est ici, dans le palais Loredan, royal cadeau de sa mère, où il a entassé tant de reliques glorieuses : drapeaux des combats, portraits des fidèles, curiosités des Deux Mondes, que l’auguste voyageur va me raconter ses pérégrinations. Nous les publierons dans ces colonnes.

Il y a quelques jours, à mon arrivée, j’ai trouvé sur ma table la correspondance de mon père avec l’illustre aïeul du duc de Madrid. C’était pieux, c’était délicat. Nous avons tous deux le culte des ancêtres. Don Carlos se souvient de saint Louis, de Henri IV, de Louis XIV, et moi, je suis le petit-fils de leurs compagnons d’armes.

Venise, palais Loredan, le 28 juin 1885.

UBRARY U. OF 1. ORBANA-CHAMPAIÊH

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