CHAPITRE PREMIER
lTnde
Au nord, le berceau du genre humain, à droite ou à gauche, un peu plus près, un peu plus loin : peu importe. Le paradis terrestre était là, au pied des plus hautes mbntagnes du globe. Les cimes des monts dTmmaüs rappelaient à l’homme son origine, elles mesuraient sa chute, lui enseignaient qu’il faut monter pour arrivera Dieu.
A l’ouest, à l’est, au sud, l’Océan, et l’Océan le plus profond du monde ; tout estabîmes immesurables dans cette Inde qui est elle-nieme un véritable océan, avec un Ilux de religions, de constitutions de peuples, de civilisations relatives et de barbaries. Elle a lancé ce Ilux sur le vieux monde, qui, par un rellux na-
lurel, lui a renvoyé ses dons modifiés el perfection nés.
Les colonies juives sont arrivées les premières.
Le llonddlia est arrivé le second.
Le Cdirist est arrivé avec rap(Mre saint Thomas.
Puis Mahomet, puis le Christ encore sons saint Louis, et enfirp lorsque Tempire des Indes échappa à la France, Gah in et Luther firent leur apparition.
Brahma tint bon. 11 chassa le bouddhisme ; serré de près par le liouddhisme, le mahométisme, le chrislianisme, il se défend encore. Mais il aVeçu une blessure mortelle : sa mort n’est plus qu’une question de temps.
C’est peut être le fait le plus étonnant de Thistoire du monde que cette religion de quatre mille ans, fondée sur la tyrannie théocratique la plus scandaleuse, sur une religion fondée sur toutes les extravagances, les débauches de la pensée humaine, cimentée dans le sang des femmes et des enfants, enseignant la rapine, acceptant, à côté du culte de sa trinité de bandits, celui des bandits des autres religions; laissant adorer le dé^
mon et les attributs honteux des deux sexes ; il est étonnant, dis-je, que, malgré des variations innombrables dans le dogme, elle soit demeurée quatre mille ans invariable dans sa eonstitution et pi-esque dans sa puissance.
L’histoire de l’Inde est faite à l’image de sa flore. Elle en a toute la variété, toute Lexubérance, en bien et en mal, avec ses Heurs aux larges calices, ses épines monstrueuses, ses fleurs et ses parfnms, toute la sève fécondante, tous les principes putréfiants de la nature, les brises éternelles et les cyclones formidables, les douceurs du printemps, les feux du soleil torride, les neiges du Tliil)et et les pluies du déluge.
* Son histoire politique a moins de variété ; mais encore ({ue d’invasions depuis celle des Aryas descendant des montagnes à la conquête delà péninsule, jusqu’aux expéditions portugaises, françaises, anglaises, hollandaises ! Que d’empires s’élèvent' et disparais-
DÜN CAllLOS
sent les uns après les autres ! Quels conquérants ! Alexandre, Timour , Gengis-Klian , Baber !...
On comprend lacileinent que les historiens aient exagéré dans un pays où tout est exagéré ; qu’ils aient bâti des fables là où tout est fable, légende et, disons-le, beaucoup trop souvent mensonges.
L’Inde n’a ni chronologie, ni histoire.
Son histoire, sa chronologie, comme sa religion, reposent sur ses poèmes fantastiques, sur une mythologie qui donne le vertige.
Plus on étudiera l’histoire de l’Inde et plus on sera obligé de confesser, avec Bossuet, que la plus haute antiquité historique, là où l’histoire va se confondre avec la fable, ne dépasse pas l’époque du siège de Troie ; (pie le plus ancien historien, c’est Moïse; que la seule vraie chronologie est celle de la BiJjle, qu’on n’a jamais pu prendre en défaut. Les Chaldéens, les Assyriens concordent avec elle, el bien d’autres encore. Quant aux Egyptiens, leurs calculs astronomiques ne prouvent rien. Un astronome qui calcule quatorze mille ans
d’avance la marche d’un astre, peut très bien faire le calcul en arrière comme il l’a fait en avant^ et ce calcul hypothétique ne détruit en rien la vérité génésiaque.
Mais, malgré et peut-être à cause de tous ces nuages, de toutes ces contradictions, quel charme étrange n’éprouve-t-on pas dans l’étude de* cette merveilleuse contrée! Et comme on comprend queriiomme soit attiré, comme par le vide, à plonger son regard dans les profondeurs mystérieuses de cette étrange histoire !
Et puis, quelles merveilles tropicales ! quelle llore ! quelle constitution géologique! quelle variété prodigieuse de sites et de contrées ! quelles cités curieuses ! quelle étrange architecture! Non pas que la vieille Europe puisse le céder à l'Inde, avec se, s capitales, ses monuments anciens et modernes, sesruinesses travaux d’art ; mais c’est du nouveau, et, il y a cela de piquant et d’intéressant que, dans les chefs-d’œuvre de l’art indien comme le Tadj et la Mosqvée- Perle ^ (“’est l’art qui a
créé rAlhamJ3ra que Ton retrouve. Mais rien d’aussi grand, d’aussi sublime que Saint- Pierre, rien qui puisse être comparé à Saint- Marc et au palais ducal de Venise, les deux bijoux sans pareils de Part byzantin.
Un esprit aussi élevé, aussi curieux que celui du duc de Madrid, devait rêver souvent de l’Inde. Du rêve à rexécution il n’y a qu’un pas pour les natures passionnées du savoir. Un jour on apprit qu’il s’était embarqué sur la Bérén ice^ où je vais le suivre.