ESPINOSA ET LE NONCE
prit l'arrestation du prince : il parla avec sa réserve accoutumée, mais son émotion était si Forte que les larmes • lui jaillirent des yeux *. Ru y Gomez et Espinosa furent chargés de donner communication des faits aux ambassadeurs. Le langage de ces deux ministres, fidèles organes de la circonspecte diplomatie de l'Escurial, demeura dans les limites d’une demi-confidence qui, sans satisfaire absolument, une curiosité inopportune, ne marquait point toutefois une défiance blessante. Espinosa fil entendre au nonce que Sa Majesté donnerait toute explication au pape, et par ses lettres subséquentes et par son ambassadeur «n Rome, mais que le roi désirait néanmoins faire immédiatement connaître à l’envoyé du Saint-Père les causes de sa décision*; puis, usant d'un style religieux qui couvrait bien la prudence imposée jiu ministre : « Sa Majesté, dit-il, a voulu avoir plutôt égard au service de Dieu, à la conservation de la religion, de ses royaumes et de ses vassaux qu’aux intérêts de sa chair et de son sang ; il a sacrifié à ce service son fils unique, et il ne pouvait agir d’autre sorte sans se montrer ingrat pour les bienfaits dont Notre-Seigncur l’a comblé \ » Le nonce, médiocre-
1 « Il luncdi a 19, convocati i consigli de’ suoi regni, diede conto a ciascuno sepaialamentcdi questo successo. s Haggiiaglio, etc. Ms. déjà cité. — Relazione, etc. Ms. déjà cité.
* « S. M. dnrà a S. S. per corrido a posta con-sue liltere et bocca de! suo ambascialorc. # Dépêches manuscr. du nonce, ibid.
5 « Vole ancora ch’ io sappia chc la causa per la quale s’é mosso a far queslo effetlo, è solo l’ haver S. M. voluto più presto baver riguardo al servizio di Dio, alla conservazionc délia rcligione, de’ regni e de’ vassulli suoi chc alla carne e sangue suo propio, e che ha voluto sacrificare per il predelto servitio 1' unico suo (igliuolo, perché non poteva far altro se non volcva essor troppo ingralo delli bencficij que N. S. li fa di continuo. » Dépêches manuscr. du nonce, 24 janvier 1508.
meut satisfait de ccs termes vagues et de ces pieuses considérations, désirait fort en savoir davantage et, sans avoir l’air d’interroger : « Le bruit court, insinua-t-il, que le jeune prince a conspiré contre la personne du roi son père. — C’est une erreur, répondit Espinosa; si la personne du roi eût été seule en péril, il se fût tenu sur ses gardes et il eût suivi d’autres voies. Mais la circonstance est plus grave, si elle peut l’ctre. Sa Majesté a cherché, depuis plus de deux années, remède à cette situation, mais les choses n’ont fait qu’empirer malgré ses efforts. On n'a jamais pu affermir ni régler cette cervelle, de telle sorte qu'il a été nécessaire d’en venir aux extrémités l * * * * * * . » Ccs derniers mots parurent suffisamment clairs au nonce, d’autant plus que leur triste signification était d’accord a\^c l’opinion générale. Dans sa dépêche du 4 février suivant, il expose très-nettement sa façon devoir : « Son entendement est troublé, dit-il, et, d’autre part, on a découvert par scs papiers son intention de quitter l’Espagne 8 . » — « Leroi peut venir à mourir, ajoute-t-il plus loin; devait-il laisser le gouverne- »
1 «... Si va diccn.lo per tutto clie ciô è di qucslo giovane lnvcsse pen-
sato coniro la persona del rè suo padre, rispose clic qucslo estava il
inanco, perche sc non fosse altro pcricolo che délia persona del re, si sarebbe guardato è rimedinlo altrimenle, ma che ciôè di peggio, se peggio
puù essore, che S. M. ha ccrcato per ogni via di rimediare già doi anni
continui, perché vedeva pigliarsi la inala via, ma che non ha niai potulo fermarenè regolarequestoccrvello. finchè è bisognalo arrivare a qucslo. & Ibid.
- « ... Eçli non ha cervcllo nè sano inlelletlo e a queslo aggiungeranno
allre cosc che dicono apparirc per propiie scrillure sue, cioè d’haver
liavulo animo di fuggirc. » Ibid.