DISCUSSION DE LY CONDUITE DU ROI
tard. Il y a certainement de nombreuses iniquités dans ]a vie politique de Philippe II, et il faudrait qu’un historien au dix-neuvième siècle fût frappé d’aveuglement pour oser faire son panégyrique ; il convient de laisser cette tâche aux esprits violents qui semblent suscités pour détourner lésâmes de l’Évangile, dont ils se disent les seuls fidèles adeptes. Mais de ce que Philippe II a commis beaucoup d'actes que l'histoire réprouve, il ne faut pas se laisser dominer, dans la question qui nous occupe, par des opinions préconçues et se montrer systématiquement injuste. Or, ii est clair quo dans sa conduite vis-à-vis de don Carlos, depuis la naissance du prince jusqu’au point où nous en sommes arrivés, Philippe ne fut ni mauvais père ni mauvais roi, qu’il fut sévère, il est vrai, mais disposé à céder en toute circonstance juste, qu'il n’en est venu à la rigueur qu’au moment où l’indulgence eût été funeste, non-seulement à l’État, mais au prince lui-même, et que, placé en définitive dans les circonstances les plus douloureuses et les plus délicates, en présence d’un fils insensé et rebelle à la fois, il a agi tout ensemble en père, par sa longanimité prolongée, en roi, par sa résolution dernière. L’histoire légère des siècles passés l’a accusé avec une incroyable ignorance : il est temps que l'histoire analytique de nos jours lui accorde courageusement, appuyée sur des faits, sur des preuves, sur une critique sérieuse et sincère, une réparation méritée.
Je reprends la série des lettres officielles. La nouvelle était parvenue à Rome avec rapidité, et avant même que l'ambassadeur du roi, Juan de Zuniga, eût reçu avec
ses dépêches la missive destinée au pape. Dès le 26 février, Zuniga vit un courrier de Gênes qui avait appris l’événement par la voie postale de Lyon 1 ; l'ambassadeur traita d’abord ce récit de fable ! , mais le 28, le pape, ayant reçu une lettre du cardinal Santa Croce, nonce en France, fit demander des explications à l’ambassadeur d’Espagne. Catherine de Médicis elle -même avait informé le nonce de ce qui s’était passé, ajoutant que le roi avait emprisonné l’infant pour conspiration contre sa personne, et pour avoir lu des livres hérétiques. On sait la valeur de ces deux hypothèses; la seconde, comme Zuniga le fit observer au pape, était propagée activement par les huguenots, qui pensaient encourager leurs partisans et les Flamands révoltés en représentant don Carlos comme partisan de leurs doctrines, et le roi comme trop péniblement tourmenté dans son intérieur pour continuer la lutte commencée 5 . Ce fut là, du reste, seule-
1 « Vinô a mi, a los 26 de febrero, un oGeial de J. de Tassis con una caria del earreo mayor de Geuova en que le decia que, por via de Leon de Franccs, habia llegado alli nueva, r etc. Dépêche de J. de Zuûiga au roi, 5 mars 1608. Arch. Sim. Est., leg. 006.
* a Tuvôlo por hurla. » Ibid.
5 s A los 28, vint» Alex. Casai de parte del papa d decirme que S. S» habia rccibido una carta del cardcnal Santa Cruz que esta en la code de Francia, en que le escribia que le habia enviado a decir la reyna cristia— msirna que V. M. habia mandado premier al principe nuestro seiior, porque tralaba contra su real persona, y porque le habian hallado libros de herejes en su cama, que cl papa quedaba con muclia allicion y cuidado, y deseaba saber si yo ténia alguna nueva dcslo. Yo le dije que no sabia talyque la ténia por invencion de algunos herejes de Francia, para animar los de aquel reyno y à los de Flandes, si han quedado algunos, poniendo nota eu el principe en esta parte, y inostrando que V. Jl. ténia trobajos en su casa, que no le dejarian proseguir en castigarlos como habia comenzado. » Dépêche de Zuniga, déjà citée.