‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 112 sur 131 · DISCUSSION DE DIVERSES HYPOTHÈSES. 2CS · texte numérisé non relu

DISCUSSION DE DIVERSES HYPOTHÈSES. 2CS

sée de l’infant paraissent irrévocablement perdues *.

Mais quoi? se demande un historien récent*, ne suffisait-il pas de le séquestrer? Assurément non. Philippe U devait faire régulariser juridiquement l'état de son (ils, s’il voulait éviter pour l’avenir des désordres funestes à

• On a cru longtemps, d’après Cabrera, que ces pièces avaient été renfermées dans un coffret voit remis aux archives de Simnncas, mais il a fallu renoncer à cette illusion. M. Gachard, le savant conservateur des archives de Belgique, raconte à ce sujet une anecdote dont il garantit l'authenticité : Lorsque le général Kcllcrmunn occupa Yallndolid pendant la guerre d'Espagne, sous l’Empire, les savants de eette ville le supplièrent de faire prendre aux archives de Simancas et ouvrir le coffret qui, selon la tradition, devait contenir le procès de don Carlos. Le général y consentit et envoya à Simancas le chanoine Magrovejo. Le colfret mystérieux fut ouvert, et, au lieu du procès de don Carlos, on trouva celui de don Rodrigue Calderon.

D'autre part, M. Lafuente, auteur d’un vaste travail sur l’histoire d'Espagne, a été aussi préoccupé de ce coffret. On avait prétendu que le roi Ferdinand VII avait envoyé chercher le procès du prince par l’archiviste Tomds Gonzales, cl qu’à la mort du roi ces papiers avaient été mêlés à d’autres fort importants et étaient conservés dans une armoire de la chambre royale : « Nous nous sommes efforcé, dit M. Lafuente, de savoir ce que cette histoire pouvait avoir de vrai. Le résultat de nos investigations a été de nous convaimrc d'une manière positive que l’archiviste Tomâs Gonzales n’avait jamais envoyé ce procès à Ferdinand VII. Nous avons su également par plus d’une personne autorisée qu'il n’y avait rien de pareil parmi les papiers trouvés à la mort du roi dans son appartement, lesquels étaient d'une autre époque et se conservent aujourd’hui dans les archives particulières de S. M. la reine. Comme on nous avait informé d’ailleurs que le mystérieux procès se trouvait peut-être dans la bibliothèque de 1 Escurial, où bien des gens prétendaient qu’il avait été envoyé en 1806, nous l’y avons cherché, mais en vain, et le bibliothécaire actuel n’a pas été plus heureux que nous. » M. Lafuente pense que, s’il y a eu quelque écrit, — ce dont je doute, la mort du prince, survenue peu de temps après, ayant rendu un résumé officiel tout à fait inutile, — il fut brûlé parmi les papiers que l’hilippe II, dans son testament, chargea don Cristoval de Castel-Rodrigo, don J. de Idiaqucz et don Diego de Yepes, son confesseur, d’anéantir. . ■ ,

*M. Rosseeuw Saint-Hilaire, llist (l Espagne, VIII.

l’unité de la monarchie. Il fallait délier les Espagnols du serment de fidélité prêté jadis à Tolède; sinon, de droit et de fait, prisonnier ou libre, raisonnableou insensé, don Carlos demeurait l'héritier du trône, héritier impossible, il est vrai, mais légitime, et prétexte inévitable de discordes. On a vu que dans les lettres rapportées par le nonce, l’infant invoquait et auprès des grands et auprès des villes d’Espagne le respect dû à la foi jurée. Le nonce pense que sur cette question l'on sera obligé d’en référer à Sa Sainteté, et le connétable de Castille laissait entendre qu’il aurait dû être appelé au conseil où l’arrestation du prince avait été résolue, comme le premier des grands qui lui avaient autrefois prêté serment d’obéissance'. Ces considérations graves, qui intéressaient à un si haut degré l’avenir de la monarchie, émurent vivement Phi’ lippe H, et c’est pourquoi il réunit la junte extraordinaire' dont j’ai parlé : mais il ne s’agissait pas d’infliger un châtiment, et un mot de l’ambassadeur de France démontre bien quel sens on doit attacher à la réunion de ce tribunal suprême : « Il sera procédé par voie de justice contre le prince d’Espagne, écrit-il à Catherine de Médicis, pour le faire déclarer inhabile à succéder*. » Il me semble incontestable que si don Carlos avait vécu, la junte aurait pris des conclusions qui auraient été officiellement communiquées aux cortès et aux autorités ecclésiastiques. Telle est, je crois, la seule manière saine d’envisager cette procédure : elle a été interrompue, et c’est pourquoi elle a été mal comprise. On l’a reprochée

• Dépêches manuser. de Forquevaulx, t8 février 1508.

* Ibid., 8 lévrier 1508.

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