PAPIERS DE LA CASSETTE DU PRINCE
le président Espinosa et le duc d’Àlbe. Parmi ses amis, il avait placé la reine, qu’il semble en effet avoir toujours entourée de la plus respectueuse affection, don Juan d’Autriche, don Luis Quijada et don Pedro Fasardo, fils du marquis de los Velez *. Ces listes n'étaient que puériles, mais les lettres, si leur rédaction était conforme à la relation du nonce, trahissaient, à travers les accusations vagues dont elles étaient remplies et les préoccupations familières au prince d’Espagne, une évidente intention de révolte et le plan d'une conspiration clairement caractérisée. C’était sans doute à ces criminels écrits que l’ambassadeuç de France faisait allusion quelques jours plus tard : « Il (don Carlos) s’est descouvert luy-mesme do mille folles resveries bien estranges qu’il avoit conçues en son esprit *, » et Philippe les avait en vue lorsqu'il disait hautement pouvoir montrer « quarante causes et raisons * » de sa conduite, s’il était besoin de la justifier.
Dès le lendemain de l’arrestation, une commission extraordinaire était nommée pour s’occuper de cette affaire. Elle fut composée d’Espinosa, de Ituy Gômez, du conseiller de la chambre royale Briviesca de Mutanones v . 11 est
* « Li quali diceva d’ ha ver a perseguilar sino alla morte, tra i quali il primo era scrilto il rc suo padre, di poi Ruy Cornez e la moglie, il présidente, il duca d'Alvn c cerli ait ri;... amici... in prima la regina, la quai diceva ch’ egli era amorevolissima, don Giovanni d’Austria, don Luis Quijada, don Pedro Fasardo che sta in Rotna, e cei ti altri ch' io non so. » Dépêches manuscr. du nonce, ibid. — « L'on Pedro Fasardo, hijo del marqués de los Voles.» Arch. Sim. Conlad. gener., l*época, leg. 1051.
s Dépêches manuser. de Forquevaulx, 5 février 1508.
3 Ibid., 22 janvier 15(58.
4 t llizo una jtinta del cardenal Espinosa, Ruy Gomezdc Silva, y cl liecucindu Driviesca de su consejo de su cémara para causar proccso justilicando la pris ion y causa del principe. » Cabrera, VU, 477.
étrange que des écrivains sérieux aient cru voir là un procès. Il n'y en a pas eu, il ne pouvait pas y en avoir* Philippe, qui eut pu si aisément invoquer les fautes de son fils pour excuser une sévérité dont l’opinion publique du monde entier s’était émue, a pris soin, au contraire, comme on l’a vu , d’écarter complètement, cet ordre d'idées. Cela posé, un jugement serait inexplicable : on fit venir, je le sais, de Barcelone les pièces du procès que don Juan II d’Aragon, père de Ferdinand le Catholique, avait, un siècle auparavant, fait instruire contre son fils, le prince de Yianq '. C’était, j’en conviens, comme modèle de procédure. Mais dans quel but cette procédure? pour condamner don Carlos? à propos de quel crime? un insensé est toujours innocent, et le roi était le premier à proclamer cette innocence.
N’était-ce pas bien plutôt pour faire déclarer déchu de ses droits au trône un prince incapable de régner? Hypothèse d’autant plus vraisemblable que c'était là où en voulaient venir les ennemis du prince de Viane. Ce procès est donc tout simplement une enquête : la commission fut saisie de la question de savoir si, les faits articulés contre don Carlos étant exacts, il pouvait conserver en Espagne la situation de prince héréditaire. Si don Carlos avait vécu, la commission extraordinaire n’aurait prononcé aucune condamnation , mais seulement une déchéance. Malheureusement les pièces de cette instruction qui jetterait un si grand jour sur la vie pas-
' «Embié al archivo de Rjrcelona por el que causé el rey don Juan Segundo de Aragon conlra el principe de Yiana, > Ibid.