CIIICULAIUE AUX VILLES D’ESPAGNE
Avant de se retirer au monastère de Saint-Jérôme pour y passer les premiers temps de son deuil, le roi demeura, je l'ai dit, quatre jours à Madrid pour la rédaction des lettres officielles qu'il était convenable d’envoyer en ces douloureuses circonstances. Ce fut le secrétaire Zavas qui fut chargé d écrire aux ambassadeurs à l’étranger; la plus grande partie de la dépêche a déjà été citée, je n’y reviendrai pas. Les villes d’Espagne reçurent la circulaire suivante : « Sachez que, le samedi 24 juillet , Notre-Seigneur nous a enlevé le sérénissime prince don Carlos, notre fils très-cher et très-aiiné, qui avait reçu trois jours auparavant les saints sacrements avec grande dévotion *. Sa fin fut si chrétienne et si digne d’un prince aussi véritablement catholique, que j’ai reçu une grande consolation au milieu de la douleur que sa mort m’a causée. Nous devons croire avec toute raison que Dieu nous l’a enlevé pour jouir de lui éternellement. J’ai voulu vous en avertir, comme il est juste, et vous charger de faire faire dans cette ville les obsèques, honneurs et démonstrations accoutumés *. » La lettre expédiée au marquis
1 Le prince, on l’a vu, n’avait reçu que la confession et sans doute l'extrême-onction. Un conçoit que le roi n'avait pas, vis-à-vis des villes, à entrer dans les détails relatifs à la communion.
* a Sabed que el sàliado en la noclie que se contaron 21 de julio, l'ué N° S r servido de llevar para si cl Seren° principe don Carlos, mi muy earo y muy amado liijo, uviendo recibido 1res dias antes lossaritos sacramenlos con gran dévotion. Su lin fué tan cristiano y de tan cnUilico principe que ■ne ha sido muy gran consuclo por el dolor y senlimieuto que de su muerte tengo, pues se debe con razon esperar de su niiscricordia le ha llevado para gozar de él perpeluamcule, de que lie querido advcrliros, como esjusto, y encargaros que hagais linecr en essa ciudad lashonras^ obsequias y demostraciones y sentimiento que en sernejanles casos se
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de Villafranca est absolument identique l , • celles qui furent écrites à don Garcie de Tolède 2 et au duc d’Albe 3 n’offrent que des modifications insignifiantes.
A son retour de Saint-Jérôme, qui eut lieu le 15 aoûf, le roi reçut les compliments de condoléance de la cour et des ambassadeurs. 11 conserva cette dignité triste, cet air de résignation chrétienne qui convenaient bien à son rang, aux circonstances, et je crois aussi à sa pensée. Si froide qu'ait été sa nature, il est impossible qu’il n'ait été vivement ému en présence de ces terribles événements. Il se courbait devant cette calamité, « résolu de longtemps d'accepter le bien et le mal qu’il plaisoit à Dieu de luy enfojer 4 ; » mais un pareil deuil était de ceux qui contiennent trop d’enseignements pour ne pas frapper avec violence l'imagination d’un roi et le cœur d’un père. Sans doute Philippe n'a pu regretter la mort de son fds comme si don Carlos eut été l’un de ces princes distingués qui sont l’espoir des peuples et la joie des maisons -souveraines, mais il est impossible que cet ‘homme dévoré d’ambition et d’orgueil n’ait pas été troublé dans le
acostumbran. » Madrid, 27 de julio 1568. Anales de Sevilla, de Zuiiiga, 1677, in-fol.
1 Elle se trouve dans les archives des marquis de Villafranca.
* Il ne s’agit pas ici du gouverneur de don Carlos, qui était mort depuis plusieurs années. Ce don Garcie de Tolède est .celui qui fut plus tard général de la nier et vice-roi de Naples. Il était alors membre du conseil d’État. La lettre dont il est question ici est aux archives de Villafranca.
5 Celte lettre, dont je n'ai pas eu l’original entre les mains, se trouve, traduite en vieux français, à la Bibliothèque impériale. Mss. français. Saint-Germain, 816, in-fol., p. 48.
* Dépêches inanuscf. de Forqucvaulx, 27 août 1568.