SERMENT ROYAL
Lorsque tout fut disposé pour que la cérémonie eût lieu avec un éclat et une solennité dignes des hauts personnages présents, Y aidés, archevêque de Séville l , s'avança vers le trône, accompagné de l’un des inquisiteurs de Valladolid et d'un secrétaire du saint-oflice. La princesse Jeanne et don Carlos se levèrent : le prince se découvrit. L’archevêque portait la croix, l'inquisiteur un missel, le secrétaire un parchemin où était écrite la teneur d’un serment. La princesse et l’infant, étendant la main sur la croix et sur le missel, répétèrent l'un après l’autre ces paroles solennelles : « Je jure, comme prince catholique, d’user de tout mon pouvoir, et cela durant toute ma vie, pour défendre, conserver et accroître la foi catholique de la sainte mère l’Eglise apostolique de Rome, de poursuivre les hérétiques et les apostats ses ennemis, de donner toute aide et toute faveur nécessaires au saint-office de l’inquisition, pour que les hérétiques, perturbateurs de la religion catholique, soient punis et châtiés selon les décrets et canons apostoliques, sans exception aucune et sans acception de personnes*. »
1 Don llernamlo de Valdés, arclievêrjue de Séville, président du conseil suprême de l’inquisilion; il mourut en décembre 1558.
4 « ... El arzobispo de Scvilla subiô al trono con uno de los inquisidorcs de Ynladolid y un secrclario. . Ilcvantâronsc los principes de sus villas y estando en pié V don Carlos quitada la gorra sobre ue.n ernz y misai juraron : a que c»mo catélicos principes defeuderian c >n su poder y vidas la Fé calé! ica que ténia y créa la sauta Madré Iglcsia apostélica de Roma y la eonscrvncion y aumento délia, perreguirian los bereges y apéslalas enemigos delta, dariui lodo favor y ayuda nccesaria al santo olicio de la inquisition y à sus ministres para que los bereges perturbadorcs de la religion crisliana fuesen puuidos y ensligados conforme â lo> decrclos npostélicos y sacres canoncs sin que leiviese omission de au parle ni neepeion de persona alguna. » Tuvieron en sus manos, miéiilr.v
Lorsque ccs paroles eurent été prononcées, le secrétaire monta à une petite chaire, et dit : « Ecoutez, voici le serinent des sérénissiincs princes, nos seigneurs, » et il en lut la formule à l’assemblée. L’archevcque alors dit à haute voix : « Que Dieu protège Vos Altesses et leurs royaumes. » Cela fait, on lut l’énoncé des charges qui pesaient sur chaque pénitent et la sentence du saintoffice; puis ils furent abandonnés au bras séculier *.
Caçalia, qui devait être exécuté le premier, ne montra devant la mort ni dignité ni courage. Comme il était prêtre, il fut dégradé par don Pedro Gasca, évêque de Placcncia, qui assistait l’archevêque de Séville, puis on lui mit la corde au cou et la coroça sur la tête. Dès qu’il fut coiffé de cette mitre redoutable, ce même homme qui avait abandonné avec tant d’éclat les principes de l’Eglise catholique, et que son éloquence avait fait le chef des réformés de Valladolid, fut saisi, en présence de la mort, de ce délire qui étourdit les consciences timides et ne laisse plus sensibles à l’àme que les épouvantes de la chair. Il s'écria, an milieu d’un torrent de larmes, qu’il avait agi par malice et par ambition, qu’il avait rêvé les triomphes de Luther, et dans ce seul but avait mis en avant des opinions nouvelles : il se tourna vers son disciple Ilcrreçuelo et s'efforça de le convertir*. Sa rétracta-
cl juramento se liizo. la cruz cl arzoliispo y et misai cl inquisidor. Lorenzo Vau den Ilammen et Illecas, loco cit.
1 a ... Entônces el arzobUpo en voz alta dijo en ugradcciffiicnto y satUiaccion : Prospéré Dios â Yucslras Altezas y sus tslados Ileclio esto. y aviéndose leido las culpas de todos y sus scnlcucias, fueron rclajados al hraço seglar. » Ibiil.
4 « . Degradado piinicro por don Pedro Gasca, obispo de Placencia,
SUPPLICE DE CAÇALLA ET D’HERREÇUELO. 37
lion enfin fut complète, et peut-être espérait- il arracher par la pitié sa grâce aux impassibles spectateurs de son désespoir insensé : ses paroles sur l’échafaud lui valurent seulement une mort plus douce; il ne fut point brûlé vif, mais étranglé par le garrot, et ses restes furent livrés aux flammes. Ajoutonsque le vieux chroniqueur, considérant combien la miséricorde de Dieu est grande, nous laisse espérer que Caçalla fut sauvé dans l’autre monde L’exemple de cette fin toucha, paraît-il, Icsaulres condamnés, qui témoignèrent du repentir et évitèrent comme lui le supplice du feu, bien qu’ils fussent, dit le soupçonneux historien, plus effrayés que convaincus 2 . Seul, Herreçuelo demeura ferme : il résista aux discours de Caçalla, dont il dut considérer la faiblesse avec un superbe mépris, et fut brûlé vif sans qu’on vit s'émouvoir un seul instant sa volonté implacable 5 . «Je me trouvais si près de lui, raconte un témoin oculaire, que je vis tous ses mouvements. 11 ne put parler, parce qu’à cause de ses blasphèmes, il avait été bâillonné; mais, bien qu'il ne se plaignit pas et ne manifestât pas sa douleur, il mourut ayant sur le visage la
que asislia como ordinario al aulo... luogo que Caçalla se viô con la coroça eu la cabeça y dogal al cucllo... conlesô pôblicamenlc aveile hecho desvanecer ambition y mnlicia, y que su inlcnlo avia sido turbar cl mundo, pareciéndole séria en niedio île la inquieltid publies sublimado y adorado de todos en Espaiïa como en Saxonia Luteio... procurô convertir despues deste al misérable Herreçuelo. » Ibid.
1 « ... Sino â juzgar, mediaute la misericordin de Dios, se salvô. » Lorenzo Van den Ilauimen, ibid.
* « Todos se retrataron â voces, aunque algunos lo hicieron mas por lemor del fuego que por otro buen respelo. » Ibid.
= « ... Solo el bachiller Herreçuelo estuvo perlinacisimo y se dexô quemar vivo con la tnayor dureza quejamas se viô. » lllcseus, lococit- I.orcnzo Von den llauiiuen, loco cil .
plus étrange expression de désespoir que j’aie jamais vue 1 . »
Quand l’auto-da-fé fut terminé, il était cinq heures du soir. 11 y avait dix heures entières que la famille royale, les ministres, les chefs de la noblesse, les plus éminents prélats et une foule considérable se repaissaient de ce spectacle monstrueux. Il y avait dix heures que les cris des victimes, leurs larmes, leur agonie, l’agitation de l'assemblée, les clameurs, les lueurs des flammes, toute celte cérémonie lugubre s’imposaient à l’esprit de l’enfant royal, maigre, pâle, débile, assis sous le dais de velours et promenant des regards mornes sur la place où triomphait dans le feu et le sang le redoutable esprit du siècle. Que sentait il, que pensait-il à cette vue? Question insoluble que, malgré soi, l’historien se pose : joie sinistre? pitié cachée? indifférence sombre? autour de lui, et consacrant ces meurtres par leur présence, tous ceux qu’il devait aimer et respecter, sa tante, les conseillers de la couronne, ses gouverneurs; en face de lui, des tortures imméritées qu’on lui disait justes, et des bourreaux qu’on lui représentait comme bénis par Dieu. Quel bouleversement des notions du vrai et du bien dans ce jeune esprit' incertain au milieu de ces ténèbres !
Si du reste le peuple de Valladolid avait pris goût à ce spectacle, il dut être satisfait. L’inquisition lui en promit
1 a Yo inc halle tan ccrca dot que pudo ver y nolar todos sus nieneos. Xo pudo hablar, purque por sus blasphemius ténia una inordeza en la lengua... Noté muclio eu él que aunque no se quexd ni liizo cxtrenio nin- £Uiio con que «lustrasse dulor, eon todo csu inuriû eon la nias cslraùa Irisleza en la e.asa de quunlas yo hu visto jamas. » Illescas, locu cil.