DON JUAN D’AUTRICHE PRÉSENTÉ A DON CARLOS
j’emprunte ces détails, fut blessé d’entendre la régente, sa tante, traiter de frère et d’altesse eet inconnu. Il ne souffrit qu’avec peine de le voir assis à ses côtés sur l’estrade, et ressentit une vive jalousie en voyant un autre admis à des honneurs qui jusqu’à ce jour lui avaient été exclusivement réservés l . 11 témoigna une froideur hautaine à cet enfant qui allait devenir le compagnon de ses jeux et de ses études, et qui, après avoir acquis parmi les hommes une renommée que don Carlos ne devait jamais connaître, était destiné à mourir comme lui d’une mort mystérieuse et prématurée.
Pendant que durait cette petite scène, chacun prenait placé en bon ordre, les ministres du saint-office se rangeaient autour de l'échafaud et les pénitents arrivaient revêtus de costumes lugubres et bizarres a . Il y en avait environ trente, presque tous gens de marque 5 . Le principal était Caçalla, { rètre, prédicateur ordinaire de 1 Empereur, élève du célèbre hérésiarque Carlos de Sesa, et l’un des hommes les plus éloquents de son temps '. Plu-
1 a ... Llamôle liermano y trat’de de alleza; ambns cosas disgustaron grandemenle al principe y mas que lodo quererle llevar al trono para sentarle û su Indu, a Loreuzo Van den Iianimen, lococit.
* « ... Llegôle al eadalso con los ministres del santo olicio y les penitcnles. » Ibid.
5 « ... Y corne Ireiula personas de lustro mas... quemaren quincc con liombres y mugeres, y los dénias se condcnaron a cartel perpétua » Ibid.
4 Caçalla est un des plus célèbres protestants d’Espagne. Di.-ciple de Carlos de Sera, qui lut brûlé cinq mois plus lard en présence de Philippe II, il avait embrassé les principes de Luther et il recevait chez lui. la nuit, les partisans des nouvelles doctrines. 11 fut pris par les suppôts de l’inquisition à Valladolid. Scs frères avaient adopté scs idées religieuses : ils périrent en môme temps que lui, à l'exception d’un seul qui
sieurs de ses frères venaient ensuite, convaincus d'hérésie et condamnés comme lui. Derrière eux on portait les ossements de leur mère, dona Leonora de Yivero, qu’on avait arrachée à la tombe pour la livrer aux flammes avec les malheureux qu'elle avait enfantés *. On remarquait encore des hérétiques fameux alors, Maestro Ferez, Sotelo, le bachelier Herrcçuelo*, et un certain nombre de religieuses, très-jeunes et très-belles, dit le chroniqueur, et qui, « non contentes d’être luthériennes, avaient cherché à répandre cette doctrine maudite 3 . » D’autres pénitents plus obscurs avaient été joints à ceuxl«à, et quinze en tout, hommes et femmes, devaient être brûlés : les autres étaient condamnés à la prison perpétuelle et à diverses peines graduées selon la gravité de leurs crimes.
monta sur l’écbaufaud dans l’aulo-da-le suivant (octobre 1539), avec Carlos de Sesa : « Prendiéronsc ion grandisimo secreto y con singular dili— gencia en Vnlladolid cl doctor Caçalla con cinco bermanos. . Entre otras eusas parcciô por verdad que en las casas de Caçalla se bazian de nochc conventiculos y ayunlamiento satanico y abominables adondc se prcdicava la secta lulcrana. » Illcscas, H ist or ia pontifical, déjà citée.
1 « Eran estos Caçalla, sus bermanos, ios buesos de dona Lcnora de Yivero, su madré. ï Lorenzo Vunden llommen, ibid. — « El doctor Caça- Ud, y los huessos de doua Lenora de Yivero, su madré, y olros dos bermatios suyos. » Illcscas, Ilisturia pontifical , déjà citée.
2 Maestro I’crez, de Valence, élève de Carlos de Sesa, Sotelo, né à Zatiiora, élève de Caçalla, Herreçuelo, né à Toro, élève aussi de Caçalla- Ce dernier avait été saisi à Toro. On va voir avec quel courage il mourut. Si femme, Léonor deCisneros, également protestante, avait échappé aux poursuites. Elle fut prise plus tard et péril dans l’auto-da-lé du ‘20 septembre 1508, avec un indomptable courage : a Se dejé quemar viva sin que buviesc para convencerln diligencia ninguna. » lüescas, loco cit.
3 « Algunas monjas, bien mozas y hermosns, que no contentas con ser luteranas, avian sido dogmatizadoras de nquella maldita doclrina. » Lorenzo Van den llammeu, loco cit.