LES ONGUENTS DE P1NTEUETE
tenant que le mal était intérieur, proposèrent la redoutable opération du trépan. Les autres médecins s’y opposèrent de toutes leurs forces, mais en vain. L'opinion de Vésale et du chirurgien portugais l’emporta dans l’esprit, du roi; l’état du prince, d’ailleurs, semblait si désespéré qu’on ne croyait plus avoir rien à risquer. Chacon céda, et le vingtième jour après la chute, Pedro de Tories commença l’opération, qui fut continuée par Chacon. Mais lorsque, après avoir traversé la table externe du crâne, il arriva à la partie poreuse, on en vit sortir de petites gouttes de sang de belle couleur : ce symptôme était clair : l’os ruginé était sain, l’opération fut arrêtée immédiatement, cl le prince ne fut point trépane.
Son état ne s’améliorait pas toutefois, et l’inquiétude du roi et de ses conseillers fut si vive qu'ils en vinrent â celte extrémité de prendre conlîance eu un charlatan. Alors, comme aujourd’hui, il y avait de ces empiriques qui ont la prétention de guérir tous les maux avec une panacée quelconque. Un certain Pinterete, More du royaume de Valence, s’était acquis une grande renommée par ses deux onguents blanc et noir. I)aza Chacon, qui était une des célébrités de cette grande école médicale qui florissait en Espagne au seizième siècle, fit tous ses efforts pour détourner le roi de ce projet funeste. Il soutenait d’abord qu’on ne connaissait pas la composition de ces onguents, et qu’on ne pouvait soumettre un si grand prince à un traitement inconnu ; il s'appuyait en outre sur ce principe fondamental de la médecine, qu’on ne doit pas user des mêmes remèdes pour tous les âges et tous les tempéraments. Ses discours, très-sensés, furent
inutiles : Philippe II et ceux qui l’entouraient connaissaient mieux la politique que la médecine, et le danger était si imminent d’ailleurs que leur trouble ne leur laissait pas la libre disposition de leur jugement. L’empirique fut appelé en dépit de Chacon ; mais ses onguents ne firent qu’aggraver le mal. Il fut promptement chassé, et s’en alla à Madrid, dit malignement Chacon, soigner Ilernando de Vaga, « qu'il envoya dans l’autre monde. » Philippe 11, ne comptant plus guère que sur le secours du ciel, avait demandé quelques jours auparavant les prières de l’Eglise. Le 2 .mai, il avait écrit aux prieurs de Guadalupe, de Notre-Dame del Pilar de Saragosse, et aux abbés de Notre-Dame de Valvancra et de Monserrate, dans des termes qui témoignent à la fois de son amour paternel et de ses inquiétudes : « Bien que vous ayez sans doute appris, dit-il, le malheureux accident qui est arrivé au prince, mon fds, il va douze jours, et la maladie qui en est la suite, j’ai voulu vous les faire savoir, désirant recourir à Dieu Notrc-Scigneur comme il se doit, et comme nous avons accoutumé de le faire en toutes circonstances, et à l'intercession de sa mère bénie, pour les supplier de rendre la santé à mon fds. Dans ce but, je vous charge de faire faire, au reçu de ma lettre dans votre maison, des prières continuelles, les processions et autres actes de dévolion qui vous sembleront devoir être le plus agréables à Notrc-Scigneur, les plaçant sous l’intercession de sa Mère bénie, afin qu’il lui plaise de le guérir et de nous le conserver comme il le. peut, usant de sa grande miséricorde » En même temps que les maisons 1 « ... Aunque podria scr que hubiesedes cntemlido la desgracia que