MALADIE DE LIMANT
était mal dispose pour une maladie : il avait eu pendant vingt mois la lièvre quarte, qui l’avait fort affaibli. Chacon examina la blessure en présence de don Garcic de Tolède, gouverneur du prince, de Luis Quijada, premier écuyer, et des docteurs Vaga et Olivarés, médecins de la chambre. Il reconnut une plaie de la grandeur d’un pouce et une contusion du péricrâne. La blessure fut pansée, mais le prince, revenu à lui, se plaignit de vives douleurs. Luis Quijada, très-effrayé, craignant que pour ne pas faire souffrir davantage don Carlos les médecins ne le traitassent point selon les règles, dit à Chacon : « Ne soignez pas Son Altesse comme prince, mais comme simple particulier. » Les médecins répondirent qu’ils agissaient de la sorte. On saigna l’infant, et bientôt npràs cette saignée qui avait produit huit onces de sang, la fièvre, tjui l’avait quitté depuis quelques jours, reparut assez fortement. Don Garcie de Tolède alors, comprenant la gravité de l'accident, dépêcha au roi don Diego de Acnna, gentilhomme de la chambre du prince, pour lui donner avis de cet événement; et Philippe II ordonna aussitôt à son premier médecin, Juan Gutierez, et à son chirurgien, un Portugais nommé Pedro de Torres, de partir pour Alcala. Ces deux praticiens distingués arrivèrent le lendemain au matin près de 1 infant, que Chacon allait panser pour la seconde fois. Don Carlos avait grande confiance en Pedro
salle); les autres ont prétendu que don Carlos a été trépané, d’autres enfin ont attribué sa guérison à un miracle. Les relations de Chacon et d'Olivarés sont- seules exactes, puisqu’elles furent faites d'après l'ordre du prince et pour lui être présentées. J'nbré^e, bien entendu, ces relations circonstanciées, où pas un remède n’est oublié.
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do Torres, car il dit à Cliacon, mais avec beaucoup de douceur : « Licencié, j’aimerais être pansé par le docteur portugais; » et il ajouta : « N’en soyez pas offensé, » ce qui parut au médecin ordinaire une touchante marque de bonté, car il répondit aussitôt « qu’il en serait heureux, puisque c’était le désir de Son Altesse. » Pedro de Torres pansa donc la plaie en présence des mêmes personnages, puis on tira encore au prince huit onces de sang. Don Carlos n’en dîna pas moins avec des pruneaux, un peu de bouillon, une cuisse de poulet et un peu de marmelade. Le soir, on lui offrit le meme repas, sauf le poulet, et ce fut là son ordinaire jusqu'au dixième jour. Mais à ce moment l’état du prince, qui paraissait meilleur, empira subitement. Don Carlos fut pris de frissons, perdit le sommeil, et la fièvre augmenta. Tous les médecins et chirurgiens se consultèrent alors, et déclarèrent qu’il y avait là soit une lésion intérieure, soit des matières enfermées sous le crâne et qui n’en pouvaient sortir. Daza Chacon demanda alors une consultation de son maître, le bachelier Torrés, savant distingué qu’on fit venir aussitôt de Valladolid. On leva la peau de la tète sans pouvoir rien distinguer, tantl’héinorrhngie fut abondante; et le prince était en grand péril quand, le 1" mai, le roi arriva dans Alcala, accompagné du célèbre André Vésale.
Il ne paraît pas qu’André Vésale ait beaucoup avancé la guérison du prince. Un violent érysipèle se déclara : toute la tète, la gorge, la poitrine, les bras se gonflèrent, et don Carlos perdit momentanément l’usage de ses yeux. L’inquiétude était à son comble, et ce fut alors qu’Àndré Vésale et le chirurgien portugais, Pedro de Torres, sou-