DON CARLOS ET LES MINISTRES
;iu père opposition dans le sens politique de ce mot. line opposition digne de ce nom se produit d’après les principes quelconques et à propos de certains faits spéciaux : don Carlos n’a jamais eu de principes qui lui fussent propres, et se montrait généralement contraire à toute résolution de Philippe II, quelle- qu’elle fût, publique ou privée. Il était entré vis-à-vis de son père dans ce système de contradictions systématiques et de taquinerie continuelle qui dénonce chez les partis, aussi bien que chez les particuliers, une complète incapacité administrative et une irrémédiable ignorance des conditions de la vie publique. On verra plus loin combien ses entreprises , depuis le moment où , parvenu à Page d’homme, il prétendit à l’honneur de jouer un rôle politique, furent à la fois imprudemment conçues et follement exécutées : on verra qu’elles étaient dirigées dans le seul but d’arriver à satisfaire une ambition stérile, un vain l ève d’indépendance sans objet, et de nuire nonseulement au pouvoir paternel, mais encore à l’État que lui-même devait être un jour appelé à gouverner. Les paroles et les actes de l’infant, à cette époque, portent l’empreinte de ce trouble intellectuel dont il avait déjà donné tant de preuves, et il faut avouer qu’il eût été un grand coupable s’il n’eût été dominé fatalement par les agitations fiévreuses d’un cerveau halluciné.
Quant à ses haines contre les ministres de son père, pour les bien comprendre il faut étudier leurs origines, ou du moins’les premiers faits par lesquelles elles se manifestent. Si c’était comme agents du gouvernement paternel qu’il eût détesté les divers membres du conseil,
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son antipathie se fût révélée d’abord à propos d’actes politiques. Un prince dans son bon sens et préoccupé de quelque plan administratif eût certainement choisi, pour faire connaître ses sentiments, l’occasion d’un fait politique complètement étranger à tout intérêt personnel et dont il eût habilement déclaré, par un éclat, désapprouver l’idée ou la forme. Il n’en est rien cependant: c’est dans la cérémonie où il reçoit le serment de l'Espagne à Tolède qu’il insulte publiquement le duc d’Albe à la suite d’une infraction à l’étiquette 1 * ; c’est à propos d’un histrion qu’il s’irrite avec une impardonnable violence contre le cardinal Espinosa *. Quand bien même il aurait eu d’autres raisons pour haïr ces deux hommes d’Etat, il était impossible de rencontrer une circonstance où il fût plus inconvenant et plus ridicule de révéler ses sentiments secrets.
Quant .à Ruy Gomez de Silva, ce diplomate habile, courtois, affable 3 4 5 , fut successivement auprès du prince en faveur et en disgrâce. En 1564, lors de l’élévation de ce Lobon dont j'ai parlé *, Ruy Gomez était d'accord ave'c le prince d’Espagne pour la chute d'Osorio \ Don Carlos paraît l'avoir alors honoré d’une haute estime, puisqu’il
1 Voy. chap. n, p. 51.
a Voy. chap. iv, p. 112 fct 113.
3 « E persona molto destra nel negoziarc con ognuno, molto genlile e corto.se. » Relazione ciiriosissima, etc. Ms. II. !., 10,090*. — « È gentil huomo Ruy Gomez affabile, di biiono ingegno, accorto e discrcto in ogni cosa. » Relazione di Tiepolo. Ms. B. I., 1203.
4 Voy. chap. îv, p. 117 etsuiv.
5 « Con locual S. A. y el D° senor Ruy Gomez qucilaron muy salisfcclios. » Arch. Sim. Contad. gener., 1* época. leg. 1118.