‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 77 sur 131 · DON CARLOS ET RUY GOMEZ DE SILVA · texte numérisé non relu

DON CARLOS ET RUY GOMEZ DE SILVA

le désigne parmi ses exécuteurs testamentaires, dans son testament écrit cette année même. En 1505, Ruy Gômez est nommé par le roi mayordomo mayor de l'infant, après la mort de don Garcic de Tolède, et don Carlos a tant d’amitié pour le prince d’Eboli qu’il lui confie, on le verra plus loin, son premier dessein de quitter l’Espagne. Le plan échoua, et ce fut sans doute à partir de cet échec que don Carlos commence à se défier de Ruy Gomez. Les rapports des ambassadeurs de France et de Venise ne nous permettent pas de douter qu’au moins en 1567, l’infant ait considéré cet homme d’Etat comme un espion et comme un ennemi. Un mot de Forquevaulx nous explique ce changement : l’infant, quel que fut sou but, cherchait /i se créer des ressources pécuniaires indépendantes : « 11 est après pour amasser des escus, dit l’ambassadeur, et naguères il vouloit que Ruy Gomez luy en fist prester 200,000 sans le sceu de son père, dont il a esté découvert, et Ruy Gomez bien avant dans sa disgrâce *, » Ce serait donc à la suite d’une dénonciation faite par le prince d’Eboli à Philippe II que don Carlos aurait commencé de haïr ce ministre, et à tel point que parmi « les cinq personnes auxquelles il disoit vouloir mal extresmement, le roy estoit le premier, et après Ruy Gomez, auquel il impute tout ce qui lui succède contre son désir *. » Lorsqu’on connaît eu effet le dévouement du prince d’Eboli aux intérêts de son maître, lorsqu’on sait que « nul travail, nulle fatigue ne l’effrayaient lorsqu’il

1 Dépêches mnnuser. de Forquevaulx, 24 août 1507.

* Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 22 janvier 156S.

s’agissait du service du roi *, » on ne peut guère douter qu’il ne se soit fait aucun scrupule d’éclairer Philippe II sur les divers détails de la conduite de l’infant. Nous voyons toutefois, dans la liste des libéralités faites par don Carlos à son lit de mort, trois objets de prix légués à Ruy Gômez *. Le prince avait-il cru ses soupçons injustes, avait-il rendu au ministre son affection et son estime, ou bien ce présent, à l’heure suprême, était-il un gage solennel d'oubli cl de pardon? C’est ce qu’on ne peut déterminer avec exactitude. Mais il ressort avec évidence de cette rapide analyse et de l’examen des diverses antipathies du prince pour les ministres de son père, que la politique n'a été l’origine d’aucune d'elles. Ajoutons qu’il eut été peu logique de haïr; tout ensemble Ruy Cornez et le duc d’Albe, qui étaient des adversaires déclarés. « Ils sont presque toujours d’avis différents, dit l'ambassadeur de Venise, et qui recherche la faveur de l’un perd celle de l’autre s . » Don Carlos ne pouvait donc, s’il se fût agi de questions de gouvernement, les envelopper dans la même haine. Il est clair que ces griefs ont été tout personnels ; il manifeste ses sentiments au duc d’Albe dès 1559, or, à cette époque, il n’avait que quinze ans, et certes ne pouvait songer à montrer une opinion quelconque sur le système politique; s’il s’irrite contre

* « Non fugge travaglio ne fa l ica alcuna per servizio Jet re. » Relaiione, etc. Ms. B. I. déjà cité.

*Arch. Sim. Conlad. gener., 1* époen, 1031. Certificat de Diego de Cliaves, confesseur de S. M.

s « I.i quali son fra loro di pareri quasi sempre diversi... » Relazione di Tiepolo. Ms. déjà cité. — « Che vole il favor del duca d’Alva perde quello di Ruy Cornez. * Relazione di Michèle Soritmo. Ms. B. I., 1203.

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