I.E KOI DEMEURE F.N ESPAGNE
le conseiller au roy son maistre, nins' lui dcsconseillcnt de prendre la mer, » et il ajouta que ce serait vraisemblablement pour octobre ou du moins pour le printemps 1 . Ce dernier mot, lancé comme par hasard, disposait les esprits à voir sans trop de surprise un retard nouveau; néanmoins les préparatifs n’étaient pas inter* rompus ; on achetait « des bannières de damas cramoisy avec la croix de Saint-André pour les navires du roy Catholique, du prince son fils et des princes de Bohème ; » le roi avertissait scs chapelains, « par un billet de sa main, » de se tenir prêts au départ, et enfin, ajoute l’ambassadeur de France qui nous a transmis tous ces détails, « fesoit tout ce qu’il pouvoit pour faire croire qu’il vouloit aller en Flandres 8 . » En dépit de ces démonstrations, peu de jours après, Ruy Gomez déclarait définitivement à Forquevaulx que la saison « est oit incommode et trop tardive pour naviguer. » Bientôt après, le projet de voyage était ouvertement abandonné, et Philippe, après avoir tenu durant deux années la chrétienté en suspens, se moqua fo:t agréablement, en causant avec la reine, de celte naïve crédulité. Je veux citer le mot qui lui échappa alors et qui peint l’homme. Forquevaulx le tenait d’Elisabeth elle-même : le roi avait dit « qu’on pouvoit aisément deviner qu’il n’iroit pas en Flandres, ces deux années passées, par cela mesme qu’il en fesoit si grande ostentation- » Ainsi l'Europe entière avait été sa dupe, mais elle le connaissait mieux désormais : on
' Dépêches nianuscr. ite Forquevaulx, 21 août 1567; 25 septembre 1507. * Ibid., 23 septembre 1507.
savait que s’il disait ouvertement « devoir faire quelque chose concernant son service, c’cstoit en intention de ne la point faire l . » 11 avait bien joue sans doute, mais au fond il n’avait pas atteint son principal but, qui était d’épouvanter les Flamands par la perspective de son voyage; il n’avait obtenu de cette ruse aucun résultat sérieux, et il avait livré aux puissances rivales le secret de sa politique s .
La déception de don Carlos fut profonde ; « il est bien marri, dit Forquevaülx, et ne peut s’en taire. » Il parut alors de plus en plus disposé «à accepter les offres du baron dcMoutigny et à préparer un départ clandestin 3 . Mais Philippe 11 lui enleva brusquement cet auxiliaire : en octobre 1507, M. de Monligny fut arrêté et enfermé à l'alcazar de Ségovie \ Sans doute celle arrestation est intimement liée à celle d'Egmont et de Hornes, qui avait eu lieu en Belgique un mois auparavant et dont la nouvelle venait d’arriver à Madrid ; mais les rapports de Montignv avec 1 infant ne lurent pas assurément étrangers à cet événement. Philippe 11 n’ignorait pas de quelles espérances P envoyé flamand avait leurré don
' Dépêches mnnuscr. de Forqucvaulx, 25 juin 1508.
s J'ai cm|>rtml<5 ce dernier paragraphe à mon étude sur les dépêches de Forqucvaulx, dans mon livre : Grands seigneurs et grandes dames du temps passd.
5 « Acclé don Carlos la jornndn. # L. Van den Ilammcn, Don Juan de Auslria.
4 Cet événement est ainsi raconté par Lorenzo Van den Ilammcn, Don Juan de Auslria : « Ordenô ii lluy Cornez hiciesc de mancra que estes en pulacio cchusscn manos à las espadas o cosa lui. Ilizosc asî y tnmbicn que un alcaldc de cortc puso preso en Scgovin â Monligny, y en la Mosa de Mcdina â Yandosmcs,-»