LE ROI ANNONCE SON DÉPART POUR LES FLANDRES
tribuait à troubler les facultés de Tinfant *, et par cette décision que jamais il n'aurait prise s'il avait attribué les fautes de son fils à une volonté perverse, par ces mesures qui ressemblaient à une récompense lorsque le prince, s'il eût été raisonnable, eût mérité un châtiment, par cette indulgence si contraire à Tinflexibilité de son âme, il donnait assez à entendre que l'infant, à ses yeux, n'était pas coupable de tant de violences et d'erreurs, et que lui-même n'espérait "plus rien^ s'il espérait encore, que du temps et de la patience.
Il n'eut pas malheureusement à se féliciter de ces décisions paternelles. Don Carlos, il est vrai, sembla trouver de l'intérêt dans les questions dont il avait connaissance aux Conseils d'État et de la guerre, mais il devint bientôt impossible de se faire illusion sur ses aptitudes politiques. Je lis dans une lettre de l'ambassadeur de Venise que lorsque le prince siégait au Conseil, il < mettait le trouble dans toutes les affaires et empêchait toute délibération * ». Quant aux nouveaux revenus qui lui étaient assignés, ils étaient loin de suffire à ses prodigalités insensées: sans cesse il empruntait pour subvenir à ses dépenses et à ses
i. « Il demandera Naples, Milan ou les Flandres pour son entretenement, car son père n'est pas d'aago ni de coraplexion pour luy céder de longtemps sa couronne... Il seroità craindre, selon les discours qu'on fait de ses dcsportemens, qu'il ne soit homme à remuer quelque mesnage. » Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 23 août 1567 .
2. Lettre de Sigismondo Gavalli (février 1568). Ce témoignage peut ôtre suspect, puisque l'ambassadeur cite ici les paroles du confesseur du duc, mais l'état ordinaire de l'esprit du prince ne permet guère de mettre en doute l'exactitude de ce détail.
gageures multipliées; il n'avait aucune fantaisie qu'il ne prétendît satisfaire *
Cependant, soit pour gagner du temps, soit pour tenter une dernière épreuve, Philippe II annonça au prince, le 16 juillet 1567, qu'il l'emmènerait en Flandre dans le voyage qui paraissait prochain ^. De jour en jour le départ avait été retardé sous des prétextes divers : on l'avait d'abord fixé, je l'ai dit, au mois de février; bientôt il fut ajourné jusqu'en juillet, et le roi fit ostensiblement tout préparer pour cette époque. Il déclara, il est vrai, ne vouloir autour de lui qu'une « très petite cour », insista pour qu'on fît peu de dépense et n'accepta point les offres de plusieurs gentilshommes qui lui offrirent de l'accompagner. Mais il désigna ceux qui le devaient suivre, fit prévenir les ambassadeurs qu'il les avertirait la veille de son départ, que ceux qui voudraient aller à Bruxelles trouveraient des navires disposés, et dit lui-même au nonce du pape qu'il partirait avant septembre, « afin d'esviter les tempestes de ce mois ^. » Ordre fut donné à la garde de se tenir prête pour le 3 août : on envoya « vitrer le logis du roi sur le na-
i. L'ambassadeur de Toscane, Leonardode Nobili, raconte entre autres faits que don Carlos acheta au comte de Modica, pour 20,000 écus, une garniture de lit qui en valait 1«*500, et que, pour s'acquitter de cette somme en même temps que d'autres dettes, il usa de menaces et de violences envers le banquier Nicolo Grimaldi auquel il empruntait cent mille écus en lui donnant 24 heures pour les apporter. — On trouve aussi dans la Coleccion de documentos ineditos, déjà citée, l'achat d'un diamant de 25,000 écus à un marchand Portugais sans que le prince pût savoir comment il s'acquitterait.