RETOUR D'OSORIO
Le moment était venu d'agir : la situation touchait à une crise, et le 17 janvier * don Carlos se rendit à TEscurial 2. Il s'y présentait sous prétexte de remercier le roi d'avoir confié à don Juan d'Autriche la charge de général de la mer, mais, en vérité, pour raconter à son oncle le retour d'Osorio et la prochaine exécution des projets dont il l'avait entretenu. Il lui apprit qu'il comptait partir l'une des nuits suivantes, et regagner Madrid le même jour. Ce fut alors qu'incontestablement don Juan d'Autriche avertit son frère, d'une façon plus précise, et, en vérité, on ne peut blâmer cet abus de confiance, Les facultés de don Carlos étaient trop profondément troublées, son projet était d'une trop haute importance pour que le devoir de la discrétion ne fût pas contre-balancé par un devoir plus grand encore, celui de l'arrêter dans une entreprise qui ne pouvait être que funeste
i. Ce fut évidemment le 47 janvier. La nomination de don Juan est du 15. Si don Carlos était venu le 46, le roi, qui fut informé le jour même de sa venue, do ses projets définitifs, ne serait pas demeuré un jour entier inactif à l'Escurial. Or, ce fut le 47 au soir qu'il arriva à Madrid. Van den Hammen dit positivement qu'il partit, pour ainsi dire, à la suite de son fils : « Vinô à Madrid casi siguiendo el hijo, » et Forquevaulx : « Le soir que S. M. arriva, qui fut un samedi, 47 janvier. » (5 février 4568.)
i. A l'Escurial et non pas au Pardo, comme le disent Cabrera et Van den Hammen. J'ai sous les yeux un paragraphe des Contadurias générales de Simancas relatif à ce voyage. Il y est dit qu'Osorio prêta 440 ducats au prince pour payer les postes le jour où l'infant se rendit à l'Escurial pour remercier le roi de la nomination de don Juan : « A Garcia Alvarez Osorio 440 ducados que S. A. lemandù dar por tantos que él habia buscado prestados para pagar las postas cuando S. A. fué al Escurial à bosar las manos à S. M. por la merced que habia hecho al senordon Juan de Austriadel cargo de gênerai de la mar. »
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à lui-même aussi bien que dangereuse pour la sécurité de l'État *.
Le même jour, le grand maître des postes, Raymond de Taxis, se présenta à l'Escurial : le prince avait, la veille, demandé des chevaux pour la nuit. Taxis s'était douté de quelque projet contraire aux volontés du roi, en apprenant que des chevaux étaient ainsi commandés à l'avance pour iHie heure insolite : il avait fait répondre qu'il n'en avait plus, et, décidé à n'en pas fournir sans ordres supérieurs, il venait avertir le roi ^. Évidemment il n'y avait pas de temps à perdre : le soir même Philippe était à Madrid.
Depuis quelques jours son anxiété avait redoublé; il avait appris la consultation que don Carlos avait adressée aux religieux hiéronymites pour savoir s'il pouvait recevoir l'absolution avec une grande haine au cœur; il n'ignorait pas que le prince avait avoué <jue son père était l'objet de cette haine, et avait
i. C'est aussi la ponsée du nonce: « Don Giovanni d'Austria si sia trovato necossitalo dal debito suo d'avertire S. M. d'alcune <îoso cho hanno arcelerato questa esecutione. » Dépêches manuscr. du nonco, 24 janvier 4568.
2. Ce l'ait se retrouve dans tous les historiens. Strada, Ferreras, Van den Hamnion, Cabrera, etc., le racontent en détail. Je ne mentionne ici que pour mémoire l'anecdote suivante, racontée par Ferreras seul, et qui me semble assez peu vraisemblable : Le P. Diego de Chaves, confesseur du prince, voyant qu'il ne pouvait le détourner de son di^ssein, aurait cru devoir se retirer dans un couvent. Avant de quitter Madrid, il aurait été prendre congé de la femme de don Diégue de Gordoue, premier écuyer. Celle-ci, ;j
étonnée de cette détermination subite, aurait su en surprendre la I
<-ause et en aurait informé son mari, qui l'aurait rapportée au roi. — Je n'ai rencontré ce récit nulle part ailleurs. i