Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 5^février
rope les mesures extrêmes qu'il jugeait inévitables. Il savait quel scandale suivrait de tels événements, et, accoutumé à agir sous le regard des hommes, il se sentait responsable, non seulement vis-à-vis de son fils, mais vis-à-vis des contemporains et de l'histoire : il n'ignorait pas qu'on passe aisément pour injuste lorsqu'on s'est montré prématurément sévère. De là cette gravité, ce calme, ce silence qui cachaient tant d'orages intérieurs et tant de doutes navrants.
Bien plus, il était si profondément ému par la perspective de l'avenir, que même après avoir quitté TEscurial, même après cette néfaste journée du 17 janvier, où les projets de son fils étaient apparus dans une pleine clarté, terribles et menaçants, il n'osa pas encore tout décider par lui-même, et il assembla de nouveau dans la nuit le conseil d'État i. Il présida lui-même la délibération des quelques membres convoqués, ce qui était extrêmement rare : dans certaines circonstances majeures seulement, dans les grands périls politiques, les rois présidaient le conseil^. Philippe, en cette nuit, comme l'insinue dans ses lettres Antonio Ferez, voulait-il plutôt faire
i. « Asi lo hizo el rey que digo cuandoresolviôlaprisiondel principe don Gârlos » Lettres d'Antonio Perez.
î. « Sauf des occasions très rares, comme par exemple lorsque fut résolue l'arrestation de don Carlos, le roi ne présidait pas le» délibérations de son conseil. » Gachard, Corre-^pondance de Philippe II Cintroduction). — « Digo que en aquella parte del no hallarse los reyes en los consejos de Estado, podria yo sacar una excepoion de la expericncia que en algun gran négocie, en algun gran aprieto en que el principe se vee y quiere consejo, mas para aprobacion que para resolucion. » Lettres d'Antonio Perez.