FUNERAILLES DE DON CARLOS
que la cour apprit la mort prématurée du (ils de tant de rois. Les courtisans aussi bien que les ambassadeurs s'attendaient de jour en jour à recevoir cette nouvelle, sachant que Tétat de santé de l'infant ne permettait pas d'espérer sa vie, et accoutumés par son arrestation au spectacle du brusque revirement des fortunes humaines. L'emprisonnement du prince avait déjà imposé aux âmes ces impressions austères, et ainsi se trouva diminué le retentissement de sa mort. L'événement du 18 janvier, rapide et terrible, était la vraie calamité : celui du 24 juillet était pour don Carlos une délivrance.
Le 25 juillet, le corps fut porté à l'église de Saint- Dominique, où il devait attendre sa translation à TEscurial i. Don Carlos était revêtu, suivant le désir qu'il avait exprimé de son vivant, de l'habit des religieux franciscains, et sa tête était coiffée de la capuche des frères prêcheurs *. Le cercueil, fermé au départ, fut ouvert dans l'église. La figure était découverte, quoi qu'on en ait dit : « Je luy ay veu le visaige, raconte expressément Forquevaulx, lequel n'estoit aucunement défaict de la maladie, sinon qu'il estoit un peu jaune, mais j'entends qu'il n'avoit que les ossements par le surplus du corps ^. » Jusqu'à la sortie du palais le cercueil fut porté sur les épaules
1. « Son corps fut, hier au soir, dépositô en l'église de Saint- Dominique le Real pour le porter quelque jour à l'Escurial. » Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 26 juillet 1568.
2. « Essendogli stato portato sul letto l'habito di Santo Francisco e di più un capuccio di Santo Dominico, con li quali habiti egli haveva dimandato con molta instanza d'esser sepelito como fu. » Dépêches manuscr. du nonce, 27 juillet.