LETTRE DE PHILIPPE II AU CORREGIDOH DE GIBRALTAR
dont l'air fût plus salubre que celui de Madrid, où il avait fixé définitivement sa résidence, en juin 156i, et il écrivit aux corrégidors de Malaga, de Murcie et de Gibraltar pour savoir si la température de ces diverses villes pourrait dissiper la maladie de son fils. Voici la lettre, datée du 13 septembre 1561, qu'il envoya à Gibraltar : « Vous avez appris déjà combien est faible la santé du prince mon fils, et combien il y a de temps que la fièvre quarte lui dure. Il en est si débile et si fatigué, qu'il a paru bon aux médecins de le faire changer d'air; quelque ville de la côte paraîtrait convenable, car la douceur du climat pourrait le soulager et même le guérir. J'ai, comme père, le plus vif désir de le voir bien portant et délivré de cette maladie, et je veux l'envoyer en un pays où se joigne l'agrément du lieu à la pureté du ciel *. » Il ordonna donc au corrégidor de Gibraltar, don Cristoval de Eraso (probablement parent du secrétaire de ce nom), de faire faire une enquête médicale sur la température de cette ville. Il s'étend
Limoges. Le 5 septembre 1561 ce prélat écrivait à Charles IX : « Le pauvre prince est si affligé et exténué que s'il ne perd ce mal cet hiver, la plus saine et commune opinion des médecins est qu'il s'en va éthique et sans grande espérance de l'avenir. »
1. « Ya habeis entendido la poca salud que tiene el principe mi hijo y quanto tiempo ha que le dura la cuartana, lo cual le tiene tan flaco y fatigado que ha parecido à los médicos que debria mudar de aire, y que séria muyconveniente ir à alguna ciadad de la Costa de la mar, porque con la templanza del aire podria ser que se le alivie y quite del todo, y porque yo tengo el deseo que debo como padre de verle sano y libre del trabajo que le da esta enfermedad, y querria mucho acertar â enviarle à la parte donde no solo ayudase para ellola templanza delcielo, perotambien la comodidad del lugar. » Àrch. de Sim. Est., leg. 140.
PHILIPPE CHOISIT ALGALA 61
avec complaisance sur les moindres détails; il veut savoir avec certitude, et cela sous la foi du serment, si l'air de Gibraltar est favorable aux fiévreux; si la santé générale y est bonne, s'il y a jamais eu des maladies contagieuses, et demande sur ces divers points une relation exacte et circonstanciée *. Don Cristoval se hâta de faire l'enquête : tous les témoins appelés vantèrent la parfaite salubrité de la ville, et surtout la propriété spéciale del'air pour laguérison de la fièvre quarte ^. Le corrégidor envoya au roi, dès le 21 du même mois, une longue note contenant ces détails, et une lettre où il affirmait, d'après ses observations personnelles, leur incontestable authenticité. Il déclara qu'on voyait à Gibraltar nombre de gens très âgés; que la ville et ses alentours jouissaient d'une heureuse salubrité ; qu'on n'y avait jamais vu que des maladies communes et faciles à guérir ^ Son enquête et ses lettres n'en furent pas moins inutiles : Philippe II préféra aux cités de la
1. « Os encargo y mando que hagais tomar informacion con juramento de los médicos de esta ciudad de la bondad y propiedad délia para curarse enfermes de cuartana, y de como ha y esta do esta agora desalud, y si ha habidoy hay enfermedades peligrosasd contagiosas en ella, y habida esta rclacion de todo muy distinta y particular, mêla envieis. » Môme lettre.
2. « Los testigos todos declaran la salubridad do aquella ciudad y lo a prop6sito que es para curarse alli las cuartanas. » Note de l'archiviste de Simancas dans les Doc. inéd., XXVI.
3. «En el tiempoque yo aqui he residido, siempreasilohe visto... Y donde hay hombres viejos, es pueblo demucha salud este, y su término y en todo este obispado y asi esta comarca con salud... no se ha visto no tan solamente enfermedades contagiosas, ni rigurosas ni de sospecha, pero de las comunes y faciles de curar... Ha estado y esta muy sana. » Lettre de don Cristoval de Efaso au roi. Arch. Sim. Est., leg. 140.
côte Alcala de Hénarés, près de Madrid. Cette ville, dont la situation est belle, Tair salubre, et dont l'université était alors célèbre, lui parut propre à recevoir un prince de seize ans, dont l'éducation n'était pas terminée encore, et qui pourrait, tout en soignant sa santé débile, compléter ses études dans une ville lettrée i.
Don Juan d'Autriche, Alexandre Farnèse, des précepteurs, des médecins, une nombreuse suite de gentilshommes accompagnèrent l'infant, qui arriva dans les premiers jours de novembre. Nous n'avons aucun détail bien précis sur les premiers temps de leur séjour dans Alcala. « Don Carlos, dit seulement Strada,se montra partout le même*. » L'ambassadeur vénitien, Tiepolo, sur la foi de quelques bavardages de cour, raconte que le prince s'amusait fort d'un petit éléphant envoyé par le roi de Portugal, et prétend qu'il avala un jour par espièglerie une perle de 3000 écus. Ce serait aussi à cette époque, s'il faut en croire un érudit célèbre de ce temps-là, Juan Huarte, qu'aurait eu lieu entre l'infant et Hernan Suarez, son alcade de cour, une assez intéressante conversation sur la noblesse ^. Je traduis ce dialogue, probablement apocryphe, à coup sûr arrangé par le savant Huarte, et qui, par suite, ne saurait prouver, comme le voudrait un écrivain récent *^, la
l.Strada, loco cil. — Ferreras, IX, 428, etc.