ODE DE PEDRO LAINEZ
ces lignes en même temps qu'Onorato Juan envoyait au roi la sombre lettre que j'ai citée. A Alcala, les poètes ne furent pas plus véridiques : le génie espagnol, ami de l'emphase et de l'hyperbole, se donna pleine carrière. Je lis dans le manuscrit d'un poète contemporain cette invocation boursouflée :
« prince! bien digne des royaumes que le ciel a placés sous ton illustre main, seigneur de la majeure part de la terre, soutien universel de l'humanité, égal à ton noble père, à ton glorieux aïeul, dernier terme de la valeur souveraine, honneur des contrées que le soleil parcourt, etc. * »
L'air d' Alcala paraît avoir agi sur l'état physique et moral de don Carlos; bien que le prince ait subi encore quelques accès de fièvre, une amélioration sensible se manifesta, et en mars 1562 il put assister à une fête royale au Pardo. Peut-être la vie calme que menait l'infant eût-elle modifié son caractère et son esprit, si un accident imprévu n'eût interrompu le cours de ses études et abrégé son séjour dans Alcala.
han hecho, todo parece que junto se halle en él, segiin las senales que dello ha, y muestra que ha de haccr mucho mas. » Juan Cor»dero, Promptuario de las medallas de todos tos mas insignes varonés. Lyon, 1561, Ms. en 1558.
1 . « Principe, digno bien de quanto el ciclo Puso debaxo de tu excelsa mano, Senor de la mayor parte del suelo, Reparo uni versai del sér umano, Igual al claro padre, y alto agûelo, Término del valor mas soberano, Ifustre onor de quanto el sol rodea, Y fin de todo el bien que se desea, » etc.
Poesias de Pedro Laincz. Mss. B. I. 8169, p. 8i.
Le prince habitait d'ordinaire, paraît-il, le palais de rarchevêque *; mais, soit qu'il eût logé quelque temps au monastère des Franciscains, soit qu'il s'y fût rendu pour les offices, ce fut là que, le 19 avril 1562, il fit une chute qui mit sa vie en péril ^, D'après le récit de l'évèque de Limoges, ambassadeur de France, il avait donné rendez-vous à la fille du concierge du monastère et descendait un petit escalier obscur a seul et à cachette», lorsque, sur le cinquième degré avant le sol, il fit un faux pas, tomba, et sa tête heurta une porte fermée avec une telle violence qu'il resta évanoui sur le coup ^. On appela aussitôt son médecin ordinaire, Daza Chacon, qui a laissé de cet accident une relation manuscrite très détaillée ^. Il examina la blessure en présence de
i. Ferreras, IX, 428.
2. Herrera, Hist, général, V, 143. « Recibiô tan gran herîda en lei cabeça en el monaslerio de San Francisco. » Strada, VII, 353. Golmenares, loco cit. Arch. Sim., leg. 651. Lafuente, XIII, loco cit. Lorcnzo Van den Hammen, Felipe el Prudente^ p. 162 et suivantes.