‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 45 sur 199 · Lettre de l'Ëvêque de Limoges le 11 mai · texte numérisé non relu

Lettre de l'Ëvêque de Limoges le 11 mai

4. Je suis pour ce récit les deux relations de Daza Chacon et d'Olivarés (elles sont identiques, sauf quelques vairiantes sans importance). Celle d'Olivarés se trouve dans les Documents inédits. Celle de Daza Chacon dans l'ouvrage posthume de Morejon, inUtulé Hist. bihliografica de la medicina espanola. On a émis sur cette maladie bien des assertions erronées : les uns ont attribué la guérison du prince à André Vésale (Llorente, Ilist. de la Inquisicion) , Llorente est si bien informé, qu'il appelle Vésale Basili. La même opinion se ti'ouve dans le Ms. faussement attribué à Ferez. B. I., 2502. Vésale, dans ce Ms., est désigné sous le nom de Bresalle); les autres ont prétendu que don Carlos a été trépané, d'autres enfin ont attribué sa guérison à un miracle. Les relations de Chacon et d'Olivarés sont seules exactes, puisqu'elles furent faites d'après l'ordre du prince et pour lui être présentées. J'abrège, bien entendu^ ces* relations circonstanciées, où pas un remède n'est oublié.

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don Garcie de Tolède, gouverneur du prince, de Luis Quijada, premier écuyer, et des docteurs Vaga et Olivarés, médecins de la chambre, et reconnut une plaie de la grandeur d'un pouce avec une contusion du péricrâne. La blessure fut pansée, mais le prince, revenu à lui, se plaignit de vives douleurs. Luis Quijada, très effrayé, craignant que pour ne pas faire souffrir davantage don Carlos les médecins ne le traitassent point selon les règles, dit à Chacon : « Ne soignez pas Son Altesse comme prince, mais comme simple particulier. » Les médecins répondirent qu'ils agissaient de la sorte. On saigna l'infant, et bientôt après cette saignée qui avait produit huit onces de sang, la fièvre, qui l'avait quitté depuis cinquante jours, reparut assez fortement. Don Garcie de Tolède alors, comprenant la gravité de l'accident, dépêcha au roi don Diego de Acufia, gentilhomme de la chambre du prince, pour lui donner avis de cet événement, et Philippe II ordonna aussitôt à son premier médecin, Juan Gutierez, et à son chirurgien, un Portugais nommé Pedro de Torres *, de partir pour Alcala. Ces deux praticiens distingués arrivèrent le lendemain matin près de l'infant, que Chacon allait panser pour la seconde fois. Don Carlos avait grande confiance en Pedro de Torres, car il dit à Chacon , mais avec beaucoup de douceur : « Licencié, j'aimerais être pansé par le docteur por-

1. M. Gachard dédouble ce personnage : il a pris le nom de sa nationalité pour un nom propre et l'appelle le docteur « Portuguès », puis il cite ailleurs Pedro de Torres. Son récit de la maladie du prince est du reste incomplet et inexact en plusieurs points.

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iugais; » et il ajouta : « N'en soyez pas oflensé, » ce qui parut au médecin ordinaire une touchante marque de bonté, car il répondit aussitôt « qu'il en serait heureux, puisque c'était le désir de Son Altesse o. Pedro de Torres pansa donc la plaie en présence des mêmes personnages, puis on tira encore au prince huit onces de sang. Don CaHos n'en dîna pas moins avec des pruneaux, un peu de bouillon, une cuisse de poulet et un peu de marmelade. Le soir, on lui offrit le même repas, sauf le poulet, et ce fut là son ordinaire jusqu'au dixième jour. Mais à ce moment l'état du prince, qui paraissait meilleur, empira subitement. Don Carlos fut pris de frissons, perdit le sommeil , et la fièvre augmenta. Tous les médecins et chirurgiens se consultèrent , et déclarèrent qu'il y avait là soit une lésion intérieure, soit des matières enfermées sous le crâne et qui n'en pouvaient sortir. Daza Chacon demanda alors une consultation de son maître, le bachelier Torrés, savant distingué qu'on fit venir aussitôt de Valladolid. On leva la peau de la tête sans pouvoir rien distinguer, tant l'hémorrhagie fut abondante; et le prince était en grand péril quand, le l^*" mai, le roi arriva dans Alcala, accompagné du célèbre André Vésale.

Il ne paraît pas qu'André Vésale ait beaucoup avancé la guérison du prince. Un violent érysipèle se déclara : toute la tête, la gorge, la poitrine, les bras se gonflèrent, et don Carlos perdit momentanément l'usage de ses yeux. L'inquiétude était à son comble, et ce fut alors qu'André Vésale et le chirurgien portugais, Pedro de Torres, soutenant que le

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mal était intérieur, proposèrent la redoutable opération du trépan. Les autres médecins s'y opposèrent de toutes leurs forces, mais en vain. L'opinion do Vésale et du chirurgien portugais l'emporta dans l'esprit du roi; l'état du prince, d'ailleurs, semblait si désespéré qu'on ne croyait plus avoir rien à risquer. Chacon céda, et le vingtième jour après la chute, Pedro de Torres commença l'opération, qui fut continuée par Chacon. Mais lorsque, après avoir traversé la table externe du crâne, il arriva à la partie poreuse, on en vit sortir de petites gouttes de sang de belle couleur : ce symptôme était clair : l'os ruginé était sain, l'opération fut arrêtée immédiatement.

Son état ne s'améliorait pas toutefois, et l'inquiétude du roi et de ses conseillers fut si vive qu'ils en vinrent à cette extrémité de prendre confiance en un charlatan. Alors, comme aujourd'hui, il y avait de ces empiriques qui ont la prétention de guérir tous les maux avec une panacée quelconque. Un certain Pinterete, More du royaume de Valence, s'était acquis une grande renommée par ses deux onguents blanc et noir. Daza Chacon, qui était une des célébrités de cette grande école médicale qui florissait en Espagne au seizième siècle, fit tous ses efforts pour détourner le roi de cette thérapeutique suspecte. Il soutenait d'abord qu'on ne connaissait pas la composition de ces onguents, et qu'on ne pouvait soumettre un si grand prince à un traitement inconnu ; il s'appuyait en outre sur ce principe qu'on ne doit pas user des mêmes remèdes pour tous les âges et tous les

tempéraments. Ses discours, très sensés, furent inutiles : Philippe II et ceux qui l'entouraient connaissaient mieux la politique que la médecine , et le danger était si imminent d'ailleurs que leur trouble ne leur laissait pas la libre disposition de leur jugement. L'empirique fut appelé en dépit de Chacon; mais ses onguents parurent aggraver le mal. Il fut promptement chassé, et s'en alla à Madrid, dit malignement Chacon, soigner Hernando de Vaga, « qu'il envoya dans l'autre monde. »

Philippe II, ne comptant plus guère que sur le secours du ciel, avait demandé quelques jours auparavant les prières de l'Église. Le 2 mai, il avait écrit aux prieurs de Guadalupe, de Notre-Dame del Pilar de Saragosse, et aux abbés de Notre-Dame de Yalvanera et de Monserrate, dans des termes qui témoignent à la fois de son amour paternel et de ses inquiétudes : a Bien que vous ayez sans doute appris, dit-il, le malheureux accident qui est arrivé au prince, mon fils, il y a douze jours, et la maladie qui en est la suite, j'ai voulu vous les faire savoir, désirant recourir à Dieu Notre-Seigneur comme il se doit, et comme nous avons accoutumé de le faire en toutes circonstances, et à l'intercession de sa Mère bénie, pour les supplier de rendre la santé à mon fils. Dans ce but, je vous charge de faire faire, au reçu de ma lettre, dans votre maison, des prières continuelles, les processions et autres actes de dévotion qui vous sembleront devoir être le plus agréables à Notre- Seigneur, les plaçant sous l'intercession de sa Mère bénie, afin qu'il lui plaise de le guérir et de nous le

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