‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 53 sur 199 · È amico di verità. » Tiepolo. Ms. déjà cité · texte numérisé non relu

È amico di verità. » Tiepolo. Ms. déjà cité

4. « Era por todo estremo muy amigo de la verdad. » Salazar de Mendoça, Dignidades seplares de Castilla y Léon (1618.)

très léger chapitre qu'il a consacré à Finfant dans son histoire de Philippe II, lui prêtent une inclination marquée pour la religion réformée; d'autres le considèrent comme luthérien de conviction et prétendent expliquer ainsi la conduite subséquente du roi catholique. Un écrivain espagnol récent, M. A. de Castro, dans un livre intitulé : Historia de los protestantes espaiîoles, place résolument une biographie de l'infant, œuvre d'une critique insuffisante, et, d'après un système de suppositions gratuites ou d'inductions puériles, range don Carlos parmi les protestants espagnols. Je signale, sans y attacher la moindre importance, ces assertions que le défaut de science et l'intérêt d'une thèse préconçue ont seules pu provoquer : elles ne sauraient même être discutées, puisqu'elles ne reposent sur aucun fait, sur aucun document acceptable à la critique. C'est là Aine opinion personnelle, la mineure insoutenable d'un syllogisme défectueux. Philippe II persécutait, il est vrai, les protestants, et son fils est mort en prison; mais comme il n'existe aucune preuve des sentiments luthériens de don Carlos, comme il a été notoirement emprisonné pour d'autres causes, il faut bien trouver bon que l'histoire, dédaignant des raisonnements sans base, leur oppose une fin de non-recevoir absolue.

Don Carlos a toujours témoigné de son amour et de son respect pour la foi catholique. Pendant sa maladie à Alcalaenl562, on saitde quels sentiments de haute piété il aimait à faire preuve. Il demandait un jour, nous raconte son très véridique médecin,

SENTIMENTS RELIGIEUX DE DON CARLOS 9a

à recevoir la communion. Son confesseur lui fit remarquer qu'il s'était déjà approché du sacrement la semaine précédente. — Oui, répondit le prince, mais ce sera bien encore aujourd'hui*. En 1564, lorsqu'il fit son premier testament, il commença par une profession de foi solennelle, « croyant selon et comme ordonne de croire notre sainte mère l'Église catholique romaine et une. » On verra plus bas la lettre toute filiale que, la même année, il adressait au Saint Père en faveur de l'orthodoxie parfaite d'Onorato, représentée à la cour de Rome comme le plus grand mérite du futur évequo. L'année suivante, le pape lui envoyait un présent par son camérier : don Carlos était dans les meilleures termes avec le nonce et sollicitait pour l'évêque d'Osma le chapeau de cardinal. Si l'on a cru voir dans son antipathie prononcée contre son père une preuve d'hérésie, il faut renoncer à cette opinion par la seule étude des. dates : dès 1565 des dissentiments graves s'étaient élevés entre le roi et l'infant; l'ambassadeur de France les signalait à Catherine de Médicis dan» une dépêche confidentielle 2, et cependant, à cette époque, l'orthodoxie de don Carlos est incontestée. Les questions religieuses sont donc absolument étrangères aux sentiments réciproques de l'infant et de Philippe IL

Nous n'avons pas de détails sur les pratiques reli-

1. V Estuvo tanto en las cosas de Dios que hablando un dia con su confesor, lepidio el santosacramento,yrespondiendolequeS. A. le habia recibido, dijo : « Eso ha ocho dias y sera asi' puntalmentc. » Relation de Daza Chacon, déjà citée.

S. Dépêches Mss. de Forquevaulx (8 novembre 1565).

gieuses du prince durant les années suivantes, ce qui ne nous étonne pas, puisque l'absence même de tout document démontre qu'il agissait selon les règles suivies par toute la famille royale. S'il y eût manqué, il est certain que le scandale eût été grand : les ambassadeurs et surtout le nonce eussent aisément connu ces infractions et eussent transmis cette nouvelle à leurs Cours. Nous ne voyons pas un mot relatif à un tel fait dans leurs correspondances : c'est seulement au commencement de 1568 que Forquevaulx nous apprend que le prince n'a point communié à Noël, ni « gaigné le jubilé * ». A l'empressement qu'il met à rapporter cet événement, on voit bien qu'une telle circonstance se produit pour la première fois. Il est donc évident que jusqu'à la fin de 1567, le prince a toujours rempli tous ses devoirs de bon catholique 2. Le fait que Forquevaulx signale aurait lieu cependant de nous étonner, si nous négligions d'en chercher la cause, mais un peu d'attention nous

i. Dépêches Mss. de Forquevaulx (19 janvier 1568).

2. Une démarche du prince en 1567 démontre qu'il poussait le sentiment religieux jusqu'à la superstition la plus étrange. Je tiens le détail suivant d'un écrivain distingué, M. Eugène Pion : se trouvant à Madrid, chez le comte de Valencia de don Juan, le savant conservateur de VArmeria , M. Pion a vu dans la riche collection privée du comte un lettre autographe de don Carlos adressée le 18 février 1567 à don Louis de Requesens, grand commandeur de Castille et ambassadeur de Philippe II à Rome. Dans cette lettre, dont l'écriture et l'orthographe sont également incorrectes, le prince ordonne à l'ambassadeur de faire le possible pour lui obtenir du pape un fragment de l'inscription de la croix , l'autorisation du Saint Père pour faire dire la messe à n'importe quelle heure , et une relique provenant de la circoncision de J.-G. Au surplus le texte de ce document sera publié par un savant allemand auquel il a été promis par le comte de Valencia. Cette lettre et surtout la demande

ORTHODOXIE DE LINFANT 05

la donne, et l'orthodoxie de l'infant, tourmenté de scrupules, n'en apparaît que dans une plus vive clarté A cette époque de sa vie, comme nous le verrons plus loin, la haine que don Carlos portait à son père était arrivée à son comble, mais si l'infant ne pouvait pas la vaincre, il lui était également impossible d'apaiser les inquiétudes de sa conscience. Son confesseur ne croyait pas devoir lui donner l'absolution tant qu'il persisterait dans les mêmes sentiments *, et don Carlos, voyant s'approcher le moment du jubilé, redoutait de donner au peuple un mauvais exemple, en s'abstenant de la communion. Dans cette angoisse, il prit la résolution de consulter des théologiens. Le nonce, naturellement investi de la confiance du clergé espagnol, apprit d'eux les détails suivants, qu'il écrivit peu après à sa Cour : « Toutes les autres personnes de la famille royale, dit-il, avaient déjà gagné leur jubilé, quand le prince se rendit au monastère de Saint-Jérôme ; il assembla un grand nombre de frères et leur demanda si, ayant dans l'àme une haine justifiée d'ailleurs, on pouvait communier. Il lui fut répondu que non, et alors, les interrogeant de nouveau, il voulut savoir si du moins on pouvait communier avec une hostie non consacrée,

qui la termine ne sont pas seulement un nouveau témoignage de la faiblesse d'esprit du prince, elles achèvent de démentir les opinions hérétiques qu'on n'a pas craint de lui attribuer.

1 . « Il n'a voulu pardonner, ni son confesseur luy donner absolution, à la dénégation duquel il s'est adressé à d'autres docteurs en théologie, qui ont faict le mesme refus de l'absoudre. » Dépêches Mss. de Forquevaulx, 19 janvier 1568.

pour que le peuple crût qu'on communiait. Les religieux répondirent encore que non, et que ce serait commettre un grand sacrilège, et ainsi le prince ne se présenta pas à la communion *. » Sans discuter ici la valeur de cette réponse au point de vue théo logique, il faut reconnaître que seuls les sentiments de l'infant pour son père amenèrent le scandale de 1567 ; l'ambassadeur de France déclare également que la seule cause de cet incident est « la dicte rancueur * » . L'orthodoxie de don Carlos jiisqu'aux derniers moments de sa liberté ne saurait donc être mieux démontrée que par le fait même dont on s'est servi pour la révoquer en doute. Il n'a jamais cessé d'être catholique, de croire aux sacrements, d'en craindre la profanation, et les détails qui nous ont été transmis sur ses derniers instants achèveront d'établir victorieusement l'inébranlable persistance de sa foi.

Il ne portait pas moins de chaleur dans ses amitiés et dans sa reconnaissance. J'ai cité plus haut la cedule dont il gratifia Hernan Suarez, son alcade de cour ^, et les nombreux présents qu'il offrit à don

1. « Havendo tutti gli altri preso giubilco mandato da Sua Santità, il principe andô in un monasterio chc si chiama Santo Girolamo... congregô molti frati e gli dimando se havendo uno nell'ani mo odio contr' un altro, ma con ragione, si poteva communicare Gli riposero di no, e egli di poi dimandu se potevano almeno communicare con una hostia non consecrata, perché il popolo credesse che si communicava. Gli fu risposto similmente di no, e che séria gran sacrilegio, e cosi non si communicô altramente. » Dépêches Mss. du nonce, 4 février 1568.

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