PROMENADES NOCTURNES
une seule séance, et est en conséquence tombé malade i. » L'ambassadeur de France raconte qu'un courrier de l'Empereur osa dire en quittant Madrid : « Qu'il s'en allait bien mal édifié des contenances qu'il avoit veu tenir au prince d'Espaigne en table et hors d'icelle*. » « Il est fort glouton, écrit de son côté Dietrichstein, et ses excès de table sont la cause de son état maladif. » Brantôme rapporte que don Carlos aimait fort la nuit « ribler (battre) le pavé » ; il ajoute même qu'il insultait les femmes au passage : « Quand il alloit par les rues quelque belle dame, dit-il,etfust-elle des plus grandes du pays, illaprenoit et la baisoitpar force devant tout le monde, et l'appe-
loit p , bagasse, chienne, et force autres injures
luy disoit-il 3. » Si Brantôme seul affirmait ce fait, je n'aurais certes pas pris la peine de le redire, mais je le retrouve dans deux écrivains sérieux. Ferreras et Cabrera : l'un et l'autre racontent ces promenades nocturnes, sans doute habilement cachées au roi, qui ne les eût point permises ; ils laissent deviner les désordres et la licence de ces compagnons débauchés que la plus scrupuleuse sévérité ne peut parvenir à éloigner des princes *. Ainsi Néron parcourait la nuit les carrefours de Rome ^. Mais s'il n'arriva pas