LENTEURS DU CABINET ESPAGNOL
n'avait que médiocrement accueilli cette excuse *. On avait d'ailleurs répandu à Vienne le bruit que la santé de don Carlos était meilleure *. que Tinfant désirait vivement ce mariage et prenait grand plaisir à considérer un portrait de la princesse Anne qui lui était parvenu ^. Maximilieu commençait à soupçonner une mauvaise volonté cachée sous des prétextes spécieux et des retards prémédités *. La cour de Vienne, en outre, n'ignorait pas que Catherine de Médicis avait imaginé de marier sa fille Marguerite de Valois à don Carlos : l'Empereur ne pouvait savoir encore avec quelle froideur Philippe II accueillit ce plan dont Forquevaulx était spécialement chargé de lui exposer les avantages, et il était naturel qu'il s'inquiétât de lenteurs qui sem-
1. « Aunque él (l'envoyé de l'Empereur à Madrid) escribe al Emperador que V. M. se resolverâ en lo del casamiento luego que el duque d'Alva vuelva de Francia, no me parece que acâ se queda con satisfaccion. » Dépêche de Ghantoney au roi, 30 juin 1565, ibid,
2. « Cada dia se nos va deshaciendo lo que se habia dicho de la indisposicion de S. A. » Ibid.
3. « Acà se ha scripto que S. A. desea la princesa... y que tiene un retrato de la princesa con que se huelga mucho. » Ibid. — La description de ce retrato est dans la liasse 1053 des Contad. gêner, de Simancas : « Un retrato de la infanta dona Ana, de seda de colores, con très rubios y très esmeraldas y ocho perlas en la cabcza, y en el brazo izquierdo un rubi y una esmeralda con dos perlas, y en los brahones de entre los brazos otro cincos perlas, puesto en una caja redonda de ébano con una moldura de plata sobredorada. » Voici la traduction de cette description : « Un portrait de soie de couleurs, avec trois rubis, trois émeraudes et huit perles sur la tête : au bras gauche un rubis et une émeraude, avec deux perles ; sur les bracelets cinq autres perles. Ce portrait est placé dans une boîte ronde en ébène, surmontée d'une moulure d'argent doré. »
4. « ... Maravillàndose en que si funda la dilacion si hay voluntad par ello. » Dépêche de Ghantoney, ihid.
blaient dissimuler de mystérieuses négociations *. Rien cependant ne put faire renoncer le cabinet de TEscurial à sa politique expectante. Il devait laisser longtemps encore le cabinet de Vienne dans l'incertitude. Pour entretenir toutefois des espérances qui servaient ses desseins, Philippe envoya en Allemagne Luis Vanegues de Figueroa porter à l'Empereur quelques assurances favorables, et à la princesse Anne, de sa part et de la part de l'infant, des présents magnifiques, entre autres une bague en diamants de trente mille écus. Mais Vanegues ne reçut aucun pouvoir pour « procéder aux cérémonies requises aux mariages de si hauts princes ^^ ». Au fond la mission n'avait pour objet réel que de disposer l'Empereur à donner sa seconde fille au roi de Portugal 3. H fut néanmoins fort bien accueilli par Maximilien et l'impératrice, et reçut l'expression de leur bonne volonté persistante. Tous deux le chargèrent de solliciter encore une réponse de Philippe II, de lui exposer les inconvénients d'un si long retard et de l'assurer de leurs affectueux sentiments ^ Vanegues s'en fit l'interprète avec les plus vives instances, et vraiment une
i. Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 3 décembre 1565.