LENTEURS D\J CABINET ESPAGNOL
risquer, en la donnant au roi de France dans un moment d'impatience, de perdre toute chance de marier brillamment sa seconde fille : il n'ignorait pas que jamais Philippe II ne consentirait à l'accepter pour don Carlos du moment que le roi de France aurait obtenu l'aînée. Le roi d'Espagne demeurait donc dans la plus grande sécurité, et il abusait, à l'avantage de sa politique, de la situation où la force des choses avait placé Maximilien : tranquille au sujet de la princesse Anne, qu'il savait devoir retrouver à volonté, il recherchait seulement tous les moyens d'empêcher le mariage du roi de France avec la seconde fille de l'Empereur, car cette alliance était pour lui un grave sujet d'inquiétude et de jalousie : il n'ignorait pas qu'une fois la princesse Anne mariée avec don Carlos, l'Empereur, délivré de tout souci pour l'établissement de sa fille aînée, était libre de marier sa seconde fille à son gré, et il préférait, en le laissant dans l'incertitude, conserver ainsi sur lui un moyen d'action énergique. Peut-être espérait-il l'obliger à lasser Catherine de Médicispar ces atermoiements qui étaient le contre-coup de ses propres lenteurs et à décider un mariage portugais pour la princesse Elisabeth. Une fois cette dernière alliance conclue, il aurait consenti à accepter la princesse Anne pour don Carlos, et Charles IX était frustré de toute espérance du côté de l'Empire. Il est vraisemblable que tel était son plan, et les circonstances d'ailleurs lui imposaient de gagner du temps, car don Carlos, bien qu'il prît fort à cœur les négociations et qu'il eût même prié Chantoney de
i82 DOiN CARLOS ET PHILIPPE II
lui écrire ses sentiments [sur les dispositions de la cour impériale et sur la princesse de Bohême *, ne paraissait pas devoir être de longtemps apte au mariage.
Maximilien et Timpératrice étaient cependant très impatients de recevoir une réponse officielle à leurs instances réitérées ; à chaque courrier de Madrid, ils s'imaginaient voir venir la lettre attendue 2, et Chantoney passait son temps à leur expliquer d'une façon assez peu claire et médiocrement plausible comment telle ou telle dépêche de sa main ne pouvait pas encore être arrivée en Espagne, par suite avoir été discutée et avoir obtenu de réponse^. Le parti français s'agitait à Vienne *, et l'ambassadeur, à bout de raisons, écrivait lettre sûr lettre pour solliciter des instructions nouvelles. En vain Philippe avait-il imaginé de dire à l'envoyé de Vienne à Madrid qu'il attendait le retour du duc d'Albe, alors en France ^, pour décider les choses, Maximilien
4. « El principe que me mand6 que le escribiese sobre ello. » Lettre de Chantoney à Gonzalo Pérez, 31 mars 1565. Arch. Sim. Est., leg.
2. « La emperatriz holgd con la venida del correo, recibiera mucho mayor contentamiento que, como S. M. esperaba, ténia alguna resolucion en lo del casamionto y asi me lo pregunto luego, creyendpo que venia para este efecto. » Dépêche de Chantoney aa roi, 20 mai 1565, Ibid.
3. « Yo le mostré que por las datas de las cartas que traia y el tiempo que yo habia scripto desde acâ,no podian haber llegado mis cartas cuando el correo partio. » làid.
4. « ... Si este emperador tomase alianza con el rey de Francia, podria ser que por su medio anduviesen las cosas del Turco mas asosegadas. » Dépêche de Chantooey au roi, 7 juin 1565, ibid.
5. Le duc était allé accompagner la reine Isabelle à Bayonne, où eut lieu une entrevue da famille entre la^reine d'Espagne, Catherine de Médicis et Charles IX, .