‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 94 sur 199 · Voy. chap. iv, p. 130 et suiv · texte numérisé non relu

Voy. chap. iv, p. 130 et suiv

DON CARLOS ET RUY GOMEZ DE SILVA i9i

d'Osorio*. Don Carlos paraît l'avoir alors honoré d'une haute estime, puisqu'il le désigne parmi ses exécuteurs testamentaires, dans son testament écrit cette année même. En 1565, Ruy Gomez est nommé par le roi mayordomo mayor de l'infant, après la mort de donGarcie de Tolède, et don Carlos a tant d'amitié pour le prince d'Eboli qu'il lui confie, on le verra plus loin, son premier dessein de quitter l'Espagne. Le plan échoua, et ce fut sans doute à partir de cet échec que don Carlos commence à se défier de Ruy Gomez. Les rapports des ambassadeurs de France et de Venise ne nous permettent pas de douter qu'au moins en 1567 l'infant ait considéré cet homme d'État comme un espion et comme un ennemi. Un mot de Forquevaulx nous explique ce changement : l'infant, quel que fût son but, cherchait à se créer des ressources pécuniaires indépendantes : « Il est après pour amasser des escus, dit l'ambassadeur, et naguères il vouloit que Ruy Gomez luy enfit prester200,000sansle sceudesonpère, dont il a esté découvert, et Ruy Gomez bien avant dans sa disgrâce 2. » Ce serait donc à la suite d'une dénonciation faite par le prince d'Eboli à Philippe II que don Carlos aurait commencé de haïr ce ministre, et à tel point que parmi « les cinq personnes auxquelles il disoit vouloir mal extresmement, le roi estoit le premier, et après Ruy Gomez, auquel il impute tout

i. « Con lo cual S . A. y el D» sefior Ruy Gomez quedaron muy satisfechos. » Arch. Sim. Contad. gêner., 1* época, leg. 1118. 2. Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 24 août 1667.

ce qui lui succède contre soii désir ^ . » Lorsqu'on connaît en effet le dévouement du prince d'Ëbôli aux intérêts de son maître, lorsqu'on sait que « nui travail, nulle fatigue ne l'effrayaient lorsqu'il s'agissait du service du roi 2 », on ne peut guère douter qu'il ne se soit fait aucun scrupule d'éclairer Philippe II sur les divers détails de la conduite de l'infant. Nous voyons toutefois , dans la liste des libéralités faites par don Carlos à son lit de mort, trois objets de prix légués à Ruy Gomez 3. Le prince avait-il cru ses soupçons injustes, avait-il rendu au ministre son affection et son estime, ou bien ce présent, à l'heure suprême, était-il un gage solennel d'oubli et de pardon? C'est ce qu'on ne peut déterminer avec exactitude. Mais il ressort avec évidence de cette rapide analyse et de l'examen des diverses antipathies du prince pour les ministres de son père, que la politique n'a été l'origine d'aucune d'elles. Ajoutons 'qu'il eût été peu logique de haïr tout ensemble Ruy Gomez et le duc d'Albe, qui étaient des adversaires déclarés. «Us sont presque toujours d'avis différents, dit l'ambassadeur de Venise, et qui recherche la faveur de l'un perd celle de l'autre*. » Don Carlos ne

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