‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 93 sur 199 · DON CARLOS ET LES MLMSTRES · texte numérisé non relu

DON CARLOS ET LES MLMSTRES

choses, surtout les petites choses, avec une invincible obstination. Il n'y a jamais eu du fils au père opposition dans le sens politique de ce mot. Une opposition digne de ce nom se produit d'après des principes quelconques et à propos de certains faits spéciaux : don Carlos n'a jamais eu de principes quilui fussent propres et, comme je Tai rappelé plus haut, se montrait généralement contraire à toute résolution de Philippe II , quelle qu'elle fût, publique ou privée. Il avait adopté à son égard ce système de contradictions systématiques et de taquinerie continuelle qui dénonce chez les partis, aussi bien que chez les particuliers, une complète incapacité administrative et une irrémédiable ignorance des conditions de la vie publique. On verra plus loin combien ses entreprises, depuis le moment où, parvenu à l'âge d'homme, il prétendit à l'honneur de jouer un rôle politique, furent à la fois imprudemment conçues et follement exécutées : on verra qu'elles étaient dirigées dans le seul but d'arriver à satisfaire une ambition stérile, un vain rêve d'indépendance sans objet, et de nuire non seulement au pouvoir paternel, mais encore à l'État que lui-même devait être un jour appelé à gouverner. Les paroles et les actes de l'infant, à cette époque, portent l'empreinte de ce trouble intellectuel dont il avait déjà donné tant de preuves, et il faut avouer qu'il eût été un grand coupable s'il n'eût été dominé fatalement par les agitations fiévreuses d'un cerveau halluciné.

En ce qui regarde la haine qu'il manifestait, ainsi que nous l'avons vu, contre les ministres de son

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père, pour la bien comprendre il faut étudier ses origines, ou du moins les premiers faits par lesquels elle se manifeste. Si c'était comme agents du gouvernement paternel qu'il eût détesté les divers membres du conseil, son antipathie se fût révélée d'abord à propos d'actes politiques. Un prince dans son bon sens et préoccupé de quelque plan administratif eût certainement choisi, pour faire connaître ses sentintents, l'occasion d'un fait politique étranger à tout intérêt personnel et dont il eût déclaré désapprouver ridée ou la forme. Il n'en est rien cependant : c'est dans la cérémonie où il reçoit le serment de l'Espagne à Tolède qu'il insulte publiquement le duc d'Albe à la suite d'une infraction à l'étiquette*; c'est à propos d'un histrion qu'il s'irrite contre le cardinal Espinosa^. Quand bien même il aurait eu d'autres raisons pour haïr ces deux hommes d'État, il était impossible de rencontrer des circonstances où il fût plus inconvenant et plus ridicule de révéler ses sentiments secrets.

Quant à Ruy Gomez de Silva, ce diplomate habile, courtois, affable', fut successivement auprès du prince en faveur et en disgrâce. En 1564, lors de l'élévation de ce Lobon dont j'ai parlé *, Ruy Gomez était d'accord avec le prince d'Espagnepour la chute

i. Voy. chap. ii, p. 67.

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