‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 96 sur 199 · L'INFANT ET LES MINISTRES · texte numérisé non relu

L'INFANT ET LES MINISTRES

pouvait donc, s'il se fût agi de questions de gouverment, les envelopper dans la même haine. Il est clair que ces griefs ont été tout personnels ; il manifeste ses sentiments au duc d'Albe dès 1559 : or, à cette époque, il n'avait que quinze ans, et certes ne pouvait songer à montrer une opinion quelconque sur le système politique ; s'il s'irrite contre Espinosa, c'est à la suite de l'expulsion de Cisneros; si Ruy Gomez tombe dans sa disgrâce, c'est après une révé- Talion que l'intérêt de l'État pouvait, je crois, excuser, mais qui a dû indigner violemment le prince d'Espagne. Dégageons-nous donc du système dépourvu de vraisemblance et démenti par tous .les documents, qui lui attribue des doctrines contraires à celles de son père, et rattache habilement à ces divergences sahaine contreles favoris de Philippe II. Nous avons étudié les causes réelles de cette attitude hostile, et nous avons aperçu le néant de l'opinion qui les passe sous silence par ignorance ou parti pris. Il convient d'y ajouter le désir aussi ardent qu'inconsidéré d'obtenir une certaine part dans le gouvernement de l'État. Dès 1565, Forquevaulx signalait cette ambition prématurée : « L'on s'aperçoit, dit-il, qu'il s'ennuye de n'avoir déjà quelques grands estats en son pouvoir pour y commander ^ » L'ambassadeur d'Allemagne, à la même époque, s'exprime en termes analogues : « Le principal sujet de plainte que le Prince a contre son père, c'est que, malgré son âge, il n'a ni commandement ni pouvoir, mais est traité comme

i. Lettre du 21 novembre 1565.

un minor annis ^ » Bien que don Carlos n'eût alors que vingt ans, il n'eût pas été contraire aux traditions de la maison d'Autriche qu'un grand gouvernement lui fût rerais, soit en Italie, soit en Flandre. Charles-Quint avait confié l'administration de l'Espagne aux mains de Philippe II alors âgé de seize ans : en laissant son fils inactif, le roi lui manifestait donc une certaine défiance qui n'était que trop justifiée 2, mais dont l'infant lui gardait rancune. Do plus, don Carlos reconnu comme héritier de la Couronne, ainsi que nous l'avons rappelé, par les cortès de Castille dès 1560, n'avait pas été présenté de même aux cortès de Catalogne, de Valence et d'Aragon, soit que le Roi eût des doutes graves sur ses aptitudes, soit que les circonstances eussent ^retardé cette cérémonie. On ne saurait douter enfin que don Carlos ne fût irrité des retards apportés par son père à la célébration de son mariage avec l'archiduchesse Anne : il s'expliquait mal les motifs de Philippe II et ne voyait dans la conduite royale que le désir de le retenir en tutelle.

La situation des Flandres lui fournit une occasionde témoigner non pas une hostilité politique réfléchie et sérieuse, mais un empressement ambitieux d'une nature toute personnelle. L'attitude menaçante de ces provinces était dès lors le grand souci du cabinet de l'EscuriaP. Philippe était déterminé à ne pas céder; prof on-

Page 1