‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 97 sur 199 · AFFAIRES DES FLANDRES · texte numérisé non relu

AFFAIRES DES FLANDRES

dément imbu des principes qui ont toujours été funestes aux souverains et aux dynasties, il croyait d'une foi inébranlable aux droits absolus de la couronne, considérait les réclamations des Flamands comme les murmures insolents de vassaux mal soumis, et n'estimait de.voir compte de ses actes qu'à luimême et à Dieu. L'omnipotence royale avait à ses yeux la valeur d'un dogme, et s'il poursuivait l'hérésie avec tant de violence, c'était moins comme erreur théologique que comme rébellion ouverte contre l'unité religieuse et politique tout ensemble représentée par l'État, contre l'État incarné dans le prince. L'Église et le roi lui apparaissaient comme une seule et même chose sous deux noms différents, comme l'expression temporelle de la même pensée mystique, comme la double face du même idéal. L'unetl'autre, également sacrés, infaillibles, irresponsables, devaient obtenir une obéissance aveugle. Attaquer le principe de l'Église, c'était attaquer le principe de la royauté, et réciproquement; donc il appartenait au roi, exclusivement investi du pouvoir séculier, de défendre avec toutes ses forces et par tous les moyens quels qu'ils fussent, même en dehors de la légalité, en vertu de sa prérogative spéciale, cette autorité unique sous deux formes, qui représentait le double aspect de Dieu enseignant et agissant dans la société. C'est là ce qui explique le caractère politique de l'inquisition espagnole, dontle chef était en même temps

chesse de Parme, fille naturelle de Charles-Quint et de Marguerite Vangest, née en juin 152i, femme d'Octave Farnèse, duc de Parme, mère du fameux Alexandre Farnèse.

un membre du conseil d'État. Philippe sans doute était trop jaloux de sa prérogative royale pour établir la théocratie pure dans ses royaumes, mais l'idéal qu'il a poursuivi et que, dans une certaine mesure, il est parvenu à réaliser, était un compromis entre la pensée exclusivement religieuse et la pensée exclusivement monarchique, à savoir, une théocratie dirigée par un laïque qui était le roi. Il a fondé sur ces bases cet étrange établissement politique dont l'histoire n'offre pas d'autre exemple.

Toute nation semble forcément placée entre ces trois systèmes par rapport à ses affaires religieuses : ou l'Église, représentée par la caste sacerdotale, domine le souverain et se sert de son bras pour l'exécution de ses plans; telle fut jadis la théorie juive, égyptienne et hindoue, tel est encore aujourd'hui le rêve d'un petit nombre de catholiques extrêmes; ou l'État asservit l'Église et parfois se l'assimile, ce qui est pour elle la plus avilissante de toutes les situations; ou encore l'État ne cherche pas à s'immiscer dans l'action spirituelle de l'Église et ne réclame, en retour de cette indifférence, que le respect de son autorité temporelle et de sa constitution civile. Tel estl'ordre établi actuellement en France et qui tend à prévaloir dans tous les États catholiques. Le gouvernement de Philippe II ne reposait sur aucune de ces diverses doctrines ; un même souffle, une même pensée animaient l'Église et l'État; pénétrés l'un et l'autre du sentiment de leur infaillibilité, visant au même but, c'est-à-dire à l'abaissement de l'individu

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