CHAPITRE XL
dent que le roi avait en vue les Belges ('). Il écrivit à la duchesse de Parme le 27 septembre, le 1*^^ et le 3 octobre, principalement pour lui faire savoir qu'il allait retourner à Madrid, afin de hâter les préparatifs de son voyage aux Pays-Bas, et lui réitérer l'injonction de ne pas convoquer ni laisser s'assembler les états généraux (-).
Philippe quitta le château de Valsain le 7 octobre ; la reine, la princesse dona Juana, don Carlos et les princes de Hongrie en étaient partis quelques jours auparavant Q. Il visita, en passant, l'Escurial, dont les constructions s'élevaient avec rapidité. Le 22 octobre il rentra à Madrid f^).
Les nouvelles qu'il recevait des Pays-Bas étaient de plus en plus alarmantes. Dans ses dernières dépêches, la duchesse de Parme lui déclarait que ce n'était pas seulement la religion, mais que c'était aussi sa souveraineté, qui se trouvait en péril. « La plupart des a sectaires, lui écrivait-elle, quoiqu'ils protestent de « leur dévouement k Votre Majesté, montrent tout « le contraire par leurs œuvres, comme s'ils ne con- « naissoient V. M. pour roi, et fussent de volonté (c de ne jamais souffrir ses commandements, sinon à « leur bon plaisir : de manière que pour aucuns la « religion n'est que le manteau ou le masque de leurs
{') Lettred'Alonso de Laloo, du 20 septembre.
P) Les lettres des 27 septembre et 1" octobre sont dans la Correspondance de Philippe 11, etc., t. L PP- "iGo et 470 ; celles du 3 octobre dans le Supplément à Strada, pp. 456, 4o9, 461 .
(') Lettre de Tisnacq à Viglius, du 4 octobre.
(*) Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 2 novembre.
3ti0 DON CARLOS ET PHILIPPE II.
« prétentions ('). » Elle allait plus loin : elle disait tenir de bon lieu que des projets de partage des Pays- Bas avaient été formés par les chefs du mouvement révolutionnaire; que le Brabant était destiné au prince d'Orange, la Hollande au seigneur de Brederode, la Frise et l'Overyssel au duc Auguste de Saxe, la Gueldre aux ducs de Clèves et de Lorraine, la Flandre, le Hainaut et l'Artois au roi de France, avec le comte d'Egmont en qualité de gouverneur perpétuel et héréditaire (^). Enfin — et ceci était plus positif que les projets dont on lui avait parlé — elle mandait à son frère que le prince d'Orange, les comtes Louis de Nassau, d'Egmont, de Hornes et d'Hoogstraeten avaient tenu, le 3 octobre, à Termonde, une conférence secrète où il avait été question de lui résister, s'il venait avec une armée aux Pays-Bas Q. Toutes ces nouvelles causaient de grands soucis à Philippe IL On remarqua, après qu'il fut revenu à Madrid, que, contre son habitude, il ne se laissait point voir en public, et qu'il s'abstenait même d'aller à la chapelle du palais , pour entendre la messe. Les placets qu'on avait coutume de lui présenter, lorsqu'il s'y rendait, il les faisait recevoir par ses aides de chambre, et remettre directement, sans les lire, aux secrétaires qu'ils concernaient Ç).
(') Lettre française du 27 septembre (inédite).
(*) Lettre du 15 octobre, dans la Correspondance de Philippe II, etc., t. I, p. 473.
(') Ibid.
(*) » Le roy catholique n'a pas tous les contentements qu'il désireroit : car, en neuf jours qu'il a esté en cesie ville, ne s'est point laissé