CHAPITRE XF
Berghes, Montigny, Tisnacq, Hopperiis et tous les Belges qui se trouvaient à Ségovie , étaient consternés ('). Ils prévoyaient les maux qu'attireraient sur leur pairie les désordres dont elle venait d'être le théâtre, car ils ne doutaient point que tôt ou tard le roi ne se vengeât des offenses qui y avaient été faites à son autorité et à la religion Q. Leur situation était pleine de désagréments et d'embarras, au milieu d'une population ouvertement hostile à leur pays ; ils n'osaient presque plus se montrer en public (*).
(') Leurs correspondances montreut les sentiments qu'ils en éprouvaient.
« Madame, j'ay entendu, à mon très-grand regret. Testât présent des affaires de par delà, et les désordres et insolences qui s'y font, que j'ay grandement resentu, comme je doibz, estant vassal et serviteur de S. M. et pour estre de la patrie; et n'euisse jamais pensé que les choses fussent venues si avant et que ce peuple se fût tant dismandé. ..» (Lettre de .Montigny a la duchesse de Parme, du 19 septembre, dans la Correspondance de Philippe II, etc., t. I, p. 463.)
<^.... Quod autem hic repetam, quo paclo lamentabilis ille status rerum nostrarum nos hic omnes aSlixerit ac consternant, nihil puto esse opus. » (Lettre d'Hopperus a Viglius, du 4 octobre, dans Joach. Hopperi Epistolae, p. 103.)
« Je ne sçauroye présentement que répondre sur voz lettres du xix'= du passé, saulf de déclarer l'extrême regret que avons eu tous joinctement des choses si schandaleuses et ignominieuses que sont advenues par delà, à si notable déshonneur et mespris de toute la nation.. . » (Lettre de Tisnacq à Viglius, du 24 septembre.)
« Son las desvergûenças taies que no pudieran ser mayores, y tan énormes scandales, que S. M. tiene muy grande razon de sentirsey estar indignado de ello... No crée que ay genero de insoleucia ni de desacato à Dios y al rey que no se aya cometido.... » (Lettre d'Alonso de Laloo, du 20 septembre.)
(^) » .... S. M. tarde 6 temprano no podrâ dexar de vengarse de tan gran desacato.... » (Lettre d'Alonso de Laloo au comte de Homes, du 26 septembre, dans Montigny's leven en doocl, Bylage, p. 33.)
(^) » .... Las nuevas que an venido an alborotado en tanta manera que
La fièvre quitta Philippe II le do septembre. Il put. quelques jours après, recevoir le seigneur de Saint- Sulpice , que Charles IX et Catherine de Médicis venaient de lui envoyer pour le féliciter sur la naissance de l'infante Isabel Clara Eugenia ; le lendemain il alla à la chasse. Au moment qu'il se croyait tout à fait rétabli, il eut de nouveaux accès (') dont il ne fut définitivement délivré qu'au commencement d'octobre (-).
Durant sa maladie, il n'avait pas laissé de prendre, chaque jour, connaissance des affaires (^). Le 11 septembre, il fit expédier une cédule à toutes les églises cathédrales de ses royaumes dEspagne, afin qu'il fût rendu grâces à Dieu de l'heureuse délivrance de la reine, et prié pour la santé des membres de la famille royale ainsi que pour la conversion des hérétiques : il n'y était pas dit de quels hérétiques il s'agissait, mais personne ne se méprit à cet égard : il était évi-
los quo somos de alla no osamos parecer entre génies.... » (Lettre d'Alonso de Laloo, du 20 septembre.)
(') Le 24 septembre.
(-) Lettres d'Alonso, de Laloo au comle de Hornes, des 20, 26 septembre et 4 octobre. — Lettres de Fourquevaulx à Charles IX et à Catherine de .Médicis, des 17 et 27 septembre. — Lettres de Tisnacq à Viglius, des 24 septembre et 4 octobre.
(') « .... Hoc, ut puto, dignum est relatu, quod in hac ipsa adversa valetudine, nullum diem praeterire Sua Majestas passa est, quo non his de rébus vel in consilio tractari, vel ad se referri jusserit. » (Lettre d'Hopperus à Viglius, du 4 octobre, dans Joach. Hopperi Epistolae, p. 103.)
Ces informations confirment ce que rapporte Cabrera, liv. VII, cbap. VI : « En este tienpo enfermô el rey catôiico de calenlura terciana <> en el bosque de Segobia.... Nunca dexô los negocios, viendo i exa- « mioando con gran ciridado todas las cartas de la duquesa i otros 0 papeles importantes sobre la materia... »