‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 107 sur 156 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le pape n'insista plus. Le meilleur accord régnait entre les deux cours. Pie Y. à la prière de Philippe II, avait depuis peu envoyé le chapeau de cardinal au président d'Espinosa: Philippe, de son côté, en ajoutant l'évéchc de Sigûenza à toutes les dignités dont Espinosa était revêtu, avait réservé, sur les revenus de cette église, une pension de 3,000 ducats en faveur du cardinal Alessandrino (').

Le duc d'Albe reçut , le 9 février, à Bruxelles (■) . les dépêches qui l'informaient de l'arrestation du prince des Asturies. Le lendemain, en séance du conseil d'État, il fit faire lecture de la lettre française du roi, quil commenta en quelques paroles, disant que depuis longtemps le roi avait prévu qu'il en devrait venir là avec son fils (^). Selon l'avis du conseil , copie de cette lettre fut adressée aux chevaliers de la Toison d'or, aux gouverneurs et aux cours supérieures de justice des Pays-Bas. Le lieutenant de Philippe II , dans la circulaire par laquelle il la leur transmit, ajoutait : « Et combien que j'ay entendu le c( contenu avec extrême regret, si ne faut-il doubler « que ce que en cecy a faict Sa Majesté ne soit esté « sinon pour bonnes , justes et légitimes occasions ,

mêler muy adelante en ellos, y eu f>to àntes yo holgué de atajar la plàtica.... » (Lettre de Zi'ir.iga à Philippe II, du 23 juin 1068 : Arch. de Simancas, Estado. leg. 906 )

(') Lettre de l'arcbevèque de Rossano au cardinal Alessandrino, du -1" mai 1b6S, déjà citée.

(*) Billet du secrélaire d'Etat Couitewiile au président Viglius, du 9 février. (Arch. du royaume.)

(^) Note du secrétaire d'État Berty, qui assistait à la séance. {Ibicl.)

et que tout tend au service de Dieu et de Sadicte Majesté : n'ayant peu délaisser vous en advertir par l'envoy de ladicte copie, affîn d'estre préadvisés et ( sçavoir obvyer à tout ce que l'on vouldroil publier c en cecy, au contraire da la bonne intention de Sa Majesté ('). »

Les motifs que la lettre du roi donnait de la séquestration de don Carlos trouvèrent peu de créance parmi le public belge (-). Avec le courrier expédié au duc d'Albe un courrier des marchands était venu d'Espagne, et les lettres que celui-ci apportait, échos de la rumeur publique , parlaient du dessein . conçu par le prince, de détrôner son père, et même de le faire mourir, pour régner à sa place Q. Cette version fut accueillie avec avidité dans un pays où le gouvernement du duc d'Albe avait rendu odieux le nom et la personne de Philippe IL Un autre bruit assez accrédité voulait que l'attachement du prince

{*) Circulaire du 13 février 1568. fArch. du royaume.) (^) « .... Ercoires que l'on eust faict entendre aux consauix et villes que Sa Majesté ne seroit venueà ces termes pour offense ou coulpe commise contre sa personne, ni pour chose de semblable espèce et qualité.... néantmoius l'interprétation fut oultre es discours populaires. « {Histoire inédite des troubles des Pai/s-Bas, par Re.nox de France, président du grand conseil de Malines.)

(') << Di Spagna vennero ultimamente doi correri, l'uno al ducca, l'allro a mercanli.... La causa di una tanta risoliitione non viene scritla a mercanli bene chiara, pnrlandosi variamenle e per congietture, diccndosi che havia disegnnto di fare amazzare don Gio. d'Austria et deponere il re, con tenerlo prigione, per havere lui il governo. Altri II danno maegiore censo, cioè che il disegno era di fare morire esso padre... •■ (Avis secrets envoyés d'Anvers nu gouvernement anglais, le 1o février 1.^68 : State papcr Office, papiers de Flandre.)

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