‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 114 sur 156 · CHAPITRE XV. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. S

11 persista donc dans la résolution d'envoyer l'arehiduc Charles en Espagne. Ce prince se mit en roule le 2!2 octobre, et arriva à Madrid le 10 décembre (') ; on ne voyageait pas vite en ce temps-là. Pendant qu'il était en chemin, l'empereur apprit la mort de la reine Elisabeth de Valois (-). La conclusion définitive du mariage de la princesse Anne avec Charles IX, et de la princesse Elisabeth avec don Sébastien, formait le point principal des instructions de l'archiduc ; Maximilien le chargea, dès ce moment, d'offrir au roi Philippe, pour lui-même, la main de l'aînée de ses filles Q. Rien ne s'accordant plus avec les désirs propres du roi Q,

{') Correspondance de Philippe II, etc., t. II, pp. 45, C6.

(*) Elle était morte le 3 octobre.

(^) Correspondance de Philippe II, etc., t. II, p. 68.

(*) Catherine de Médicis avait à peine été informée de la mort de sa fille qu'elle avait songé à offrir au roi d'Espagne son autre fille, la princesse Marguerite. Voici ce qu'elle écrivait, le 15 novembre, à l'ambassadeur Fourquevaulx, après lui avoir dit que, toute sa vie, elle ressentirait la perte de la reine Elisabeth : « Encore que je désire, comme mère, de u voir, s'il est possible, sa sœur au mesme lieu, si est-ce que cela ne « m'ostera la douleur que j'en ressens : mais, estant mère et obligée au « roy leur père comme je suis, je doibs chercher, non pour mon récon- " fort (car à tant de maux que j'ay la mort est le plus beau que je sçau- « rois avoir), mais pour le bien de ce royaume à qui j'ay tant d'obliga- <■ lions, et la conservation de la paix entre ces deux roys, tous les moyens u pour essayer d'y parvenir. » Le 23 novembre, elle revenait sur ce sujet : « Monsieur de Fourquevaulx, — lui disait-elle — vostre opinion <• est bonne de dire qu'encore que le roy d'Espaigne veuille ma fiile, qu'il '" nous vouldra le faire trouver bon. Je ne me soucie de toutes leurs « mines, pourveu que je fausse asseurée qu'il l'espousâtet ne nous tînt, X comme l'on dit, longtemps le bec en l'eau. Je vous prie y user des « meilleurs moyens, et si dextrement qu'on ne puisse appercevoir que " rien ne vienne de nostre commandement : car les filles, faut que soint '. demandées par les hommes, et non les aller offrir, et principalement « de tel lieu. Mais vous pourrez soubs main traiter cecv avec des servi-

l'archiduc réussit aisément dans cette négociation . tandis qu'il échoua dans celle qui avait pour but de faire cesser l'oppression sous laquelle les Pays-Bas gémissaient ('). Et ce fut ainsi (bizarre eiTel des caprices du sort!) que Philippe devint, pour la deuxième fois, le mari d'une femme qui avait été destinée à son fils.

« leurs en qui il se fie, et surtout vous faudroit tascber de gaigner l'un « ou l'autre de ces trois: le cardinal (d'Espinosa), le prince d'Evoli ou le " confesseur.... » Les intrigues de Catherine n'eurent pas de succès : les ministres de Philippe II avaient déjà exprimé unanimement l'avis qu'il donnât la préférence à une fille de l'empereur sur la sœur du roi de France, " parce qu'il paraissait que ces filles du roi Henri tardaient « beaucoup à avoir des enfants » {perché pare che qiieste figliole del re Enrico tardino molli anni a far proie). C'est l'archevêque de Rossano qui nous apprend cette particularité dans une lettre écrite au secrétaire d'État de Pie V, le 19 novembre (MS. X 472 de la Bibliothèque de Madrid, p. 944).

(') Correspondance de Philippe H, etc., l. II, p. 68.

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