CHAPITRE XV. o
« suivail-il — en communiquer si parliculièrement « à Vos Altesses et leur ouvrir mon cœur, afin de « salisfairc à ce qu'exige noire élroile parenté; avec (c aucun autre je n'ai à m'expliquer de la sorte dans u une affaire d'une telle nature et de père à fils. » 11 assurait au surplus l'impératrice qu'on avait et qu'on aurait de la santé, du service et du traitement du prince tout le soin convenable, sous le rapport du corps aussi bien que sous celui de lame (').
On aura remarqué que la lettre de Philippe II à l'empereur Maximilien, postérieure de dix jours à celle qu'il avait écrite au pape, est au fond de la même teneur, mais qu'il y fait connaître d'une manière bien plus positive ses intentions à l'égard de son fils.
Ce fut le 21 juin que les lettres du roi Philippe parvinrent à Vienne; l'empereur et l'impératrice les attendaient avec une impalimee extrême ('). Chantonay s'empressa de délivrer à l'empereur celle qui lui était destinée: ]\!aximilien s'en montra médiocrement satisfait ('). La réclusion de don Carlos lui
(M « .... Selo he qnerido comunicar fan en particulnr y abrirles mi pecho, por .«atiifacer à VV. AA. como lo requière nitesfra hermandad, quecon ninguno oiro yo no tengopara declararme, siendonegocio de tal qiialidad y de padre à hijo, de cuya saliid, .«ervicioy buen Irulamiento se liene y lernii siempre el ciiydado que es rozon y Y. A. me avferle, asî de lo del cuerpo como principalmenle de la del aima.... •> (Lettre du -19 mai 1S68.)
(*) « ... El emperador y la emperatriz estân con grandissime deseo esperando la venida del correo.... » (Lettre de Chantonay à Philippe H, du 12 juin lb68 : Arch. de Simancas, Estado, leg. 6b8.)
(') Il est intéressant de constater les impressions de la cour de Vienne il cetle éi)0(iue. L'envoyé de Savoie éciivait à son mailrc, le 2i juin ;
572 DON CAIU.OS ET PIlIMPPt: II.
tenait au cœur, tant pour raffoclion qu'il portait à ce prince, que par rapport aux changements qu'elle allait amener dans les affaires publiques. Il dit. à plusieurs reprises, à Chantonay que, si la situation de rAllemagne le lui permettait, jamais de sa vie il n'eût fait rien aussi volontiers que de prendre la poste et d'aller trouver le roi son beau-frère, alin d'en conférer avec lui. Il revenait là-dessus chaque fois que Chantonay ou Yencgas lui parlait du mariage de la princesse Anne avec le roi de France : il accui illait froidement les ouvertures qui lui étaient faites en vue de ce mariage, voulant par là témoigner les sentiments qu'il conservait au prince dEspagne, et faire voir qu'il ne donnerait sa fille à un autre que de mauvaise grâce et en quelque sorte par force, pour ne pas déplaire au roi catholique (').
Les ambassadeurs espagnols ne cessaient cependant d'insister alin d'avoir de lui une réponse formelle. Le comli; de Fiesque, qui représentait Charles IX à Vienne, y travaillait de son côté; mais Maximilien ne pouvait se résoudre à renoncer à nn:^ union qu'il avait tant désirée. Enlin il déclara à Chantonay qii il allait faire partir quelqu'un pour Madrid, qui traile-
<> Ê giunto finalmenle un îillro corrierc di Spagna, il qiialc, perqunnlo « s'intcnde, par rhe lundem babbi portuto miove délia causa délia » detenlione del principe, la qiiale dicoiio che sarà perpeîua, cl dicono (' non esservi altra causa, eccelto che è pazzo de! tutto. et clie mosso da (' pazzia insanabile, ha maccbinato conlro la vita del re suo padic.... « (Arch. de cour et d'Élat, à Turin.)
(') Lellre de Chantonay à Philippe \\, du 10 juillet I0O8. dans la Cokxàon (le documados incdilos, etc., t. XXVII, p. 25.
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rail en dclail avec le roi de lafîaire du prince et de plusieurs autres; qu'il espérait en Dieu que le tout s'arrangerait: qu'il ferait au roi des ouvertures telles que son beau-frère ne saurait avec raison les rejeter; qu'il était obligé d'agir ainsi par sa parenlé avec le prince et rattachement qu'il lui avait voué ('). Chantonay ne négligea rien pour le faire changer davis : il se prévalut des instructions que lui et Yenegas avaient reçues; il allégua le refus essuyé par la reine douairière de Portugal , qui avait voulu se rendre elle-même en Castille ('); il dit que Dieu savait à quel point tous les Espagnols souhaitaient lélargissrment du prince, mais que, si d'importantes raisons commandaient de le remettre à une autre époque, l'envoi, par l'empereur, d'une personne expresse, en opposition à la volonté du roi , aurait peut-être un résultat tout différent de celui qu'il désirait : en elïet, au cas que l'intercession de Sa Majesté Impériale ne fût point accueillie, le roi se verrait en certaine manière empêché de faire de lui-même, plus tard, ce qu'il aurait refusé de faire maintenant. Chantonay dit encore qu'il paraîtrait étrange à fout le monde que
(') « . .. Que estaba delerminado de enviar una persona que muy à la larga pudiese tralar con V. M. sobre lo del principe y olros particulares ; y esperaba en Dios que para lodo se hallaria medio y aberlura, y que S. M I. abriria caminos porlos cuales V. M. con mucha razon liuhiese de mudar su determinacion ; y cn6n no podria dejur de hacer lo que le obligaba el deudo y amor que licne con el principe, y csto habia de pasar adelanle an todo caso ... » (Lellre de Chantonay à Phili[ipe II, du 28 juillet : Arcli. de Simanras, /r^/a./o, leg. GoS.)
oT't DON CAHLOS ET PHILIPPE II.
rempcreur eùl eu si peu de crédit auprès de son beau-frère ('). Ces raisons ne convainquirent pas Maximilien. Il y répliqua en souriant, et en se montrant plein de confiance dans le succès des négocialions qu'il allait entamer ( ).
C'était sur son propre frère, l'archiduc Charles, que l'empereur avait jeté les yeux pour l'ambassade (luil voulait envoyer à Madrid ^ il ne pouvait montrer d'une façon plus significative l'importance qu'il y attachait. 11 donna avis de sa détermination au roi Philippe par la lettre autographe suivante :
<( Sire, la lettre de Votre Altesse que ma apportée ce courrier m'a fait éprouver la même satisfaction que je ressens ordinairement de toutes les siennes. Je n'ai pu cependant me décider qu'aujourd'hui sur la réponse que j'y donnerais : car, considérant quelques raisons qui ont mû Votre Altesse dans la détermination qu'elle a prise à l'égard de son fils, et l'intention qu'elle paraît avoir de ne pas s'arrêter là, et la peine
(') « Yo le dije que S. M sabia lo que sobre eslo V. M. nos habia nian- (lado, y queacâ se habia escrito que la reyna de Portugal habia querido ir à Gaslilia, para entender bien lo que pasaba en cslo del recogimienlo del principe mi seiïor. y que esto se habia desviado, no obstanio que es abuela ; que el alargamiento de S. A. sabia Dios cuanto era deseado por todos los vasallos, nias si por cierlos respectos V. M. lo queria dilerir por algun liempo, era de lemer que de enviar el emperador persona expresa agora, contra la voluntad de V. M., era poner la cosa en tal estremo que, no acabandosecon aquella intercession, quedaba V. M. en cierta manera atado à no poderlo con el tiempo hacer de suyo ; y lambien paresceria estrano à todo e! mundo que S. M. hubiese podido tanipoco con V. M » (Lettre de Chantonay du 2S juillet.)
{^) .... Respondiô siempre sonriendo, y mostrando esperanza cierta del b'.ien sucesodesu determinacion.... {Ibid.)
CFIAPITRli XV. 57o
qu'il semble que eela doive lui causer, jVn ai eu tant (le chagrin que, je l'assure à Votre Alt( sse, je voudrais me mettre à l'instant même en chemin pour aller la voir, et m'en entretenir longuement avec elle. Malheureusement les occupations que j'ai, et le mauvais état où sont toutes les affaires d'ici, ne me permettent pas de m'éloigner sans de notables inconvénients ; ma présence à Vienne est d'ailleurs nécessaire pour les affaires des Pays-Bas, dans lesquelles, comme dans toutes, je dcsh'c être utile à Votre Altesse J'ai en conséquence résolu de lui envoyer, en mon nom, mon frère Charles, qui est ma chair et mon sang, et qui, quoique jeune ('), s'acquittera bien de ce dont je le chargerai. Il m'a paru que je ne pouvais faire moins pour remplir mes obligations envers Votre Altesse et envers moi-même. Je n'occasionnerai aucun déplaisir à Votre Altesse, car mon but n'est que de la servir; c'est pourquoi jai persisté dans mon dessein malgré les objections pressantes de Chantonay et de Luis Venegas. Comme mon frère partira sous peu de jours, je m'en remets à ce que j'écrirai par lui touchant les mariages de France et de Portugal, suppliant Votre Altesse de s'employer afin que l'un et l'autre se suspendent jusqu'alors.... De Vienne, le 27 juillet.
« Bon frère de Votre Altesse, « Maximilien (-). »
(') Il avait alors vingt-huil ans, élant né en 1340. (*) Cette lettre, écrite en espagnol, est dans la Coleccion de docu^ mcntos inédilos, cic, t. XXVll, p. .3(5.
o7(J DON CARLOS KT PHILIPPE If.
Le départ de rarchiduc ne put s'cfîocluer aussilôt (|uc l'annonçait celle lettre. 11 était enfin fi\é au 4 septembre : quelques jours auparavant, on reçut à Vienne la nouvelle de la mort de don Carlos ('). Cet événement dérangeait les combinaisons de la cour impériale: mais il ne lui faisait que plus sentir l'importance de se concerter avec le roi d'Espagne ])our l'établissement des arcliiduchesses Anne et Elisabeth. Maximilien, d'ailleurs, avait d'autres et de très-graves questions à discuter avec son beau-frère. L'Allemagne entière était révoltée contre les actes arbitraires et les exécutions sanglantes dont le duc d'Albe donnait le spectacle dans les Pays-Bas : les électeurs venaient de se réunir et de réclamer l'intervention de l'empereur, connue chef de la nation germanique, en faveur de ces malheureuses provinces:^ ils avaient misa sa disposition leurs fortunes, leurs vies, prêts à tout sacrifier pour la délivrance d'un pays aux intérêts duquel les liaient une commune origine et les transactions diplomatiques qui l'avaient incorporé à l'Empire (-). Sous peine de perdre toute popularité en Allemagne, il fallait que Maximilien donnât suite à ces remontrances.
(M « . .. Alli i" di questo doveva purlire per Spagua l'arciduca Carlo : ])er6 si è rilardata la partila, et foise andeià niilla, per la miova, chc porto Taltro hieri solaniente un coiriere, délia moile del principe di Spagna, la quale è slala inDnitamente senlila et piauta da molli, ma sopratlutlo'dair imperalrice. Sua Maeslà si è subi:o ritirala due k-gho discoi-lo dd quivi, dove dicesi cbe slarà tie giorni.... » (Lettre de l'envoyé de Savoie au duc Emmanuel-Philibert, écrite de Vienne, le 2 septembre 1368, aux Archives de cour et d'État, h Turin)
(*) Correspondance (le Philippe ti sur 1rs affaires ries Pays-Bas, I. Il, p. 38.