CHAPITRE XVI
gardât le silence sur ce sujet avec toute autre personne ('). Dans le moment même où don Carlos annonçait, par sa conduite, un retour à de meilleurs sentiments et à des idées plus raisonnables, le roi acheva de licencier sa maison, et donna le reste de ses chevaux. Don Juan d'Autriche et les deux archiducs Rodolphe et Ernest eurent part à la distribution de ceux-ci (-). Leonardo de iVobili, dans une de ses dépêches à Cômede Médicis, raconte que don Carlos se faisait lire les ordonnances et les lois d'Espagne, à rinlelligence desquelles il s'appliquait avec ardeur ; il ajoute que don Carlos écrivait beaucoup de sa main, mais qu'il déchirait aussitôt ce qu'il avait écrit (^). C'était dans les jours qui suivirent ceux où, grâce à la religion, quelque calme, quelque consolation était entré dans l'àme du malheureux prince : il semblait résigné alors à attendre patiemment ce qui serait décidé de son
(') Lettre du i3 mai 4568. (Arch. de Simancas, Estaclo, leg. 906.) (*) Fourquevaulx écrivait, le 6 aviii, que le roi « estoit après pour n casser et rompre à plat toute la maison du prince. » — Cavalli, le 43 avril : « Si fini ultimamente di licentiar tutti li creati et famiglia del « principe; et li suoi cavalli, parte sono stati posti nella stalla del re, • et alcuni donati alli principi di Bohemia et a don Gioanue, et ne sono « tochi ancor doi belli a quel d'Urbino. » — Tisnacq, le 2f avril : a S. M. entent licencier aussy toute la reste de sa maison, et se sont « distribuez les chevaulx qu'il avoit en son escuyerye. » — Enfin Marcantonio Sauli, le 30 avril : « A tutti pare mal segno per lui, se sarà " licentiata tutta la sua famiglia, corne si dice, et l'haver S. M. donati « quasi tutti i cavalli del detto principe, et il resto ritirato nella sua « stalla propria. »
{») « ....Hadomandatoche gli sianoletti gli statutieleleggidi Spagna, ne' quali spende molto studio. Scrive assai di sua mano, e subilo scritlo slraccia. » (Lettre du 8 juin 1.568.)
sort. Mais cette patience , cette résignation , fut de courte durée. Don Carlos voyait sa détention se prolonger, sans que rien lui fit concevoir l'espérance qu'elle dût avoir un terme : les pressentiments sinistres qu'il avait eus dès le principe renaissaient avec plus de force en son esprit. Sa situation lui apparaissant dans tout ce qu'elle avait d'humiliant et d'affreux, il en revint à l'idée de se détruire , n'importe par quels moyens qui seraient en son pouvoir. Il avait essayé de mourir d'inanition: la nature avait trahi sa volonté : il pensa qu'il atteindrait mieux son but en mangeant avec excès, et, comme cela était plus conforme à ses penchants, il y réussit (').
Dans la relation , que Philippe II envoya à ses royaumes et aux cours étrangères, de la maladie et de la mort de son fils, elles sont attribuées aux causes suivantes : sous prétexte de la chaleur de l'été, le prince allait continuellement, presque nu et sans chaussure, dans la pièce où il habitait, après qu'elle avait été fortement arrosée; il dormait quelquefois la fenêtre ouverte et n'ayant rien sur le corps ; il buvait, le matin à jeun et la nuit, de grandes quantités d'eau glacée; souvent même, il mettait de la glace dans son lit ; il mangeait avec excès des fruits et d'autres choses pernicieuses à sa santé ; enfin, peu-
{') o .... Non rjuscendo questo (la tentative de don Carlos de s'empoisonner en avalant un diamant), entrô in humor di morir con mangiar mollo : questa essendo strada più facile et propria, seconde la inclination délia sua natura, li è riuscita.... » (Lettre de Cavalli, du 24 juillet 1b68.)