CHAPITRE XVI. W
(îant onze jours consécutifs, il n'avait voulu prendre que de l'eau froide, sans aucune espèce d'aliments ('). M. de Castro s'est attaché à expliquer la consommation immodérée que, selon les récits officiels, don Carlos faisait d'eau glacée et de glace. II cite des autorités médicales du xvi^ siècle qui recommandaient l'usage de l'eau glacée aux personnes de complexion colérique et à celles qui soufTraient de fièvres chaudes ou d'inflammations ; il s'appuie aussi sur ce passage d'un livre publié, un an à peine après la mort de don Carlos, par un professeur de la faculté de Séville : « L'usage de la glace s'est tant répandu, que nous « nous en servons non-seulement pour rafraîchir les « boissons, mais encore pour refroidir nos draps de « lit. Je ne vois pas d'inconvénient, l'été, quand les « chaleurs occasionnent de grandes transpirations, à « promener dans le lit une bassinoire avec un mor- « ceau de glace, vu que, préparé de la sorte, le lit « procure un sommeil paisible (-). »
(') Relacion de la enfermeclad y fallescimiento del principe nuestro senor, etc., dans la Coleccion de documentos inédilos, etc., t. XXVII, p 38. — Lettre du secrétaire d'État Erasso, du 28 juillet 1568, aux corrégidors et aux audiences royales, dans V Appendice C.
(*) « Ha crecido tanto el uso de la nieve que no solo en la bevida usâmes délia, mas aun para enfriar las sâbauas ; ni ternia por inconveniente, en tiempo de estio, quando las grandes calores resuelven la gente con mucho sudor, que se dé una vuelta â la cama con un calentador, el quai tenga un pedazo de nieve, porque de prepararse de aquesta manera à la cama se sigue que su dueîîo duerma placidamente. » Ce passage est extrait d'un Traclado de la nieve y del itso délia, par Fhanciscjj Franco, imprimé à Séville, chezAIonsode la Barrera, en 1309. Voy. Historiade los protestâmes espanoles, p. 3 10.
Il nous serait aisé d'ajouter aux autorités qu'invoque M. de (Castro; nous pourrions, de plus, à l'aide des comptes qui sont conservés aux Archives de Simancas et de la correspondance du baron deDielrichsiein avec l'empereur Maximilien II, prouver que, longtemps avant sa réclusion, don Carlos avait l'habitude de consommer des quantités considérables de neige ('). Mais cette démonstration ne nous parait pas nécessaire, car personne n'est sans doute disposé à admettre, comme l'expression de la vérité pure, la relation émanée de la chancellerie de Philippe II. Ce roi, on ne l'a pas oublié, avait pris des précautions inouïes afin que rien ne transpirât de ce qui se passerait dans la prison de son fils : les gardiens de don Carlos étaient avertis que la moindre indiscrétion les exposerait à encourir la disgrâce du maître . et môme à être traités en criminels de lèse-majesté. Philippe était ainsi , ou du moins il pensait l'être , bien assuré que les récils qu'il lui plairait de divulguer de la maladie et de la mort du prince ne trouveraient pas de contradicteur : or, il avait trop d'intérêt à ce qu'on
(') Dans les listes jointes à une cédule de Philippe II, du 14 mai 4564, qui oriiODiie le pyyemeutdes dépenses de la maison de don Carlos pour k's quiilre premiers mois de cette année, on lit : « A Rodrigo Alonso n (sommelier), porla nieve que se trnjo para servicio de Su Alleza, desde " principio de henero hasta 21 de marzo, 6,086 maravedis. » [Contculurias générales, 1» época, leg. 1031.) — DietricLstein écrit, le 22 octolire 1o65, à l'empereur : « Le prince ne boit que de l'eau ; mais il veut <■ qu'elle soit passée à travers la neige et refroidie dans la neige, et >• encore la Irouve-f-il à peine assez froide » : Trivkt nur tvasser, das vnies mon ime durchden scfine seihen ttml in sclme kinielen ; isf imr fh'noh krnimb kalt geniteg. [Qucllen, eic , p. l.jO.)