‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 125 sur 156 · CHAPITRE XVr. 60f · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVr. 60f

crùl aux excès et aux désordres de son fils, pour ne point les exagérer, s'il ne les inventait pas. 11 atteignait par là un double but : il donnait une couleur naturelle à la fin prématurée du jeune prince, et il justifiait sa détention.

Ce n'est pas que nous prétendions que don Carlos n'ait fait aucune extravagance. Dans la position horrible où il se voyait réduit, le désespoir aurait égaré une raison plus forte que la sienne. Deux mois environ avant sa dernière maladie, l'ambassadeur de Venise, causant avec une personne du palais de qui il recevait habituellement des confidences, lui exprimait l'espoir que les souffrances de ce prince le rendraient plus avisé et plus sage à l'avenir : « S'il ne perd pas la « cervelle, — lui répondit son interlocuteur — ce « sera un signe qu'il l'avait perdue déjà ('). »

l\!ême en tenant pour vraies toutes les extravagances attribuées à don Carlos dans la relation officielle, l'histoire n'aurait-elle aucun compte à demander à Philippe II? JXe serait-elle pas en droit de lui adresser tout au moins un reproche, celui de les avoir facilitées, sinon favorisées? Car enfin, par les ordres de qui le plancher de la chambre du prisonnier était-il arrosé incessamment? qui lui procurait l'eau glacée dont il usait avec si peu de mesure, et la glace qu'il

(') « .... Sua Alleza .... ogni giorno divenla più magro. seben mangia molto più di quello che facceva. Et dicendo io a queslo mio confideate che mi narrô tal cose, corne il principe cou quesli travagli potria forse divenlar più avedutto et caulo, anzi, disse lui e in termine, che se non perde il cervello, Farà segno rhe prima l'havea perdulo... « (Lettre de Cavaili, du 7 mai 1568. '

introduisait dans son lit? N'était-ce pas Ruy Goniez. l'ànie damnée du roi (qu'on nous passe cette expression), qui présidait à tous les détails du régime auquel était soumis le petit-fils de Charles-Quint?

Philippe sentit si bien que ce reproche lui serait adressé, qu'il essaya d'y répondre d'avance dans les instructions qui furent transmises à ses ambassadeurs : « Il paraîtra peut-être à quelques-uns, — leur (( écrivit confidentiellement le secrétaire d'Etat Zayas « — qu'on aurait pu et dû remédier aux désordres « du prince, d'abord en le persuadant et le suppliant « de ne pas les commettre, ensuite en ne lui perte mettant pas et en ne lui donnant pas les moyens de « le faire. Mais Votre Seigneurie et tous ceux qui « ont connu le caractère et le naturel de Son Altesse, « ceux surtout qui l'ont pratiquée, en jugeront autre- « ment : car il est certain que, si l'on avait agi ainsi « avec elle, elle se serait livrée à d'autres folies plus « funestes encore à sa vie, et, ce qui est pire, à son « âme. D'ailleurs, selon la complexion du prince, « comme selon lopinion qu'on avait et qu'il avait « lui-même de sa force, on ne devait pas supposer « que les désordres en question auraient eu de telles « conséquences .- et ils ne les auraient pas eues véri- « lablement, si Son Altesse ne se fût refusée à man- « ger, et si elle n'avait persisté dans ce refus pendant « tant de jours que, quand bien même, avant cela, « sa santé eût été excellente, la conservation de son « existence serait devenue impossible : or, on n'au- « rait su faire plus qu'on ne fit pour qu'elle man-

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