CHAPITRE XI
fiance en Ruy Gomez fût sans bornes , était moins disposé encore à le charger d'une telle mission que le comte de Feria. Indépendamment des motifs, puisés dans les sympathies mêmes des Belges pour ce ministre, qui l'en auraient détourné, il avait trop besoin de lui auprès de don Carlos pour l'éloigner de son fils. Cabrera raconte que Berghes et Monligny, voyant infructueux tous leurs efforts, toutes leurs démarches afin d'obtenir que les Belges fussent traités avec équité et douceur , sollicitèrent le prince d'Espagne de se rendre aux Pays-Bas du gré ou sans le consentement de son père : qu'ils s'engagèrent , au nom de leurs compatriotes , à lui obéir et à le servir ; qu'ils lui offrirent même, au cas quil allât dans ces provinces contre la volonté du roi, de prendre les armes en sa faveur ('). Plusieurs raisons nous perlent à ne pas ajouter plus de foi à ce récit qu'à celui de Brantôme sur les ouvertures antérieurement faites par le comte d'Egmont à don Carlos ('). La conduite de Berghes et de Monligny, durant leur mission en Espagne, fut constamment celle de loyaux sujets, de vassaux fidèles à leur souverain , en même temps que de citoyens dévoués à leur patrie. Don Carlos, à la vérité, souhai-
(•) « El marqués de Berghe i mos. de MontiSy proseguian en la prâtica que el conde de Egmont dexôcomençada. Era que el principe, con voiuntad de su padre 6 sin ella, pasase à los Paises Baxos, donde le obedeceriau, servirian...., i si necesario fuese à su defensa, si iba sia beneplacilode su padre, harian armada para conservalle o reduxilieeQ su gracia.... » [Felipe 11, liv. Vil, chap. Il, p. 396.)
Dans un autre endroit de sou histoire (liv. Vil, chap. XXII, p. 470), Cabrera dit que Montigny parla plusieurs fois en secret à don Carlos.
(2) Voy. p. 165.
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tait ardemment d'aller aux Pays-Bas, afin de se soustraire à la tutelle de son père('); il était attentif à loul ce qui se passait dans ces provinces; il recueillait avec avidité les moindres bruits qui en arrivaient ("). Mais on ne connaît aucun fait , il n'a été mis en lumière aucun document qui autorise à croire que ce prince fût désiré des Belges. Les personnages principaux de la nation n'ignoraient point son caractère et ses habitudes : ils savaient combien peu de fonds ils pouvaient faire sur sa capacité Q. Ajoutons que, ni
(') Voy. la lettre de Diestrichstein à Maximilien II, des 2 et 8 janvier -1567, dans Kock, Quellen, etc , p. -177.
(*) Dans une de ses lettres au comte de Homes (du 29 mai), Alonso de Laloo nous apprend que don Carlos, ayant su l'arrivée à .Madrid d'un Espagnol, Pero Lopez, qui revenait des Pays-Bas, le fit immédiatement appeler, afin d'avoir des nouvelles de ce qui s'y passait.
On lit, dans un avis envoyé à Charles IX par Fourquevaulx , le 2 novembre 156G, que le prince (don Carlos) « a exorté les seigneurs « du conseil d'Estat et de guerre, un après aulire, et les a priez de a remoustrer au roy sou père qu'il veuille embrasser vivement les « affaires de Flandres, et postposer toutes choses pour y remédier. »
(S) Viglius écrivait à Grauvelle, le 23 août 1564 : « L'on parle entre a dents de la venue de monseigneur nostre prince, au lieu du roy ; mais 0 je ne le croy ny ne seroit ce que convient ; et si toutefois il vient, l'on « en fera le mieulx que l'on pourra. « A quoi Grauvelle répondait, le 40 septembre : « De la venue de monseigneur nostre prince aux Pays- « Bas, au lieu du roy nostre maistre, il n'y a encores rien de résolu; « et, à vous dire la vérité, je ne pense pas que ce seroit le remède des a affaires, et ce me semble que moins il conviendroit, estant la royne a nostre maistresse enceincte, pour beaucoup de respectz....n(^rc/jjt;es ou Correspondance inédite de la maison d'Orange-Nassau, t. I, pp 292 et 302.) — Nous avons donné, p. 170, note 3, l'extrait d'une lettre du prince d'Orange au comte Louis, son frère, du 2 novembre 1565, sur l'intempérance de don Carlos, et cité aussi, p. 283, note 3, ces quelques mots d'uno lettre d'Alonso de Laloo au comte de Homes, du 29 mai 1566 . « Le prince mène sa vie accoutumée. »