CHAPITRE XI
dans les actes si nombreux de la chancellerie de Philippe II que nous avons parcourus, ni dans les dépêches des ambassadeurs, ni dans les correspondances de Tisnacq. d'Hopperus. de Courtewille. ni enfin dans les lettres toutes confidentielles d'Alonso de Laloo au comte de Hornes et dans les écrits du prince d'Orange, on ne trouve le moindre indice de rapports intimes qui auraient existé entre les deux seigneurs belges et don Carlos (').
Philippe ne donna pas connaissance d'abord à sa sœur du choix qui! avait fait du duc d'Albe^ il ne se dissimulait point que ce choix produirait une impression détestable aux Pays-Bas (-) : il lui manda seulement qu'il avait résolu de se rendre dans ces provinces « si bien accompagné que les mauvais ne pussent se « flatter de mesurer leurs forces avec les siennes (^). »
Celait effectivement tout une armée qui allait être dirigée vers la Flandre. Philippe ordonna à don Garcia de Tolède, son capitaine général de la mer, de
(') Nous sommes obligé de relever ici une méprise échappée à un illustre historien. Prescott [History ofllie reiyn of Phihp the Second) cite un passage de la lettre du docteur Hernan Suarez de Toledo que nous faisons connaître dans le chapitre suivant, comme renfermant une allusion aux rapportsde don Carlos avecBerghes et Montigny ; ce passage est le suivant : « Tambien he Uorado no haber parecido bien que V. A. o hablase àlos procurarJores como dicen que lo hizo, etc. » Ainsi qu'on le verra, Hernan Suarez veut parler de la scène que don Carlos fit aux cortès de Castille. Le terme de procuradores ne permettait point d'équivoque à cet égard.
P) Ce fut seulement par une lettre du 30 décembre qu'il l'en informa. Voy. la Correspondance de Philippe U. etc., t. I, p. cliii.
(') Lettre française du 27 novembre, publiée dans la Correspondance de Marguerite d'Autriche, p. 205.
transporter en Lombardie, où elle attendrait le duc d'Albe, la vieille infanterie espagnole qui occupait les garnisons des royaumes de JVaples, de Sicile, de Sardaigne, et au duc d'Albuquerque. gouverneur de l'État de Milan, de doubler la force de la cavalerie qu'il y avait dans cet État. Le duc d'Albe trouverait ainsi réunis, à son arrivée en Lombardie, huit mille hommes de vieilles troupes espagnoles, auxquels s'ajouteraient trois mille hommes de nouvelle levée qu'il emmènerait avec lui. Il disposerait, de plus, d'un régiment d'infanterie allemande, commandé par le comte Albéric de Lodron, qui était venu en Italie pour le secours de Malte. En approchant des frontières des Pays-Bas, il appellerait à lui les gens de pied et de cheval dont le rassemblement avait été préparé en Allemagne par la duchesse de Parme. Enfin, si ces forces ne sulTisaient pas, il les augmenterait dans la proportion qu'il jugerait nécessaire.
Les princes d'Italie pouvaient concevoir de l'ombrage de la concentration de troupes qui allait avoir lieu dans la Péninsule ;• Philippe leur écrivit pour leur en expliquer le motif, et les assurer de ses dispositions amicales à leur égard. Il fit donner les mêmes assurances aux cantons suisses par le comte Juan de la Anguisola, qu'il chargea de résider auprès d'eux jusqu'après le passage de son armée le long de leurs frontières. Il envoya don Juan de Acufia au duc de Savoie, et don Bernardino de Mendoza au duc de Lorraine, afin que, en traversant leurs États, ses troupes y fussent pourvues de logement, de vivres et