‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 18 sur 156 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

(l'un million d'écus :; le subside du clergé s'élevait annuellement à un tiers environ de cette somme.

millions d'exemplaires que distribuaient, sous l'autorilé d'un commissaire général du roi, des personnes députées ad hoc, lesquelles écrivaient sur chaque exemplaire le nom de celui qui rachetait. Le prix en éiait, par tête, de 2 réaux (environ 60 centimes pour le commun, de 4 réaux pour les gentilshommes [caballeros] , et de 8 réaux pour les seigneurs et les gens titrés.

Nul n'était contraint d'acheter la cruzada, mais il n'y avait, pour ainsi dire, personne qui ne voulût l'avoir, soit pour des motifs de dévotion, soit parce que les confesseurs refusaient d'absoudre ceux qui, ne l'ayant pas, auraient mangé des œufs ou du fromage en temps prohibé.

La cruzada s'accordaitparles papes ordinairement pour (rois années. Le commissaire général, afin d'en tirer plus d'argent, répartissait entre les trois années les grâces spirituelles qui y étaient contenues, de manière à exciter les fidèles à en renouveler, chaque année, l'achat. Elle n'avait de force que pendant le temps précis pour lequel elle était concédée.

Dans le même espace de temps on publiait six peiits jubilés {giubilei minori), obtenus avec la bulle de la cruzada, et qu'on gagnait aussi en payant une certaine somme.

Plus d un abus se commettait à l'occasion de cette bulle. Le roi en affermait ordinairement la vente à des personnes qui recevaient un tantième sur le produit des exemplaires vendus. Afin d'en placer davantage, ces fermiers se faisaient accompagner de prédicateurs dont la spécialité était de prêcher la bulle, et qu'ils gratifiaient de tant de maravédis par exemplaire acheté grâce à leurs prédications. Ceux-ci, eu vue d'un plus grand bénéfice, menaçaient leurs auditeurs des peines les plus terribles, s'ils ne s'empressaient de se procurer la bulle. On faisait ainsi un commerce de la distribution d'une grâce spirituelle.

Instruit de ces abus. Pie V, à son avènement et pendant plusieurs années, se refusa, malgré toutes les soUicilations de Philippe 11, à lui accorder la bulle de la cruzada- Ce fut seulement en 1371, lors de la conclusion de la ligue entre le saint-siége, l'Espagne et la république de Venise contre les Turcs, qu'il revint sur sa détermination à cet égard, et il apporta alors diverses modifications à la manière dont la bulle se publiait et se distribuait.

11 voulut toutefois, en 1067, donner au roi quelque moyen de supporter les grandes dépenses qu'allait lui occasionner le nétablisi^ement

Ce fut dans ces circons lances quarriva à JMadrid Pietro Camajani, évoque d'xVscoli ('), envoyé en ambassade extraordinaire vers Philippe II par le souverain ponlife. Dès l'origine des troubles des Pays-Bas. Pie V avait jugé indispensable la présence du roi dans ces provinces, et. par son nonce ainsi que

de Tordre aux Pays-Bas : il lui concéda le droit de faire payer la dîme, à son profit, par le plus riche de chacune des paroisses de ses royaumes. Cet impôt fut appelé Vexcusado, parce que ceux qui payaient ainsi la dlme au roi étaient dispensés de la payer à TEglise. On en avait évalué le produit annuel à plus d'un million d'écus, mais en réalité il n'en rapporta guère que deux cent cinquante mille.

Le subside du clergé avait été établi sous le pontificat de Pie IV, qui l'avait accordé au roi pour cinq années; Pie V le renouvela pour cinq autres années, aussi en 1371, à l'occasion de la conclusion de la ligue catholique. Il était réparti, par le clergé lui-même, sur ses membres. Le roi, en l'obtenant, s'était obligé a entretenir constamment soixante galères pour servir contre les ennemis de l'Église; mais le produit en était souvent détourné de cette destination.

Lorsqu'en 1571, les deux bulles de Pie V pour la cruzada et le subside du clergé arrivèrent à Madrid, l'évêque de Cuenca, confesseur du roi, alla trouver le nonce et lui dit : « Monsieur le nonce, notre seigneur « Pie V a fait les choses aussi pieusement que nous pouvions le désirer, « et il est arrivé ce que nous autres les Castillans nous disons par « forme de proverbe : que les constipés meurent de la diarrhée " iSi'TÏor nuncio , nuestro senor Pio V lo ha hecho tan piamente como nosotros Jiiisnios deseavamos, y ha dSu Santidad acontecido lo que nos hs Castellanos aqui décimas par refran : que los eslilicos mueren de caméras).

Nous avons emprunté la plupart de ces détails aux relations faites au sénat de Venise, en loG3, par Paolo Tiepolo, e , en 1073, par Leonardô Uonato. La première est dans le t Xlil et la secoiide dans le t. XIV des lielazioni degli a'iibasciatori vencti.

(') Il était d'une noble famille d'Arezzo. Pie V venait tout récemment (le 7 octobre) de le nommer évêque d'Ascoli. Il occupait auparavant le siège de Fiesoli.

Il arriva a Madrid le \" novembre, suivant un avis envoyé par Fourquevaulx à sa cour.

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