CHAPITRE XI. 3G
des autres objets dont elles auraient besoin. Il fournit au premier de ces princes un subside destiné à Tentretien de deux mille soldats italiens qu'il tiendrait sur pied pendant que l'armée espagnole passerait par son pays. Il chargea Francisco d'Ibarra, provéditeur général de ses armées et escadres, de toutes les dépenses de cette expédition, depuis le rassemblement des troupes en Italie jusqu'à leur arrivée aux Pays-Bas (').
Si l'on se rappelle que, Tannée précédente, Philippe avait, avec la plus grande peine, comblé une trèsfaible partie du déficit qu'il y avait dans les finances des Pays-Bas. on se demandera sans doute comment il lui était possible de faire face aux frais d'un armement aussi formidable ("). Quelques explications sur ce point doivent avoir ici leur place. La flotte des Indes arrivée à Séville au mois de septembre avait apporté en or cinq millions et demi de ducats, dont onze cent mille étaient destinés pour le trésor royal et le reste pour les marchands : c'était le tribut le plus fort que l'Espagne eût jamais tiré du nouveau monde. Les règlements des Indes donnaient au roi la faculté de disposer de la part des marchands, à condition de leur en payer l'intérêt ; Philippe II en usa pour les quatre millions quatre cent mille ducats qu'ils avaient cette fois à recevoir f). Il fît. par
(1) Lettre de Philippe II au grand commandeur de Castille, son ambassadeur à Rome, du 26 novembre 1366, dans la Correspondance de Philippe 11, etc., 1. 1, p. 487. — Cabrera, liv. VII, chap. VII, pp. 4l7-4'«8.
(^) La dépense en était évaluée à six ou sept millions d'écus. (Avis de Fourquevaulx à Charles IX, du 9 décembre 1566.)
(') Lettre de Tisnacq à Viglius, du 24 septembre 1366.
rentrennse du Génois IVicolo Grimaldi. un cnipiunl considérable ('). Il donna à un autre Génois, moyennant trois cent cinquante mille éeus, le monopole du débit des cartes à jouer. Il vendit à vie les offices de régidors : ce qui lui valut de grosses sommes. Il comptait sur des dons gratuits de la part des corlès de Castille et d'Aragon qu'il se disposait à convoquer, ainsi que de l'État de Milan ('). Le royaume de Naples venait de lui accorder deux millions f). Enfin il se flattait que le pape, mù par la sollicitude que lui inspirait le rétablissement de la religion catholique dans les Pays-Bas, ne ferait plus de difficulté de lui octroyer la cruzada, avec la continuation des subsides levés sur le clergé {^) : la cruzada rapportait plus
(') Selon la lettre de Fourquevaulx. citée plus bas, il était, d'après les uns, de 800,000, et, d'après d'autres, de 'l,oOO,000 écus.
(*) Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du W septembre 1 366.
(5) Lettre d'Alonso de Laioo, du 20 .-eplembre.
(*) Nous avons déjà parlé, dans le cours de ce livre (pp. 250 et 5.57), des cruzadas et des subsides du clergé. Nous croyons que quelques détails sur ces deux sources du revenu des rois d'Espagne seront lus avec intérêt.
La cruzada é\a\l une bulle que les souverains pontifes accordaient aux monarques espagnols, afin de leur donner Je moyen de faire la guerre aux infidèles. Elle renfermait une multitude de prâoes spirituelles, comme, par exemple, de pouvoir tirer du purgatoire telle ou telle âme, etc. : mais ce qui la faisait spécialement rechercher, c'était la dispense qu'elle contenait afin de pouvoir manger des œufs, du fromage et du laitage les jours de vigiles, pendant le carême et tous les vendredis de Tannée.
Lorsque la bulle avait été reçue en Espagne, elle était portée, sous un baldaquin, au bruit des trompettes et en grande pompe, à l'église cathédrale, et de là à toutes les paroisses du diocèse. Dans chacune de celles-ci, des prédicateurs exhorlaient le peuple à prendre les indulgences qui y étaient spécifiées. A cet effet, la bulle s'imprimait par