‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 22 sur 156 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Depuis longtemps déjà, Berghes et ^Monligny s'étaient convaincus que leur présence en Espagne n'était d'aucune utilité aux intérêts de leur patrie ; plusieurs fois ils avaient supplié le roi de trouver bon qu'ils prissent congé de lui. Berghes avait des raisons particulières et graves d'insister sur cette demande : tandis qu'il se trouvait au château de Valsain, il était tombé malade au point que, pendant plusieurs jours, on avait désespéré de sa vie (') ; il ne s'était rétabli qu'avec peine; sa faiblesse était encore extrême Q; l'air natal, au jugement des médecins, pouvait seul le rendre à la santé. Lui et IMontigny renouvelèrent leurs sollicitations auprès du roi; ils écrivirent à la duchesse de Parme, afin qu'elle intercédât en leur faveur, rappelant à la gouvernante les promesses qui leur avaient été faites, lorsqu'ils avaient consenti à venir en Espagne p. Vaines prières! Réclamations infructueuses Q! Le

(') Voy. la lettre d'Hopperus à Viglius, du 4 octobre 1366, dans Joach. Hopperi Epistolae, p. 104, et celle d'Alonso de Laloo au comte de Bornes, du 20 septembre, ci-dessus citée. — Tisnacq écrivait à Viglius le 24 septenibre : » Monsieur le marquis de Berghes a esté à l'extrême et « jà condamné par les médecins.... »

(*) M Sire, dernièrement que je fus chez le roy ^'ostre frère, le marquis de Berghes et le sieur de Montigny venoient déparier à Sa Majesté pour leur congé, duquel ils eurent bonne espérance.... Ledict marquis ne se peut guères bien remectre en sa première santé, ains chemine avec le baston en la main... » (Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 18 janvier 1^67.)

P) Correspondance de Philippe II, etc , t. I, pp. 498, 304, 513, 518.

(*) La duchesse de Parme, qui, dans ses lettres en français, expédiées par le canal des secrétaires d'État belges, sollicitait le roi de laisser retourner Berghes et Montigny, l'engageait, dans ses lettres confidentielles en italien, à les retenir auprès de sa personne. [Correspondance de Philippe II, etc., t. I, pp. 486, 301.) Le cardinal de Granvelle lui

sort des deux seigneurs belges était décidé dans l'esprit implacable de Philippe II ; ils étaient voués l'un et l'autre à une mort ignominieuse. La Providence voulut toutefois que leur destinée fût différente. Le marquis de Berghes eut le bonheur de succomber à la maladie qui le minait ('), avant le temps où Philippe -Il s'était proposé de jeter le masque; et ce monarque artificieux, qui lui avait permis de retourner aux Pays-Bas après s'être assuré qu'il n'avait plus que quelques heures à vivre, lui fit faire des obsèques solennelles, pour montrer — ce sont ses mêmes paroles — l'estime en laquelle lui et ses ministres tenaient les seigneurs des Pays-Bas (-). Montigny,

donnait le même conseil dans des lettres du 6 décembre 1566 et du 14 mars lo'iT. Mais ni lui ni la duchesse ne songeaient certainement à des mesures violentes contre les deux seigneurs.

(') Dietrichslein, dans une lettre du 26 septembre 1367, où il annonçait à Maximilien 11 rarrestation de Montigny, lui disait que le marquis de Berghes était mort à temps : « Hoc rerum slalii ist der Margraf von u Berges zue rechter Zeit geslorben. » [Quellen, etc., p. 195.)

On lira avec intérêt, croyons-nous, l'extrait suivant d'une lettre que, le 21 mai 1567, l'ambassadeur Fourquevaulx écrivait à Charles IX : « Le povre marquis de Berghes est trespassé ce matin, lequel, à ce qui « m'a esté rapporté, a dict clairement que le roy caiholicque est cause « de sa mort, pour ce qu'il l'a détenu si longtemps par force, et avec « grand détriment de sa réputation, comme s'il fût suspect de sa « lo.yaulté. Il fut si marry de quoy ceste Majesté s'en alla d'icy derniè- « rement, sans luy donner son congé (le roi était parti le 13 pour o i'Escurial), qu'il se coucha au lict, dont il n'est jamais relevé. Et « encore que ledict seigneur roy luy eût envoyé le congé deux jours « après son parlement, toulesfois la passion du marquis fut si grande, • que la licence de s'en aller ne luy a de rien profilé, ains fit response « à celluy qui la luy porloit, que c'esloit trop tard envoyer le remède « au mal. »

(^) Correspondance de Philippe II, etc., t. I, p. 5.36.

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