CHAPITRE XI
plus désagréables, Montigny venait de lui donner un nouveau sujet de suspecter ses sentiments, en s'arrêtant, à Paris, chez les Cliâtillons, ses parents, que Philippe regardait comme des ennemis déclarés de la religion et de l'Espagne; le cardinal de Granvelle, depuis quelque temps déjà, lui avait signalé, en les présentant sous le jour le plus défavorable, les relations fréquentes de Montigny avec cette puissante famille française (').
Mais Philippe — nous l'avons dit déjà — savait dissimuler son ressentiment. Il reçut Montigny ainsi qu'il aurait fait l'un de ses vassaux pour lequel il aurait eu le plus de bienveillance ; leur premier entretien ne dura pas moins de deux heures, et il fut suivi, à. peu de jours d'intervalle, d'une seconde audience tout aussi longue. Philippe se plut à tranquilliser l'envoyé de sa sœur, qui lui exprimait la crainte, où l'on était aux Pays-Bas, qu'il n'eût une opinion désavantageuse de beaucoup de personnes, et même de quelques-uns des principaux seigneurs 5 il l'assura qu'on avait cette idée à tort, qu'il était fort satisfait de tous les seigneurs, dont il n'avait pas oublié les bons et grands services Q. Montigny, qui pourtant ne
(') Lettre du 18 juillet 1363. [Correspondance de Philippe II, elc, ' t. I. p. 359.)
(^) Presque au moment où il donnait ces assurances à Montigny, il écrivait, de sa main, sur une lettre (du 22 juin) par laquelle la duchesse de Parme l'engageait à remercier les seigneurs des bons offices qu'ils avaient faits auprès des états de leurs gouvernements au sujet de la modération des placards, les paroles suivantes, qui découvrent ses véritables sentiments : « Bueno es esto, y dévenla de hqber visto ellos,
n-l DON CARLOS ET PHILIPPE H.
manquait pas de perspicacité, se laissa prendre à ce langage cauteleux, à ces démonstrations fallacieuses : « Je puis asseurer Vostre Altèze — écrivit-il à la « duchesse de Parme — que je trouve à Sa Majesté « toute la bonne affection, amour et volunté, tant vers « nostre pays que vers tous ses subgectz et bons serc( viteurs de delà, que ung prince doibt et peult avoir « en droit ses subgetz : et de ma part, nemesçauroye c. assez louer de la faveur bonne et bénigne audience « qu'il me donne toutes les fois que je la demande ou « luy parle de ses affaires ('). »
Fidèle à ses instructions, Montigny s'était attaché à démontrer au roi l'urgence d'abolir l'inquisition, de sanctionner un projet de modération des placards dont il élait porteur 0,.et d'accorder un pardon général :
<■■ y deven de querer que yo se lo alabe, para moslrar alla qu'es de mi « voluntad : con quepodria ser que hubiesen atraido à algunos estados >■ al parccer que han dado. « Ce qui peut se traduire ainsi : « Cela est " bon ! Ils doivent avoir vu cette lettre, et ils désirent sans doute que >> je les loue de leur conduite, pour montrer là-bas que c'est de ma « volonté qu'a été faite la modération des placards; peut-être même se •• sont-ils servis de ce moyen afin d'obtenir de quelques-uns des états " l'avis que ceux-ci ont donné. « (Arch. de Simancas, Eslaclo, leg. 329.] (') Lettre du 2 août 1366. (Arch. de Simancas, Eslaclo, leg. 533.) (-) L'extrait suivant de l'instruction de Berglies et de Montigny fera connaître l'esprit dans lequel élait conçu ce projet de modération des placards qui, rédige par le conseil privé, sanctionné par le conseil d'État renforcé des chevaliers de la Toison d'or et des gouverneurs des provinces, avait obtenu aussi l'assentiment de la plupart des états provinciaux :
o Pour monstrer l'ordre que l'on a tenu en cesie modération, l'on y a plus prez suyvy le droict escript et la forme par laquelle furent les bons empereurs, du temps de l'Église jjrimitive, ont trouvé moyen d'extirper l'hérésie et donner progrès à la religion clnesdenne, ;»ssa-