CHAPITRE XI
Philippe ne sen montra pas convaincu ; il répondit au député belge que c'était là des choses de grande conséquence ; qu'il voulait y réfléchir mûrement. Sur
voir : par lascher à destruyre leur faulse doctrine, leurs assemblées et conventicles , leurs ministres , empescher l'administration de leurs superstitieulx sacremens, hoster leurs livres, et obvier aux disputes fréquentes dont principalement tout ce mal d'hérésie procède. Par quoy toutes ces choses sont, par ledict concept, deffendues sur paine de la hart contre les autheurs, dogmatiseurs, réceptateurs et tous séducteurs des aultres.
« Laquelle peine de la hart, comme la plus infâme et propre pour séditieulx, larrons et perturbateurs du repoz publicque, a esté choisie, pour ce aussi qu'ilz la redoublent le plus, et que celle du feug plusieurs de telz trompeurs ont cy-devant affecté, pour eslre célébrez au martyrologe de leurs sectes.
a Mais, quand au povre populace séduyct et circonvenu par les ruses et finesses de telz faulx dogmatiseurs et trompeurs, les peines ont esté modérées et la plupart délaissées à l'arbitraige des juges, selon la qualité ou fréquence du débet, affin que cela ne demeure impuny : faisant grâce aux pénitens pour la première fois, et aux perlinaces apposant peine de bannissement perpétuel hors des pays de par deçà, sur la hart, avec les aultres poinctz amplement reprins en la forme de ladicte modération, selon les circonstances aggraviantes ou alléviantes en chascun desdic'ts cas, comme en bonne justice il fault mesurer les peines avec les délictz. »
Le comte d'Egmont écrivait au loi, le 3 mai :
« Madame envoie à V. M. ung concepte de quelque forme de modération des placars, quy semble à beaucoups de bons serviteurs et vasaulx de V. M. quy pouroiet fère pour donner contentement aux bons, et que par-là noLtre religion catholique recevroiet plus de bien que non par ceulx d'à présent, pour n'ettre iceulx observées. Mes si V. M. consenti laditte modération, V. M. donnerat parla ung grandt coup de bâton aux sectères : car ilz seront contrains de sortir le pais, estans iceulx placars modérés et opservés, comme je ne doubte qui seront. Et, quant à moi, V. M. se peult asseurer que je m'y emploiray lors de tout mon povoir, comme je ne doute que feront le mesmes tous les signeurs et gouverneurs ; et davantaige, V. JL asseurat ses pais, lesquelz pour le présent sont en mauvais estât, et non sans danger. .)(.4rch. de Simancas, Estado,\e!:. .^30 )
de nouvelles inslanccs de Montigny, il finit par lui dire qu'il se déciderait au château de Valsain, où il devait aller retrouver la reine ('). Il commanda à Hopperus. arrivé depuis plusieurs semaines à Madrid pour remplacer Charles de Tisnacq dans la charge de garde des sceaux des Pays-Bas , à Tisnacq luimême, au secrétaire d'Etat Josse de Coiirtewille et au secrétaire pour la correspondance allemande Pfinzing d'aller l'attendre à Ségovie. Le 25 juin il partit pour le Pardo ("). 11 rejoignit la reine le 8 juillet Ç).
II avait mandé au château de Valsain les membres de son conseil d'État : le duc d'Albe. le prince d'Eboli, le comte de Feria, le prieur don Antonio de Tolède, don .Juan Manrique, Luis Quijada; il leur ordonna de délibérer, sur les mesures qu'exigeait la situation de ses États de Flandre, avec les trois ministres belges Hopperus, Tisnacq et Courtewille.
Nous avons, dans l'ouvrage d'Hopperus sur les troubles des Pays-Bas Q, un résumé de ces délibélations , mais il ne répond qu'imparfaitement à la curiosité du lecteur : il est diffus et sec ; il ne donne aucune idée des débats qui eurent lieu dans le sein du conseil ; on n'y voit pas les avis qu'exprimèrent individuellement les personnages considérables appelés
(') Lettre (Je Moutigny à la duchesse de Parme, du 29 juin, dans la Correspondance de Philippe II, etc., t. I, p. 42G.
(=) Lettre de Tisnacq à Viglius, du 29 juin.
(') Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 21 juillet.
(*) Recueil et mémorial des troubles des Pays-Bas, part. III, chap. IV.
Cabrera [Felipe Ij, liv. VII, chap. IV, pp. 400 et suiv.) copie, presque mot pour mot, ce chapitre d'Hopperus.