‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 33 sur 156 · CHAPITRE XU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU

qui circulaient sur son compte, il crut qu'il ne lui était pas permis de garder le silence : au risque d'encourir son indignation, il lui adressa une seconde lellre plus forte, plus pathétique que la première ('). S'autorisant d'une maxime de Caton . qui veut qu'on donne des conseils à ceux mêmes qui n'en demandent pas. quand on les aime bien, il lui disait : a Je dois aimer Votre Altesse ; je l'aime comme mon « seigneur naturel, et particulièrement pour la faveur « signalée dont elle a toujours daigné m'honorer. « Par ce motif, je ne cesse de m'inquiéter des soucis « que doit nécessairement avoir Votre Altesse, en « songeant à l'état si périlleux où sont ses affaires, « d'après ce qu'on en rapporte: et je souhaite ardem- « ment qu'elle finisse par comprendre qu'elles ont « empiré au point que moi . qui désirerais tant les <( voir prospérer, je crains qu elles n'aient la pire « issue dont on puisse se faire une idée ('). »

(') Cette lettre, datée du 18 mars ioG7, a été publiée dans El bibliotecario y el trovador espanol, coleccion de documentas interesanles sobre nuestra historia nacional, etc., Madrid, Sancha, 1841, in-fol., t. II, p. 21.

M. DE Castro, qui en a eu connaissance d'après un manuscrit de la bibliothèque nationale de Madrid, lui donne la date du 18 mars 1568 (Historia de los protestantes espafioles, p. 367). Il est évident qu'il se trompe sur cette date, comme sur celle de l'autre lettre de Suarez.

Indépendamment du contenu même de la lettre, qui montre qu'elle se rapporte à l'année 1567 et non à 1568, il y a une remarque décisive qui 5e présente à l'esprit : c'est qu'après Tarrestation de don Carlos, le docteur Suarez se serait gardé de l'écrire ; toute relation du prince avec le dehors fut alors, comme on le verra, rigoureusement interdite par le roi.

p) « Yo debo amar â V. A., y bagolo como à senor mio natiiral, y particutermenle por la merced y parlicular favor que siempre ha sido

Il lui rappelait ensuite que souvent, de bouche et par écriL il lui avait parlé le langage de la vérité; il lui déclarait qu'il était obligé actuellement de le lui faire entendre avec plus de clarté encore, et de manière que peut-êlre il ne pourrait pas le souffrir; mais il prolestait que cette franchise lui était imposée par son zèle pour le service du prince, dont il regardait la perte comme inévitable, s'il ne changeait pas de conduite : « Votre Altesse — continuait-il — a ce commencé de faire quelque chose du plus mauvais « exemple et du plus déplorable effet, en ne se con- « fessant pas. Que peut-il en résulter qui ne soit •( très-fàcheux pour elle^ Votre Altesse doit parfai- « tement concevoir qu'en se faisant l'ennemi de son « père et en lui désobéissant, elle agit mal: que, « en oulre, elle offense Dieu. Et comment veut-elle « ainsi que quelqu'un des plans qu'elle a formés lui « réussisse? C'est ce qui frappe tout le monde : et « Votre Altesse elle-même montre qu'elle en est « frappée autant que personne. 11 y a plus : elle le « reconnaît en ne se confessant point, car, si le cas a ne lui paraissait pas si mauvais qu'il ne souffre ni « confession ni communion, elle ne se tiendrait pas « éloignée de la sainte table ('). )>

servido hacerme ; y ansî siempre tengo cuidado grande del mucho que entiendo que de fuerza ha de faîigar à V. A., teniendo sus négocies en tan peligro?o estado como entiendo que estân; y desco en estremo que eche de ver V. A. que se han empeorado de suerte que à mi, que tanto deseo la mejoria de elles, otro tanto temo ei suceso que pueden tener y que sea el peor que se puede imaginar. »

(') « V. A. ha comenzado cosa de tan mala nota y egemplo romoes no

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