‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 34 sur 156 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Suarcz disait sans détour au prince que le nombre de ses ennemis devenait de jour en jour plus grand, et qu'il n'avait point d'amis : comment pouvait-il en avoir, alors que chacun était instruit de la mésintelligence qui régnait entre lui et son père (') ? « 0 seigneur très-éminent! — poursuivait-il — par « vos pauvres domestiques qui vous ont servi si « longtemps sans récompense ! par ces royaumes « auxquels, à votre naissance, vous avez coûté tant « de larmes ! par le saint fray Diego qui vous a « sauvé miraculeusement la vie! par Dieu lui-même « qui vous la donna, et à qui Votre Altesse doit « d'être appelé à gouverner un jour une si grande H monarchie! votre esclave soussigné supplie très- « humblement Votre Altesse de se convertir à ce « Dieu , de l'invoquer , de se soumettre à sa loi. « Elle remportera ainsi la vraie et la plus belle vic- « toire; elle sera assurée de réussir dans ces alîaires « qui lui causent tant de soucis. En se soumettant à ce la loi de Dieu, Votre Altesse gardera ses comman- « déments, elle honorera son père et lui obéira, elle

confesarse i Y que suceso puede de esto salir que no sea de mali'sima calidad como esello? Y V. A. enliende muy bien que cuanto prétende por via de enemistad y desobediencia coa su padre, es maio y demàs ofensa de Dios i Pues como quiere V. A. que cosa de cuantas def-ea tenga buena salida? Y esto se ve por todos, y V. A. déclara que lo ve rnejor que nadie, y aun lo confiesa en no confesarse, pues si no fuese viendo que es tan malo que no sufre confesion ni comunion, no se habria V. A. apartado de ella. •-

(') « .... V. A. gana cada dia enemigos declarados.... Aficionados no se los veo ni quien tenga ocasion de servirlo, y viéndole enemigo de su padre, nadie lo ha de hacer »

" suivra en tout sa volonté et aura plaisir à la suivre. ■( Et il en résultera que tout se fera selon les désirs « de Votre Altesse ; que Dieu lui-même en favorisera « raccomplissement , comme il le fit toujours pour

« les enfants obéissants à leurs pères (')

Suarez avait souvent demandé au prince sur quoi il se fondait pour espérer qu'en désobéissant au roi et en agissant contre son gré. il parviendrait à ses fins; il le lui demandait encore. De tels moyens, s'il en avait, ne pouvaient qu'être en opposition avec les préceptes de Dieu et contraires à toute bonté ("); s'il n'en avait pas, il fournirait un prétexte à ses ennemis de le taxer de folie et d'incapacité (^). Suarez en venait alors aux acies qui avaient, en dernier lieu, excité l'animadversion publique, au soufilet donné par le prince à don Alonso de Cordoba, à la menace qu'il

(') « Oh senor muy alto ! por sus pobres criados que lanto liempo le han servido sin pieniio ! por estes reyiios que taritas lagrimas le coslô su vida ! por el santo fray DiejiO à quien tanto desea honrar por el milagro de ella, y por el mismo Dios que se la diô, à quien V. A. debe de haberle liecbosucesor de tantamonarquia, suplica humilisimamenteeste su siervo â V. A. se convierta à él, y se llame à él, y se deje vencer de solo él : con que ganarâ la verdadera y mejor Victoria, y cod ella tenerla cierta en eslos négocies que tan cautivo, y con vida de peor, traen â V. A. ; y dejàndose vencer de Dios, guardarâ V. A. sus mandamientos, reverenciarà y obedecerâ à su padre, seguirà en todo su voluntad y gustarà de seguirla ; y seguiràse de ello que todo se haga à la de V. A. y que Dios lo encamine à ella, como siempre lo hizo con los hijos obedientes à sus padres ... »

(-) « .... Aunque teniéndolos, serian tan contra Dios y su ley y toda bondad.... »

(') « .... Pensarlo, no habiendo alguno, es tan de todo punto condenado y ocasionado à que haya atrevimienlo, como para que los enemigos de V. A. le tengan de decir que es locuray falta de capacidad.... »

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avait faite à don Fadriquc Enriquez de le poignarder, aux vingt-trois chevaux qu'il avait accablés de coups et criblés de blessures (') : il ajoutait : u Que Votre « Altesse songe à ce que feront et diront les gens, ce lorsqu'ils apprendront qu'elle ne va pas à confesse, (c et lorsqu'on découvrira, de plus, certaines choses « qui sont terribles (-) au point que le saint-ofTice <( aurait à s'en mêler, s'il s'agissait dune autre « personne , pour savoir si elle est chrétienne ou u non Q. »

Enfin il lui faisait entendre qu'il s'exposait à perdre son état et, ce qui était pire encore, son àme (') ; que lui, Suarez, n'y voyait pas de remède, et qu'il s'en affligeait. Il lui réitérait le conseil de se tourner vers Dieu et vers son père 5 il l'engageait à se mettre en rapport avec des hommes sages et sincères, et particulièrement avec le président du conseil de Castille, qui l'éclaireraient sur la conduite qu'il devait tenir.

Il concluait en le suppliant d'employer à réfléchir sur un sujet aussi grave un peu du temps qu'il con-

(') » Con esto hace V. A. cuanto les paresce que no paresce bieu à las gentes ; y solemnizan los bofetones, y lo de don Fadrique, y el encerrarse V. A. cinco horas y hacer mal â veinte y très caballos y no dejar cosa sana.... «

f) Quelles pouvaient être les choses terribles dont Suarez parle ici ? Toutes nos recherches sur ce point ont été infructueuses.

(') « Vea V. A. que harân y dirân todos, cuando se entienda que no se confiesa, y se bayan descubriendo otras cosas teriibles, que lo son tanto que llegan à que el santo oûrio tubiera mucha entrada con otro, para saber si era crisliano ô no. »

{*) » Finalmeote yo declaro à V. A. que corre peligro dei eslado y, lo que peor es, del aima.... u

sacrait à discourir à sa fantaisie, d'une manière préjudiciable à lui aussi bien qu'aux autres Ç).

Cette épître, non moins hardie que respectueuse, ne dut pas déplaire à don Carlos, puisque, quelque temps après, il signa une cédule où il promettait au docteur Suarez, « son très-grand ami. » dix mille ducats pour le mariage de ses tilles (-). ^lais elle ne le fit modifier en rien ses sentiments non plus que ses actions.

Après la déclaration solennelle que Philippe II avait faite de son intention de se rendre aux Pays-Bas, comment ce voyage pouvait -il encore être mis en question? Bien des gens cependant, en Flandre, à Bome, en Espagne même, persistaient à douter qu'il se réalisât. Au mois de février, l'archevêque de Bossano eut ordre de sa cour de provoquer du roi catholique des explications à cet égard. Afin de les faire naitre, l'archevêque, dans une audience où il présenta au monarque un bref du saint-père sur les affaires des Pays-Bas. lui dit que, s'il fallait en croire un bruit assez répandu, quelques-uns des seigneurs deCastille, qui n'aimaient pas à le voir s'éloigner de Madrid,

(') « .... Torno â suplicar à V. A. que de cuanto tiempo gasla en discurrir à su voluntad y apétilo, en dano suyo y de todos, que V. A. lo haga algun rato en eslo en que va tanto provecho.... «

(')M. DE Castro nous a fait connaître celle cédule, que nous croyons devoir reproduire ici : « Digo, el principe don Carlos, que por esta o cédula, firmada de mi nombre y sellada con mi sello, os daré à vos, « el doctor Suarez, mi grandisimo amigo, diez mil ducados para quando « pudiere, para casamienlo de vuestras très hijas. Y por verdad lo « firmo cou mi firma. De Sladrid, à doce de agosto de 1567. Yo el « Principe. " {Historia de los protestantes tspanoles, p. 345.)

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