‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 37 sur 156 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

prince essa}a de lutter quelque temps; rimpiiissance de ses elîoris et la fatigue l'obligèrent d'y renoncer. Mais bientôt après il se lança avec une nouvelle furie contre le duc pour le frapper de son arme. Le duc le retint de nouveau, jusqu'au moment où, un gentilhomme de la chambre étant entré, don Carlos se retira (').

Il n'est pas difficile de concevoir l'impression que produisit sur Philippe II cette nouvelle incartade de son fils. Soit qu'il voulût pourtant user de dissimulalion avec lui, dans la crainte d'inconvénients plus graves auxquels il n'aurait pu remédier, soit qu'il tint à s'assurer — comme son confesseur, l'évéque de Cuenca, le disait, l'année suivante, à l'ambassadeur de Venise — si les choses désordonnées que faisait le prince procédaient, ou d'une ardeur excessive de jeunesse, ou du désir de dominer, ou d'un manque de jugement, il prit plusieurs mesures qui devaient être particulièrement agréables à don Carlos : il lui confia la présidence des conseils d'État et de guerre; il lui donna le pouvoir de disposer sur certaines aJïaires de gouvernement; il éleva à cent mille ducats sa dotation qui n'était que de soixante mille. Indé-

(') J'ai entièrement reproduit ici le récit de Cabrera, liv. VII, cbap. XIII, p. 442, quoique j'aie de la peine à en admettre tous les détails. Dans sa lettre du 21 janvier 1568 à l'empereur (Koch, Quellen, etc., p. 204), le baron de Dietricbslein, pariant du même fait, dit que don Carlos avait tiré son poignard contre le duc, seulement parce que celui-ci ne voulait pas lui communiquer le secret de son père : « allaiu « darumben das er ime seines valers gehaimb (Geheimnisse; nil sagen o wollen. »

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pendammciit de loul cela, il lui lit la promesse formelle de remmener aux Pays-Bas (').

Pendant quelque temps, de meilleurs rapports existèrent entre don Carlos et son père. Le prinee présidait régulièrement aux assemblées du conseil:, il s'y conduisait avec retenue; il montrait, sinon une parfaite connaissance des affaires qui y étaient mises en délibération, du moins la volonté de l'acquérir. Il se rendait avec les ministres auprès du roi, et lui faisait rapport sommairement de ce que le conseil avait résolu ('). Mais, s'il faut en croire un témoignage qui n'est peut-être pas exempt de partialité,

(') " ... Le prince est fort resjouy de quoy le roy son père luy a promis de le mener quant et luy en Flandre, et de luy avoir augmenté son estât de 40,000 escus par an, outre 60,000 qu'il en avoit ; a ordonné pareillement que les conseils d'Estat et de guerre .^e tiendront dorénavant en la chambre dudict prince, où don Juan d'Autriche entrera.... •> (Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 21 mai 4.567.)

« ... ,Con tutto ciô [Sua Cattolica Maestà] andava tollerondo le sue pacrie, vedendo se per giornata si andasse a compouerlo, et ha fatto diverse prove per veder se le cose siravacanli che faceva prncedevano da furor giovenil ne da appetito di dominar, o per mancamento de giudicio ; perô lo pose capo en li'consegli, li diede autorità di comandar in moite cose, ordinô che li fusse somministrato sempre grossa summa de danari.... • (Lettre de Sigismondo Cavalli au doge de Venise, du 11 février 1.56S.)

(-) Posi ducis Alhani abiUim, princeps nosler in ronsilio praesidere coepit, praesentequoque domino Joanneab Auslria. Haclenuspermodeslè se geril, et rem intelligere oui sanè intelligerevelleoslendit, ilque nobiscum ad regem ; et quae acta in consilio sunt, summatim rcferet. Heliqiia nos supplemus.... ^ (Lettre du sarde dessceau.x Hopperus au président Viglius, du 30 mai 1367, dans hopperi Epislolae ad ViijUum, p. 127.)

Dans un mémoire envoyé à Charles IX le 30 juin 1367, Fourquevaulx disait, en parlant du prince : <■ Les conseils d'Estal et de guerre se « tiennent en sa chambre; il commande absolument en beaucoup de « choses, et veut cslre obéy sans réplique. >•

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ces bonnes dispositions furent de courte durée : bientôt on reconnut que don Carlos apportait la confusion dans les séances du conseil ; qu'il faisait un déplorable usage de l'autorité qui lui avait été confiée: qu'il s'épuisait en folles dépenses. Le roi alors revint sur plusieurs des choses auxquelles il s'était prêté en sa faveur. L'antipathie qu'il y avait entre le fils et le père s'en augmenta (').

L'empereur Maximilien II n'était point ignorant des actions publiques et privées de don Carlos ; les dépêches de son ambassadeur, le baron de Dietrichstein, l'en instruisaient régulièrement (■), et il en était informé aussi par d'autres voies (*). Il n'en persistait pas moins, ainsi que limpératrice, à vouloir donner au prince d'Espagne la main de l'archiduchesse Anne : l'un et l'autre ils se flattaient que le mariage calmerait la fougue de son caractère : que la douce influence d'une compagne aimable et jolie adoucirait Tàpreté

(') C'est encore le confesseur du roi qui, au mois de février 1568, disait cela à l'ambassadeur de Venise : a Ma si conobbe et si provô che « quando lui entrava lu consilio, poneva coufusione in tutio et impe- « dimento in ogni deliberatione; la autorità havufa dal re usava, per il u contrario, ne a suo maleficio ; li danari H gettava fuori di proposito « et senza giudicio : pero parve a S. M. di tornar a rivolger la man in « fûtte queste cose. Ua qui si augmentorno le discontentezze.... » (Lettre de Sigismondo Cavalli, ci-dessus citée.)

(=*) Voir la publication de M. Kocu, Qitellen, etc.

('] Fourquevaulx écrivait, le 11 février 1566, a Catherine de Médicis : « Le courrier de l'empereur s'en retourne. Il s'en va mal édifié des coii- « tenances qu'il a veu tenir au prince d'Espaigue eu table et hors icelle, » et m'a dit qu'il ne les cèlera point à son maître, estant bien marri » qu'il faille que madame la princesse Anne de Bohème espouse un « prince si mni composé de personne et de mœurs comme il est. »

de son liumeur. Déjà, à la fin. de 156o. l'empereur avait témoigné à Chanlonay son étonnemenl du retard que le roi catholique mettait à se résoudre sur l'union projetée ('). Mais Philippe ÏI hésitait de plus en plus à prendre une telle résolution. Craignait-il, comme il le donna à entendre après l'arrestation de son fils, de faire le malheur de l'archiduchesse? Etaitil persuadé que le prince était incapable de continuer sa dynastie? X'appréhendait-il pas plutôt que don Carlos, marié avec la fille de l'empereur, ne devint encore plus difficile à maintenir dans les bornes de la soumission et du respect envers lui; que son orgueil et ses prétentions ne s'en accrussent; qu'il ne fallût lui assigner un revenu beaucoup plus considérable que celui dont il jouissait, et l'investir du gouvernement , peut-être même de la souveraineté de quelqu'un des Etats de la monarchie? L'histoire, en l'absence de données certaines, ne saurait former là-dessus que des conjectures.

Il y avait un autre mariage dont le roi catholique poursuivait avec chaleur la conclusion auprès de Maximilien : c'était celui de l'archiduchesse Elisabeth , deuxième fille de l'empereur, avec le roi don Sébastien de Portugiil. Philippe n'y avait pas songé d'aboini; il ne s'en était avisé que lorsqu'il avait appris que la cour de France demandait la main de l'archiduchesse pour Charles IX, et proposait, à Lisbonne, pour le

C] « El emperador se raaraviila mucho de lo que se tarda a respondcr sobre lo del casamiento. « (Lettre de Chanloiiay au roi, du 13 octobre I.j63, dans les Papiers d'Étal du cardinal dr Granvdle, t. IX, p. 568.)

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