CHAPITRE XIF
gentilshommes qui avaient sollicité e( obtenu la permission de l'accompagner l'y attendaient aussi ('). Enfin, le do avril, il quitta Madrid. Le roi était à Aranjuez: il y alla pour lui faire ses adieux et recevoir ses dernières instructions; il eut avec lui, dans la soirée du même jour et dans la matinée du lendemain, deux longues conférences où aucun autre ministre ne fut admis ("). Ce fut vraisemblablement alors que Philippe II et son lieutenant convinrent du système de terreur et de sang qui allait être appliqué au rétablissement de l'ordre dans les Pays-Bas (^).
(') Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 7 mai 1367.
(^) Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 24 avril 1367.
(') Voy., dans la Corrpspomlancc (Je Philippe II sur les affaires ries Pays-Bas, elc.,l. II, p. 29, la lettre du 9 juiu 1368 où le duc rend compte au roi de ce qu'il a fait « pour l'exérution des ordres qu'il lui donna à u son départ. « Le texte porte : » Yo truxe de>de alla resuelto, como â 0 V. M le pareciô que convenia y me lo mandô, de prender lo< hombres « principales culpados ô sospechosns. para casligarlos exempiarmente, « y asimismo ulgiuia Je la geute de poca qualidad mas rulpada, y luego « tratar lo de la hacienda y procurar de sacaila,.... y acabado lo de la a hacienda, veuir al castigo de las villas y la justicia que se ha de a hacer en ellas, etc » (.J'apportai de là-bas la résolution, comme il parut à V. M. que cela convenait et comme elle me l'ordonna, de prendre les hommes principaux do ce pays, coupables ou soupçonnés de l'être, pour les châtier exemplairement ; de prendre et châtier de même les plus coupables d'entre le peuple ; de traiter ensuite des moyens de procurer des ressources au trésor,.... et, l'affaire des finances réglée, d'en venir au châtiment des villes et aux exécutions qui s'y devaient faire, etc.).
Ce que leduc d'Albe rapporte dans cette lettre est confirmé par ce que le nonce du pape à Madrid, l'archevêque de Rossano, mandait au cardinal Alessandrino, le 28 septembre 1367. L'archevêque écrivait qu'il avait eu, la veille, une audience du roi ; que S. M. lui avait dit que, pour parvenir à ses fins, il fallait d'abord lever l'obstacle occasionné pas- la présence de certains chefs ; que pour cela il avait donné commission au duc de prendre ceux qu'il avait pris, et de faire les autres actes qui se faisaient. Voici le texte : v Hieri parlai a Sua Maesta longamente, et
Le prince d'Espagne se trouvait aussi à Aranjuez (') : le duc d'Albe ne put se dispenser de prendre congé de lui. Don Carlos avait vu avec un exlrème déplaisir la nomination du duc Q; dès qu'il l'aperçut. il entra en colère, lui dit que c'était à lui, don Carlos, de partir pour les Pays-Bas, et le menaça de le tuer, s'il prétendait faire ce voyage. Le duc lui représenta que la vie de l'héritier présomptif de la couronne était trop précieuse pour qu'on l'exposât dans une pareille entreprise: que le roi l'envoyait aux Pays-Bas afin que ces provinces fussent pacifiées, quand Sa Majesté s'y transporterait : qu'alors Son xVltesse pourrait y accompagner son père, si elle n'était pas nécessaire au gouvernement de l'Espagne: que lui-même il supplierait le roi de donner satisfaction aux vœux du prince et à ceux de l'empereur, son oncle, à cet égard • enfin qu'il ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour lui complaire et le servir. Ce langage respectueux ne toucha point don Carlos, qui tira son poignard : « Vous n'irez pas en Flandre, lui cria-t-il, « ou je vous tue. )i Le duc lui saisit les bras de manière à l'empêcher d'exécuter son dessein. Le
o rallegraudomi delli biioni successi di Fiandra, mi rispose chegià mi M haveva piii volte detlo che in questa cosa vuole fare da vero, il cho " non si poteva fare se non si levava l'ostacolo di certi capi, el perô ha « dato quella commissione al duca di pigiiar quello che a preso, et far « deir allre provisioni che si fanno, etc. « (MS. de la bibliothèque nationale de Madrid, X 172, p. 449.)
(') Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 1b avril 1567.
(*) Lettre de Dietrichstein a Maximilien II, des 2 et S janvier 1567, dans Quellen, etc., p. 177.